Ofakim (JTA) – En 2008, Asher Nachmani voulait acheter un tableau informatisé pour sa salle de classe, mais l’école primaire d’Ofakim, où il enseigne la technologie, ne dispose pas des fonds nécessaires. Alors Nachmani en a construit un lui-même.

Il a téléchargé un programme gratuit sur le web, a acheté un contrôleur pour console de jeu vidéo Nintendo Wii et l’a relié à une ampoule infrarouge prélevée sur sa télécommande de télévision.

A l’aide d’une connexion Bluetooth, Nachmani peut désormais projeter l’écran de son ordinateur sur un mur et y dessiner.

L’histoire est typique de l’école publique expérimentale Ashalim, la plus ancienne école élémentaire d’Ofakim. Régulièrement à court de fonds, les enseignants sont souvent contraints d’improviser et de se contenter de fournitures cédées par des voisins ou payées de leur poche.

Dans une salle de classe, un encadrement de fenêtre a été découpé d’une table basse trouvée par la directrice. Les enseignants payent parfois pour les repas que les enfants pauvres ne peuvent se permettre, affirme Yael Segev, directrice de l’école.

« La municipalité ne peut assumer les frais », poursuit Segev, qui fait un don d’environ 10 % de son salaire comme acte de bienfaisance. « Nous avons une attitude fière. Nous considérons l’école comme notre maison et nous en prenons soin. »

Tandis que deux millions d’élèves israéliens entament l’année scolaire ce mois-ci, ils subissent certaines des conditions d’enseignement les plus inégalitaires du monde occidental.

Selon un rapport publié cette année par le Centre Taub, Israël connaît les plus grands fossés de réussite scolaire entre les riches et les pauvres parmi les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques, OCDE, groupement économique des nations les plus riches du monde.

Le rapport constate également qu’Israël affiche le deuxième plus mauvais résultat aux examens internationaux, devant la Slovaquie, et les effectifs de ses classes sont au-dessus de la moyenne – 29 élèves par classe par rapport à une moyenne de 20 dans les pays de l’OCDE.

Le ministère de l’Education israélien devrait remédier à ces problèmes en fournissant davantage de fonds aux quartiers pauvres dès cette année, en augmentant le nombre d’écoles d’été et en multipliant le choix des écoles.

Mais selon Nahum Blass, chercheur éducatif de renom au Centre Taub, le financement local de l’éducation a augmenté dans les villes riches, couplé par l’embauche de tuteurs privés par les parents aisés, ce qui annihile les efforts du ministère.

« Ce que le système donne aux élèves les plus faibles ne suffit pas à combler l’écart entre faibles et forts », déclare Blass. « Un enfant pauvre recevra un peu plus du ministère de l’Éducation, mais ce que les autorités locales aisées et les parents donnent peut contrecarrer cette action positive et la renverser. »

Un certain nombre d’organismes éducatifs sans but lucratif ont lancé des initiatives pour résoudre ces problèmes.
« Une alphabétisation équilibrée », un programme du Centre israélien d’innovation pédagogique, gère des programmes de 18 écoles à forte concentration d’immigrants éthiopiens, et assure des cours de langue allant jusqu’à 3 heures par jour et débutant par une demi-heure de lecture.

Une autre organisation non gouvernementale, Eduquer pour l’excellence, identifie les élèves les plus talentueux des zones de faible revenu et leur fournit des activités d’enrichissement parascolaires et un espace calme pour faire leurs devoirs, trois heures durant, plusieurs fois par semaine.

Mais une grande partie du fardeau retombe toujours sur les enseignants qui s’engagent à donner aux élèves des écoles à faible rendement l’attention supplémentaire dont ils ont besoin pour réussir.

Sarit Elmaliach, une enseignante du cours élémentaire à l’école publique religieuse Saadia Gaon à Or Yehuda, s’est engagée à adapter ses leçons aux Ethiopiens, qui représentent un tiers de ses élèves.

Comme d’autres minorités israéliennes, les Éthiopiens sont issus de familles moins bien nanties et peinent davantage à l’école. Selon l’institut Myers-JDC-Brookdale – un think tank financé par le gouvernement, qui étudie les Israéliens éthiopiens – depuis 2010, un quart seulement des bacheliers éthiopiens ont été préparés pour l’université, contre près de la moitié de l’ensemble des Juifs israéliens.

Elmaliach lit à ses élèves des livres contenant des personnages éthiopiens et dépeint dans un cours d’art ​​un sculpteur éthiopien.

Quand elle rend visite aux parents de ses élèves éthiopiens à la maison, elle prend soin de respecter les normes de politesse, dont une coutume aussi simple que de s’asseoir avant de boire un verre d’eau. Avant la rentrée scolaire, elle apprend les origines des noms amhariques de ses élèves.

« Je veux leur montrer que je suis connectée à eux », explique Elmaliach. « Certains enfants sont embarrassés et veulent un autre nom. Je leur dis : ‘Tu ne dois pas avoir honte. C’est un nom respectable’. »

Ce genre de sensibilité culturelle ne peut toutefois pas combler les fossés de financement importants entre écoles riches et pauvres.

Selon le Bureau central des statistiques israélien, en 2012, le gouvernement local d’Ofakim a fourni 1 629 dollars de financement annuel par élève – une somme inférieure de moitié aux 3 613 dollars par élève alloués par la ville aisée de Ramat Hasharon en banlieue de Tel Aviv.

Le ministère de l’Éducation n’a pas répondu aux questions du JTA sur les sommes supplémentaires accordées aux écoles à faible revenu.

Les fonds des ONG aident également. Mais à Ashalim, qui ne reçoit aucun financement d’ONG, l’école est tributaire du dévouement et de l’ingéniosité de ses enseignants.

« Quand je suis arrivée ici, je suis tombée amoureuse », confie Segev. « C’est un endroit très chaleureux, très enveloppant, pas comme la ville. Nous avons tous la possibilité d’être mutés ailleurs, mais il est difficile de quitter. »