Alors que les politiques de restriction à l’entrée des frontières américaines du président américain Donald Trump font craindre à la communauté technologique mondiale que les perspectives de travail dans la Silicon Valley pourraient être touchées, les entreprises israéliennes n’ont généralement pas été affectées même si localement, l’inquiétude commence à grandir.

En conséquence, les candidats à la relocalisation ont accéléré leurs dépôts de dossiers pour les demandes de visas tout en inondant de questions les avocats spécialisés sur les questions d’immigration et alors qu’un climat d’incertitude règne sur l’industrie locale concernant les projets commerciaux à long terme.

« L’impact à l’heure actuelle est essentiellement psychologique, car l’administration de Trump entretient l’incertitude dans le processus de demande de visa », a déclaré Liam Schwartz, de Liam Schwartz & Associates, spécialiste de l’immigration des entreprises américaines et israéliennes.

« Il y a eu un flot de demandes de visa entrants et les start-ups et les entrepreneurs sont pressés d’obtenir un visa parce qu’ils craignent une réduction sur la disponibilité des visas. Les gens sentent qu’il y a des changements qui arrivent rapidement ».

Rex Tillerson, à gauche, et Donald Trump à la Maison Blanche, le 13 mars 2017. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)

Rex Tillerson, à gauche, et Donald Trump à la Maison Blanche, le 13 mars 2017. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)

Le secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, a chargé les missions diplomatiques des États-Unis d’identifier les populations qui ont besoin d’une vérification accrue avant d’obtenir les visas et a donné des instructions pour renforcer l’examen des demandeurs de visa dans ces groupes. En mettant en place les politiques de Trump, qui a appelé à un « veto extrême » des étrangers entrant aux États-Unis, a précisé Reuters.

Les lignes directrices suivent l’ordonnance révisée du 6 mars de Trump qui interdit l’entrée de citoyens de six pays à majorité musulmane et à tous les réfugiés, ainsi qu’un mémorandum exigeant un visa amélioré. En outre, en mars, l’administration Trump a décidé d’arrêter le traitement accéléré des visas H-1B, utilisé pour recruter des travailleurs étrangers qualifiés dans le secteur de la technologie ou des soins de santé aux États-Unis, a rapporté CNN Money.

« L’idée générale est que Trump est en train de construire un puzzle pour une nouvelle politique, et pierre après pierre vous voyez de plus en plus la même chose : il essaie de rendre les choses plus difficile pour que les employeurs américains emploient moins de travailleurs étrangers », a déclaré Tsvi Kan-Tor, partenaire et fondateur du cabinet Kan-Tor & Acco à Ramat Gan, qui se consacre exclusivement à la relocalisation.

Les Israéliens ne sont généralement pas admissibles aux visas H-1B, qui permettent aux entreprises américaines d’offrir un emploi professionnel à des experts étrangers titulaires de diplômes universitaires pertinents. Le visa H-1B est assujetti à un quota annuel mondial. Quand le quota a été mis en place, il était à 200 000 approbations par an, a déclaré Schwartz.

Liam Schwartz (autorisation)

Liam Schwartz (autorisation)

« Parce que ce visa est tellement politisé, le quota a depuis été réduit à son niveau actuel de seulement 65 000 par an, un nombre qui ne commence même pas à répondre à la demande mondiale », a-t-il ajouté.

Ainsi, en raison du quota, et la probabilité d’obtenir un visa H-1B, les Israéliens demandent généralement le visa L-1. Ce visa permet à une entreprise de placer des travailleurs clés en gestion ou des postes dans le domaine de la technologie pendant trois ans, avec une option pour prolonger la période. Mais ces employés doivent travailler dans une start-up ou dans la société pendant au moins un an avant de déposer une demande de visa, a expliqué Schwartz.

La clientèle de Schwartz est constituée de start-ups et de sociétés dans le domaine de la haute technologie israélienne issues de diverses industries, dont la cyber-technologie, les sciences de la vie et la bio-technologie.

« L’administration Trump a indiqué qu’elle allait sévir contre les travailleurs qui ont la connaissance technologique L1 – car elle pense qu’il y a assez de gens aux États-Unis avec les connaissances nécessaires », a déclaré Schwartz.

Cela n’est pas encore arrivé, mais « il semble qu’il va devenir de plus en plus difficile d’obtenir ce type de visas. Même avant Trump, l’environnement était devenu plus hostile, mais maintenant depuis le mois de janvier les adjudications de visa semblent être devenues encore plus hostiles. Nous voyons certainement de l’hostilité dans l’environnement décisionnel ».

En outre, le processus de la carte verte – le processus d’immigration pour devenir un résident permanent aux États-Unis – est également « un processus long », a déclaré Schwartz. « Je représente les demandes pour la carte verte des gestionnaires et des cadres, et ils sont tous sous pression pour terminer le processus dès que possible. Depuis janvier, il y a eu une augmentation spectaculaire du temps de traitement des cartes vertes. C’était six mois, et maintenant, c’est passé a déjà plus d’un an. Les gens sont très inquiets ».

