Avner Avraham, un ancien agent du Mossad grassouillet en jean noir et baskets, a réuni la première grande exposition d’Israël sur le raid d’Entebbe de 1976, qui a été présentée l’année dernière au siège du Mossad et est ouverte au grand public pour la première fois depuis jeudi dernier au Centre Yitzhak Rabin, marquant le 39e anniveraire de l’opération de sauvetage.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, dont le frère a dirigé l’une des équipes de sauvetage et a été tué sur le tarmac, a assisté à l’ouverture – la première fois qu’il se rendait centre Rabin, un institut national dédié à l’héritage de l’ancien Premier ministre assassiné.

« L’opération dramatique de sauvetage des otages à Entebbe a soulevé la stature d’Israël dans le monde et a donné au peuple israélien une immense fierté, » a écrit Netanyahu le lendemain matin sur sa page Facebook.

« Pour ma famille, l’opération a conduit à une angoisse atroce, qui a accompagné mes parents jusqu’à leur mort et que mon frère cadet Iddo et moi-même portent encore avec nous tous les jours. »

L’exposition se déroule chronologiquement le long de deux circuits – le processus de prise de décision en Israël et le sort des Israéliens détournés en Ouganda – et dispose d’un trésor de matériaux jamais exposé.

Cela inclut une lettre manuscrite du chef d’état major de l’armée, plusieurs jours avant le raid, affirmant qu’il se pourrait bien qu’il soit impossible de libérer les otages, et le gilet de combat porté par le lieutenant-colonel Yoni Netanyahu, le commandant de Sayeret Matkal, qui a été abattu et tué par l’armée ougandaise alors qu’il a dirigeait une équipe de secours israélienne à l’ancien terminal de l’aéroport.

Le gilet de combat porté par le lieutenant-colonel Yoni Netanyahu lors du raid d'Entebbe (Mitch Ginsburg / Times of Israel)

Le gilet de combat porté par le lieutenant-colonel Yoni Netanyahu lors du raid d’Entebbe (Mitch Ginsburg / Times of Israel)

La piste bleue, suivant les décideurs, ouvre avec une note que le général Efraim « Froyke » Poran a passé à Rabin lors d’une réunion du cabinet le dimanche 27 juin 1976. On y lit : « Premier ministre, le contact avec un vol Air France sur lequel il y a beaucoup d’Israéliens a été perdu. L’avion était en route d’Athènes à Paris. Froyke. »

Yoni Netanyahu, dans une photographie prise peu de temps avant sa mort à Entebbe en 1976 (Wikipedia)

Yoni Netanyahu, dans une photographie prise peu de temps avant sa mort à Entebbe en 1976 (Wikipedia)

Sara Guter Davidson, dont le journal intime de cette époque figure dans l’exposition, y a détaillé son expérience.

Volant avec son mari – un pilote de chasse israélien – et ses deux fils, âgés de 16 et 13 ans, elle sirotait du champagne à bord et essayait de calmer le sentiment de malaise en apprenant que l’avion avait arrêté à Athènes, une destination notoirement dangereuse à cette époque.

Quand une hôtesse blême a couru dans l’allée, elle se tourna vers son mari, Uzi, et lui a dit, « Nous avons été pris en otages », ce à quoi il a répondu, « Toi et tes idées. »

Quand un terroriste avec un fort accent allemand a annoncé qu’ils représentaient Wadia Hadad et que l’avion s’appelait maintenant Haufa 1, Uzi a sorti de sa poche de chemise le badge d’entrée à sa base aérienne, a-t-elle révélé la semaine dernière dans une interview au Centre Rabin, le detruisit et le cacha dans sa canette de Coca-Cola.

Sara, dont la mère lui avait donné une poignée de somnifères, a donné des cachets à ses fils et en a avalé un elle-même. Uzi a refusé.

Sara Davidson Guter, qui a été prise en otage à Entebbe, et Avner Avraham (Mitch Ginsburg / Times of Israel)

Sara Davidson Guter, qui a été prise en otage à Entebbe, et Avner Avraham (Mitch Ginsburg / Times of Israel)

Le vol Air France 139 a continué vers Benghazi, en Libye.

Là-bas Patricia Martell, une infirmière ayant la double nationalité britannique et israélienne, a prétendu avoir fait une fausse couche et a été autorisée à quitter l’avion.

A Londres, Martell a rencontré des agents du Mossad et leur a transmis les premiers éléments de précieuses informations sur les pirates de l’air et les armes qu’ils portaient. En outre, comme Avraham l’a révélé dans l’exposition, elle avait jadis servi d’infirmière à Idi Amin lors de ses visites en Israël, quand les relations entre les deux Etats étaient bonnes, et partagé ses idées sur le leader ougandais.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu sortant d'un avion Hercules C-130 , utilisé dans le raid pour libérer les otages israéliens détenus à l'aéroport d'Entebbe en Ouganda en 1976, lors d'une visite à la base aérienne Hatzerim près de Beersheba en 2009 (Photo: Edi Israel / Flash90 )

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu sortant d’un avion Hercules C-130 , utilisé dans le raid pour libérer les otages israéliens détenus à l’aéroport d’Entebbe en Ouganda en 1976, lors d’une visite à la base aérienne Hatzerim près de Beersheba en 2009 (Photo: Edi Israel / Flash90 )

En Israël, le 30 juin, la nuit avant que n’expire l’ultimatum des pirates pour la libération des otages, le chef d’état-major de Tsahal, feu Motta Gur, a écrit une note à Rabin avec l’entête « Personnel ».

