UMM Al-FAHM — La ville arabe israélienne d’Umm al-Fahm est à vif. Les habitants hésitent à s’exprimer sur l’attentat de vendredi au cours duquel trois locaux, des cousins du clan Jabarin, ont perpétré une attaque à l’arme à feu dans la Vieille ville de Jérusalem, tuant deux policiers.

Les membres de la famille Jabarin se concentrent particulièrement dans un quartier. Les journalistes, samedi, n’étaient pas les bienvenus là-bas. Un cousin des attaquants, qui avait accepté d’être interrogé, a été menacé et rapidement écarté par ses proches.

Sur les conseils de leurs avocats, les membres de la famille ont expliqué qu’ils ne s’adresseraient pas à la presse avant le retour des dépouilles des terroristes.

La police israélienne conserve habituellement les corps des terroristes jusqu’à ce que les familles acceptent d’organiser de modestes funérailles. Dans le passé, ce type d’inhumation a pu devenir le point de départ donnant lieu à une recrudescence de violence.

Les résidents, dans la zone, savent que la police israélienne a démantelé les tentes de deuil traditionnelles pour les attaquants. Les familles, racontent-ils, accueillent donc les gens chez elles.

Le ministre israélien de la Sécurité intérieure Gilad Erdan parle durant les funérailles de l'agent de police druze israélien Kamil Shnaan dans le village de Hurfeish, dans le nord du pays, le 14 juillet 2017 (Crédit : Basel Awidat/Flash90). Une photo de l'adjudant Kamil Shnaan, à gauche, et de l'adjudant Sitawe, à droite, les agents de police assassinés durant l'attentat terroriste commis aux abords du mont du Temple à Jérusalem, le 14 juillet 2017 (Crédit : police israélienne)

Le ministre israélien de la Sécurité intérieure Gilad Erdan parle durant les funérailles de l’agent de police druze israélien Kamil Shnaan dans le village de Hurfeish, dans le nord du pays, le 14 juillet 2017 (Crédit : Basel Awidat/Flash90). Une photo de l’adjudant Kamil Shnaan, à gauche, et de l’adjudant Sitawe, à droite, les agents de police assassinés durant l’attentat terroriste commis aux abords du mont du Temple à Jérusalem, le 14 juillet 2017 (Crédit : police israélienne)

« Je suis contre la violence. Ils ont fait beaucoup de mal à Umm al-Fahm », estime Said Muhammad, 20 ans, employé dans un centre commercial local.

Interrogé sur le potentiel soutien apporté par les habitants de la ville à l’attaque, il a indiqué penser que certains pouvaient en effet avoir approuvé l’attentat, sans pour autant savoir combien de personnes.

Néanmoins, parmi ceux qui ont accepté de parler au Times of Israël — un grand nombre d’habitants s’y sont refusés – un consensus clair se dégage, résumé dans cette phrase : La situation dans son ensemble a été un désastre.

Aucune des personnes interrogées n’a soutenu l’attentat, affirmant par ailleurs que la mesure israélienne de fermeture du mont du Temple après l’attaque a été malencontreuse. Un point de vue par ailleurs partagé par un membre issu de la famille Jabarin travaillant dans le centre commercial, qui a ajouté se trouver dans l’incapacité de s’exprimer de manière formelle.

Trois Israéliens arabes nommés par le Shin Bet comme responsables du meurtre de deux policiers israéliens à côté du mont du Temple à Jérusalem le 14 juillet 2017 : Muhammad Ahmed Muhammad Jabarin, 29 ; Muhammad Hamad Abdel Latif Jabarin, 19 et Muhammad Ahmed Mafdal Jabarin, 19. (Crédit : capture d'écran composée de la Deuxième chaîne)

Trois Israéliens arabes nommés par le Shin Bet comme responsables du meurtre de deux policiers israéliens à côté du mont du Temple à Jérusalem le 14 juillet 2017 : Muhammad Ahmed Muhammad Jabarin, 29 ; Muhammad Hamad Abdel Latif Jabarin, 19 et Muhammad Ahmed Mafdal Jabarin, 19. (Crédit : capture d’écran composée de la Deuxième chaîne)

Israël a fermé le mont du Temple aux fidèles vendredi – ce jour où, habituellement, des dizaines de milliers de personnes se rendent sur le site – en raison de ce que le police a qualifié de mesure sécuritaire adoptée pour rechercher d’éventuels armements supplémentaires et autres preuves relatives à l’attentat. Le complexe est également resté fermé samedi et devrait rouvrir ses portes dimanche.