Zivan et Carmit Ori le jour de leur départ d'Israël avec leurs 2 enfants, en juillet 2016 (Crédit : Autorisation)

Zivan et Carmit Ori le jour de leur départ d’Israël avec leurs 2 enfants, en juillet 2016 (Crédit : Autorisation)

Il n’y a pas d’impact sur les Israéliens ou le processus de demande de visa L-1, a déclaré Kan-Tor. Mais « il y a beaucoup de bruit, un milliard de questions. Les gens se demandent ‘ce qui, selon vous, se produira’ ».

Kan-Tor est également président de la commission des Visas de la Chambre du commerce israélienne.

Les choses ne sont pas susceptibles de devenir plus faciles, a-t-il estimé.

« Il y a beaucoup plus de changements à venir, au final », a déclaré Kan-Tor. « Mon conseil est, si les gens pensent qu’ils peuvent avoir besoin d’un visa de travail pour les États-Unis à l’avenir, alors il devrait faire la demande au plus tôt. Nous ne nous attendons certainement pas à de bonnes nouvelles ».

Il y a environ 50 000 Israéliens qui vivent dans la région de la Silicon Valley, selon Ogen, une entreprise de relocalisation qui aide les Israéliens à déménager aux États-Unis. Le programme interministériel Brain Gain d’Israël, qui vise à rapatrier des Israéliens titulaires d’un diplôme universitaire qui vivent à l’étranger, estime qu’il y a quelque 27 856 Israéliens titulaires d’un diplôme universitaire qui vivent à l’étranger depuis trois ans ou plus, dont 75 % aux Etats Unis. Cela est à mettre en perspective avec le chiffre de 2012 qui était à 24 503 du Bureau central des statistiques d’Israël.

Des entrepreneurs israéliens au travail dans les locaux de la Silicon Valley de UpWest Lab. (Crédit : autorisation)

Des entrepreneurs israéliens au travail dans les locaux de la Silicon Valley de UpWest Lab. (Crédit : autorisation)

« Le manque de connaissances concernant le degré de mise en oeuvre des intentions de la nouvelle administration américaine laisse à l’industrie israélienne un sentiment désagréable dans le secteur de la planification commerciale à long-terme », dit Hagit Korine, partenaire de EY (une entreprise mondiale de services professionnels qui était auparavant connue sous le nom d’Ernst & Young) en Israël et en charge de la division de mobilité globale, qui offre aux clients des services de relocalisation.

Alors que la dénommée ‘nation des start-ups’ produit en série environ 1 000 nouvelles start-ups par an, elle crée également une nouvelle génération de pionniers qui s’efforcent de conquérir les marchés étrangers armés de leurs nouvelles technologies. En règle générale, après qu’une start-up a été fondée, il faut un an à un an et demi avant que l’un des partenaires fondateurs ne parte dans un autre pays pour se rapprocher d’un marché potentiel, explique Korine.

De plus, les entreprises internationales, dont Google, Apple, Deutsche Telecom et Bosch ont ouvert des centres de recherche et de développement en Israël avec 278 multinationales qui font fonctionner un total de 327 centres de ce type dans tout le pays aujourd’hui – contre 250 il y a quatre ans, montrent les données compilées par le centre de recherche IVC de Tel Aviv.

Cela signifie que les employés sautent souvent dans des avions pour assister à des réunions avec des collègues, des clients potentiels et des investisseurs ou travailler sur de nouveaux développements au sein d’équipes conjointes.

Des Israéliens lors d'une réunion de relocalisation à Herzliya organisée par Ogen (Crédit : Shoshanna Solomon/Times of Israel)

Des Israéliens lors d’une réunion de relocalisation à Herzliya organisée par Ogen (Crédit : Shoshanna Solomon/Times of Israel)

La relocalisation aux Etats-Unis est « très importante » pour les ingénieurs israéliens dans la mesure où elle peut les aider à apprendre les méthodes de travail des entreprises technologiques majeures qui les emploient et, une fois revenus en Israël, ils peuvent alors ramener ce qu’ils ont appris, commente Erez Tzur, co-président de IATI (Israel Advanced Technology Industries), une organisation-cadre réunissant des acteurs du secteur de la technologie en Israël et lobbyiste de l’industrie.

De plus, une fois que les Israéliens atteignent une bonne position dans des firmes américaines ou multinationales, ils parviennent souvent à détourner les projets de centres de recherche et de développement en Israël, ce qui stimule la scène technique locale.

Micha Breakstone, co-fondateur et directeur de R&D au sein de Chorus.ai, une start-up basée à San Francisco et à Tel Aviv qui utilise l’intelligence artificielle pour analyser les entretiens commerciaux et apprendre comment les entreprises de vente peuvent augmenter le nombre de leurs transactions, indique que l’entreprise a fait des démarches pour s’assurer que ses employés ne seront pas touchés par d’éventuels changements dans les politiques d’octroi de visa américaines.

