Si Benjamin Netanyahu avait fait la paix avec les Palestiniens, le quotidien centriste Yedioth Ahronoth n’aurait pas consacré sa Une de mercredi à ses dépenses excessives. Le Haaretz de gauche n’aurait pas titré sans vergogne « La réponse de Netanyahu au rapport du contrôleur : un spectacle embarrassant et écœurant de renvoi de balle ».

La plainte contre Netanyahu résonne dans la politique israélienne au tempo d’une culture établie par les générations passées. Les dirigeants de gauche et de droite des premières décennies post-fondation d’Israël, David Ben Gourion et Menahem Begin, vivaient modestement. Après son mandat de Premier ministre, Begin s’est retiré dans un modeste appartement du sud de Jérusalem.

La dernière résidence de Ben Gourion, visitée par des milliers de lycéens, randonneurs et soldats chaque année, est une cabane dans le village poussiéreux au milieu du désert de Sde Boker, au sud de Beer Sheva. La pancarte sur la route 40 indique d’ailleurs clairement « Cabane de Ben Gourion ».

Ce type de dirigeants n’aurait probablement pas pu se faire attraper à facturer des milliers de shekels par mois pour de la crème glacée gastronomique aux frais du contribuable israélien.

Dans l’intervalle, la crise politique provoquée par la publication lundi du rapport de dépenses cinglant du contrôleur de l’État sur les goûts de luxe de Netanyahu, notamment en crème glacée et sushis, ne devrait pas causer trop de dégâts au Premier ministre.

Ces nouvelles ne le rendent pas particulièrement aimable aux yeux de l’électorat, évidemment, mais Netanyahu n’est généralement pas aimé du public israélien en premier lieu.

Et pour la plupart des Israéliens, ses habitudes sont révélatrices d’une baisse de l’éthique personnelle de la classe dirigeante du pays dans son ensemble.

Il est révélateur que la critique la plus mordante du public et de l’opposition, l’Union sioniste de centre-gauche, a été émise par le secrétaire du Parti travailliste, Eitan Cabel, et non par son président Isaac Herzog.

La raison est évidente. Herzog, petit-fils d’un Grand Rabbin et fils d’un président, est, à l’instar de Netanyahu, un homme riche. Sa déclaration anémique mardi soir – « J’ai confiance en les autorités pour les laisser gérer cela » – a été livrée devant un groupe d’hommes d’affaires fortunés lors d’une réunion de donateurs à l’Université de Tel Aviv.

Les présidents de HaBayit Hayehudi, Naftali Bennett, et de Yesh Atid, Yair Lapid, sont également des millionnaires, le premier grâce à la haute technologie, le second au monde de la télévision.

Dans une course électorale entre millionnaires, avec la dépense totale de la résidence du Premier ministre se montant à moins de 800 000 dollars dans la moins pire année de 2011, l’horreur exprimée dans les médias devant les prédilections hédonistes du Premier ministre est en grande partie hyperbolique, mue davantage par la campagne électorale, que par une préoccupation objective devant les dépenses ou les mœurs douteuses des politiciens israéliens.

S’il remporte le poste de Premier ministre et conclut ensuite une paix avec les Palestiniens, les médias de gauche se préoccuperont-ils de la crème glacée et des dépenses de sushis de Herzog ? Et s’il est le meilleur candidat pour démanteler le programme nucléaire iranien, les dépenses de Netanyahu pour sa piscine privée dans son manoir de Césarée sont-elles une raison de voter pour un candidat moins apte à débarrasser le pays de cette menace ?

En effet, dans ces élections en manque de substance (ni le Likud ni l’Union sioniste n’ont accepté de publier une plate-forme sur les questions diplomatiques et de défense), il est juste de se demander si l’obsession de la droite et de la gauche sur ces trivialités n’est pas la meilleure manipulation électorale de cette course. Tant que l’attention est accaparée par la crème glacée et les sushis, aucune des parties ne doit répondre à des critiques de fond sur des questions plus graves.

Au centre, Yesh Atid, Koulanou et même Shas, l’on trouve des propositions détaillées et des promesses substantielles sur un éventail de questions, allant des taxes du Shas aux réformes sociales de Yesh Atid en passant par la promesse de Koulanou de briser les monopoles.

Suite à la publication du rapport du contrôleur, c’est de ces voix du centre que cette plainte peut être entendue le plus clairement.

En tant que chef de Koulanou, Moshe Kahlon, un ancien ministre qui a grandi dans la pauvreté, a déclaré mercredi : « Le rapport qui m’inquiète le plus est celui sur la hausse de 16 % des coûts de logement [en 2014]… Le rapport du contrôleur rend service à ceux qui ne veulent pas parler des vrais problèmes ».