Après une fête d’adieu émouvante, les 74 employés palestiniens ont passé les portes de l’usine de SodaStream, pour la dernière fois lundi.

Ce sont les derniers survivants de ce qui était autrefois connu pour être un « ilôt de paix » que le PDG de SodaStream, Daniel Birnbaum, avait bâti dans l’usine de la société à Mishor Adumim, où 500 employés sur les 1 300 étaient des Palestiniens en Cisjordanie.

Après que l’entreprise soit devenue la cible d’une intense campagne de boycott en 2014, elle s’est vue forcée à déménager dans le sud d’Israël. Seuls 74 travailleurs palestiniens expérimentés ont pu continuer à travailler pour l’entreprise, qui emploie quelque 400 Bédouins du Néguev dans sa nouvelle usine qui compte au total 1 200 employés.

Ensuite, le gouvernement israélien a refusé de renouveler les permis de travail de ces travailleurs palestiniens restants.

Les employés palestiniens de la firme israélienne Sodastream qui montrent leurs cartes d'identité palestiniennes avant de quitter l'usine de Rahat après avoir été licencié le 29 février 2016 (Crédit : AFP / JACK GUEZ)

Les employés palestiniens de la firme israélienne Sodastream qui montrent leurs cartes d’identité palestiniennes avant de quitter l’usine de Rahat après avoir été licencié le 29 février 2016 (Crédit : AFP / JACK GUEZ)

Le PDG de SodaStream est furieux. Mais sa colère est aujourd’hui dirigée contre le gouvernement israélien plutôt que contre le mouvement BDS qui a amené la peste du boycott sur sa maison en premier lieu.

Scarlett Johansson et Daniel Birnbaum de Sodastream (Crédit : Mike Coppola / Getty Images for SodaStream / via JTA)

Scarlett Johansson et Daniel Birnbaum de Sodastream (Crédit : Mike Coppola / Getty Images for SodaStream / via JTA)

« Cela n’a rien à voir avec le BDS », a déclaré Birnbaum au The Times of Israel mardi. « Cela a à voir avec le gouvernement israélien. J’espère que quelqu’un dans le gouvernement va se dévouer et corriger l’idiotie de la bureaucratie ».

« Ce n’est pas possible que 74 permis puissent être [un problème] si difficile à résoudre », a-t-il poursuivi, ajoutant que le renouvellement des permis est « à la fois la bonne chose à faire en tant qu’êtres humains, en tant que Juifs et pour la sécurité de l’Etat ».

Selon le Coordonnateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), 58 000 Palestiniens détiennent un permis pour travailler en Israël.

Un représentant du COGAT a déclaré que la décision de ne pas renouveler les permis des 74 Palestiniens n’était pas liée à des mesures de sécurité. C’était davantage lié à une directive émise par le ministère des Finances qui vise à réduire le nombre de travailleurs étrangers.

Le ministère a indiqué que la question ne pouvait être traitée que par le bureau du Premier ministre.

Un responsable anonyme du bureau du Premier ministre a précisé que le communiqué suivant était disponible pour expliquer la situation de SodaStream : « la politique du gouvernement est de donner la priorité à l’emploi des travailleurs israéliens. Le gouvernement continuera d’aider l’usine conformément à la loi et d’une manière équitable, car il aide les autres usines dans la région ».

« Honte » d’Israël

En plus de sa colère, Birnbaum a ajouté qu’il avait aussi « honte » – honte de ce qu’il a appelé une erreur du gouvernement d’un pays qu’il aime profondément.

Le PDG a calculé grâce à la mutuelle qu’il a fournie à ses 74 anciens employés palestiniens que ces derniers étaient des soutiens financiers d’environ 740 personnes. « Qui a le droit moral » d’enlever ce revenu ?, s’est emporté Birnbaum.

Avant d’être licencié, Muhamad Jeradat, un père de trois filles et un garçon de 36 ans résidant près de Ramallah, travaillait en tant que gestionnaire de contrôle de qualité pour SodaStream durant sept ans.

« Tout le monde a sa propre famille à nourrir. La situation est très difficile », a déclaré Jeradat.

Bien qu’il était compliqué de se rendre tous les jours de Cisjordanie à la nouvelle usine située dans la ville bédouine de Rahat dans le sud d’Israël, Jeradat était content d’avoir son emploi.

« C’était un bon endroit pour travailler, contrairement à d’autres emplois pour les Palestiniens qui exigent habituellement de travailler manuellement », a-t-il expliqué.

Une femme palestinienne travaille dans une usine de SodaStream le 2 février 2014 au parc industriel de Mishor Adumim, à côté de la Maale Adumim (Crédit : Shohat Nati / Flash90)

Une femme palestinienne travaille dans une usine de SodaStream le 2 février 2014 au parc industriel de Mishor Adumim, à côté de la Maale Adumim (Crédit : Shohat Nati / Flash90)

Jeradat a déclaré que son ancien lieu de travail était « une usine de paix. Il n’y avait jamais de discrimination entre les travailleurs et on était tous égaux ».

Le père de quatre enfants n’a pas encore commencé à chercher un nouvel emploi. Il espère toujours qu’il sera autorisé à travailler à nouveau dans l’usine – qu’au final le gouvernement va délivrer les permis – ou que son ancien PDG lui trouvera un autre travail.

Birnbaum a promis qu’il ne renoncera pas à ses anciens employés. Il ne reviendra pas en Cisjordanie mais il a expliqué qu’il cherchait à aider les Palestiniens à bâtir leur propre industrie.

« Si le gouvernement israélien ne laisse pas les Palestiniens venir occuper leur poste ici, je vais faire venir les emplois aux Palestiniens », a-t-il conclu.