« Parce que nous sommes une start-up de seulement quelques dizaines de personnes, nous n’avons pas encore d’employés qui se soient relocalisés aux Etats-Unis », dit Breakstone. « Mais nous avons des employés qui se rendent aux Etats Unis sur une base régulière et nous devons donc nous assurer que tous recevront les visas de visiteurs dont ils ont besoin dans les meilleurs délais ».

« De plus, nos employés aux Etats Unis qui attendent encore leur carte verte ont été informés par les avocats qui s’occupent de leur dossier d’immigration qu’ils ne devaient en aucun cas quitter le pays, même pour une courte période. Ces préoccupations ne nous permettent pas d’agir de façon optimale mais il n’y a pas encore de dommage réel. Je pense que nous aurions un peu plus voyagé à partir des Etats-Unis et en y revenant si l’atmosphère avait été un peu différente », ajoute-t-il.

Eyal Waldman, fondateur et président de Mellanox Technologies Ltd., un fabricant de puces utilisées pour transférer et stocker des données, dorénavant enregistré au Nasdaq et qui pèse 5,2 milliards de dollars, a monté son entreprise à Sunnyvale en 1999. Aujourd’hui, elle y a conservé un siège et elle a également un nouveau quartier-général à Yokneam Illlit, en Israël, et les employés travaillent dans les deux pays.

Eyal Waldman, Président et directeur général de Mellanox Technologies Ltd. (Capture d'écran : YouTube)

Eyal Waldman, Président et directeur général de Mellanox Technologies Ltd. (Capture d’écran : YouTube)

Mellanox utilise majoritairement des visas L-1 pour ses employés aux Etats Unis, affirme Waldman, mais il ne ressent pour l’instant aucun impact induit par un changement dans les politiques de visa américaines. « Nous utilisons les visas H-1B pour nos travailleurs en Chine et en Inde, mais actuellement, nous parvenons encore à embaucher les gens dont nous avons besoin », dit-il.

Il ne s’attend pas à ce que les changements dans la politique des visas viennent perturber Israël ou l’industrie des technologies mondiales. « Je pense que les Etats-Unis resteront un marché axé sur les mécanismes de l’économie et l’administration fera ce qu’il y a de mieux au nom des intérêts de l’économie du pays », ajoute-t-il, et ce en s’assurant que l’industrie high-tech pourra accéder aux personnels hautement compétents dont elle a besoin.

Israël espère être bientôt éligible au visa E2 – appelé également visa d’investissement – qui permet aux investisseurs et aux corporations d’investir un minimum de 100 000 dollars dans une nouvelle entreprise commerciale sur le sol américain et d’envoyer des intervenants clés travailler là-bas.

Au mois de janvier cette année, le gouvernement israélien a approuvé les changements nécessaires à la législation et les exigences régulatrices et procédurales demandées par les autorités américaines pour réaliser la réciprocité de ce type de visas, dit Kan-Tor.

« C’est dorénavant entre les mains des responsables Israéliens qui doivent achever les révisions et les procédures et les soumettre pour examen à leurs homologues américains, pour leur montrer qu’ils ont fait tout ce qui était convenu » pour permettre aux Israéliens d’être éligibles à l’octroi d’un tel visa, ajoute Kan-Tor. La prochaine démarche sera d’obtenir l’approbation des Etats-Unis et de définir une date de lancement de ces visas. « Mon estimation, c’est que cela pourrait arriver au dernier trimestre de l’année », dit Kan-Tor.

Le visa E2, s’il est autorisé, sera privilégié par rapport aux autres car il ne subira pas avec la même facilité les éventuels caprices de l’administration présidentielle, a confié Kan-Tor car, dans la mesure où il s’agit d’un accord réciproque, les éventuels changements de politique affecteraient également les travailleurs américains désireux de se relocaliser en Israël. « Les gouvernements ne changent pas généralement d’attitude face à ce type de visa sans négociations. C’est une route à deux voies », explique Kan-Tor. « Je crois que le visa E2 est la meilleure solution qui s’offre aux Israéliens dans cet environnement ».

De plus, c’est le Consulat américain en Israël qui contrôlerait ces demandes de visa et non les autorités américaines chargées de l’immigration, ajoute-t-il, ce qui ne peut que faciliter le processus.

Un responsable de l’ambassade américaine à Tel Aviv a déclaré par courriel le 15 mars qu’il n’y a pas encore eu de mises à jour concernant les visas L et qu’Israël « se trouve encore en train de faire les changements nécessaires » pour le visa E2.

Ogen est en train d’organiser une conférence pour les gens qui seraient intéressés par une relocalisation aux Etats Unis le 27 mars à Herzliya. Schwartz, l’avocat de l’immigration, prendra la parole lors de cette conférence et évoquera les implications directes et indirectes des politiques sur les visas mises en oeuvre par Trump.

« Je suis certain qu’il y aura de nombreuses questions à ce sujet », conclut-il.