La manière dont les terroristes ont introduit leurs armes sur le lieu saint reste encore indéterminée. Des informations parues dans les médias israéliens ont indiqué samedi qu’elles avaient été dissimulées au sein du complexe quelques jours auparavant. Les visiteurs musulmans du complexe du mont du Temple font l’objet d’un contrôle de sécurité moins rigoureux que les visiteurs non-musulmans qui entrent par le pont Mughrabi.

Muhammad Hamad Abdel Latif Jabarin, 19 ans, le plus jeune des trois assassins, avait publié un certain nombre de posts sur sa page Facebook révélant son intérêt pour la « libération » de la mosquée Al-Aqsa du contrôle israélien.

Un post de juillet 2016 montrait une photo du leader de la branche du nord du Mouvement islamique depuis hors la loi, Raed Salah, se tenant aux abords du mont du Temple.

Le dirigeant islamiste Raed Salah pendant une grande manifestation anti-gouvernementale à Sakhnin, le 13 octobre 2015. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Le dirigeant islamiste Raed Salah pendant une grande manifestation anti-gouvernementale à Sakhnin, le 13 octobre 2015. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Le post affirmait : « Chaque année, la mosquée Al-Aqsa est plus proche de la liberté ».

Salah, détenu puis libéré de prison après avoir été reconnu coupable d’incitations et de liens avec le terrorisme, propage souvent l’idée qu’Israël menace de détruire la mosquée Al-Aqsa.

Le prêcheur a été maire d’Umm al-Fahm et son mouvement islamique – la branche Nord – a encore sa base dans la ville même s’il est devenu clandestin.

Muhammad Abdul Latif, propriétaire d’un centre commercial de la ville, a évoqué l’attentat au cours duquel deux policiers druzes ont trouvé la mort en disant que « le plus important, c’est de dire qu’ils ont eu tort ».

Muhammad Abdul Latif, propriétaire d'un centre commercial à Umm al-Fahm. (Crédit : Dov Lieber/ Times of Israel)

Muhammad Abdul Latif, propriétaire d’un centre commercial à Umm al-Fahm. (Crédit : Dov Lieber/ Times of Israël)

« Croyez-moi, il y a une colère profonde dans nos coeurs face à cette attaque », a-t-il ajouté.

Latif ne pense pas que la branche du nord du mouvement islamique soit toutefois impliquée. Il évoque les réseaux sociaux susceptibles d’avoir mené à la radicalisation des tireurs. Deux d’entre eux avaient 19 ans et le troisième en avait 29. Il souligne que, dans le monde entier, des jeunes se radicalisent via internet.

Latif estime également que la police endosse une part de responsabilité dans l’attentat en raison de son incapacité à gérer la propagation des armes illégales dans les municipalités arabes et les violences commises par des armes à feu qui ont frappé les citoyens arabes en conséquence.

Nashat Milhem, l'Israélien arabe qui a tué trois Israéliens à Tel Aviv le 1er janvier 2016 (Crédit : Police israélienne)

Nashat Milhem, l’Israélien arabe qui a tué trois Israéliens à Tel Aviv le 1er janvier 2016 (Crédit : Police israélienne)

« Il y a plus d’armes ici qu’avant l’attaque commis par Nashat Milhem », a-t-il dit, se référant à un arabe israélien d’une ville voisine coupable du meurtre de trois personnes à Tel Aviv le 1er janvier 2016.

Après l’attentat commis par Milhem, la police israélienne avait promis de déraciner le phénomène connu des armes illégales dans les villes et villages arabes.

Commentant la fermeture de la mosquée Al Aqsa, Latif a déclaré que cela a été « une grosse erreur qui a franchi toutes les limites ».

Tout en condamnant les attentats, lui et les quatre hommes présents dans son bureau disent penser que la mosquée se trouve en péril face aux radicaux religieux israéliens qui cherchent à précipiter l’édification du Troisième temple juif sur le site, à cet endroit où les temples bibliques se dressaient.

Ils condamnent également la politique israélienne qui interdit aux musulmans non-mariés ou âgés de moins de 50 ans de prier sur le site à certaines occasions. Latif explique avoir été empêché de prier là-bas alors qu’il s’y trouvait avec sa famille.

Et alors que Latif estime que la fermeture de la mosquée est une « punition collective », il ajoute également que la manière dont les Arabes israéliens sont interpellés au nom des plus radicaux entre eux ressemble aussi à une sanction massive.

« Qu’avons-nous à voir avec cela ? », interroge-t-il. « Il y a eu trois types et nous sommes une ville de 60 000 personnes. Il y a des radicaux dans toutes les sociétés ».