Dans la note, rendue publique pour la première fois, on peut lire : « L’armée israélienne doit défendre chaque Israélien quel qu’il soit. Si l’armée israélienne ne peut pas le faire – les Israéliens doivent être sauvés. Par conséquent – si tous nos efforts et systèmes ne fonctionnent pas – l’état-major recommande de céder aux exigences des terroristes ».

En attendant, a ajouté Gur, attendons l’ultimatum jusqu’à la dernière seconde possible et prenons alors une décision finale.

Une des photos aériennes ayant permis la  mission prises par un combattant du Mossad encore anonyme (Autorisation: Avner Avraham)

Une des photos aériennes ayant permis la mission prises par un combattant du Mossad encore anonyme (Autorisation: Avner Avraham)

Quelques heures plus tôt, le 29 juin, les terroristes palestiniens et allemands avaient fait une erreur fatale. Ils ont séparé les Israéliens des autres.

Ninette Moreno, une canado-israélienne avec un nom que les pirates n’ont pas identifié comme juif, a été autorisée à quitter Entebbe. À l’arrivée à Paris, elle s’est assise avec des agents israéliens.

La carte qu’elle les a aidé à dessiner, décrivant là où les Israéliens étaient détenus dans le terminal et le positionnement des gardes armés, est exposée pour la première fois, avec des lignes nettes qui marquent les différents couloirs, les portes et les bancs.

Avraham, l’agent du Mossad, a noté que le petit-fils de Ninette, le lieutenant-colonel Emmanuel Moreno, qui a été tué dans la Seconde Guerre du Liban, était l’un des meilleurs officiers de l’histoire de la Sayeret Matkal.

Le schéma que Ninette Moreno, la grand-mère de feu le lieutenant-colonel Emmanuel Moreno, a aidé à dessiner (Mitch Ginsburg / Times of Israel)

Le schéma que Ninette Moreno, la grand-mère de feu le lieutenant-colonel Emmanuel Moreno, a aidé à dessiner (Mitch Ginsburg / Times of Israel)

Avraham, un ancien du Mossad qui y a servi pendant 28 ans, qui s’est lancé dans une carrière de conservateur avec une exposition de 2011 sur la capture d’Adolf Eichmann et est aujourd’hui un artiste, se délecte des petits détails :

Comment les commandos de Sayeret Matkal ont fait irruption dans une clinique médicale pour voler des fournitures adaptés aux enfants qui autrement auraient soulevé quelques sourcils ; comment le pilote du troisième Hercules a décollé avec peut-être la charge la plus lourde qu’il n’ait jamais portée ; et comment les photos du Mossad sont arrivées au Cabinet qui se réunissait à Tel-Aviv pendant que les commandos et les pilotes attendaient encore l’autorisation d’atterrir dans le Sinaï.

Mais il a particulièrement adoré une histoire qui n’est pas présentée dans l’exposition et qu’il n’a apprise que récemment.

Le samedi 4 juillet, un agent du Mossad posté à Nairobi, au Kenya – un pays qui avait rompu ses relations diplomatiques avec Israël après la guerre de Kippour – a réuni un groupe d’hommes nantis et pro-israéliens dans une maison sûre du Mossad.

Il leur a demandé de venir avec leurs Land Rover et leur a dit, j’ai besoin de votre aide. Cela va prendre cinq heures. Si vous dites oui, vous ne pouvez pas quitter cette maison.

Ils ont accepté et à un moment donné il les envoya attendre ensemble à l’aéroport de Nairobi, où les avions ont dû se ravitailler sur le chemin du retour vers Israël. Les chauffeurs étaient là pour servir d’ambulanciers impromptus.

Otages libérés après l'opération Entebbe (Crédit : archives de Tsahal)

Otages libérés après l’opération Entebbe (Crédit : archives de Tsahal)

Guter Davidson est allé dormir cette nuit-là sachant que la première des exécutions d’otages commencerait le lendemain. Lorsque des coups de feu ont retentit, elle était sûre que son heure était venue.

Elle s’est couchée sur son fils de 13 ans et ferma les yeux et pria que ce serait bientôt fini. Lui aussi a recité la prière de Shema, ou au moins une version improvisée de celle-ci, se souvient elle.

Elle ouvrit les yeux et en voyant des hommes en uniformes tigrés à rayures blanches et des chapeaux de style de kibboutz qui parlaient l’hébreu, elle pensa qu’elle était dans un rêve.

Un homme dont le nom, dont elle n’a appris que de nombreuses années plus tard – Amir Ofer – leur a dit de se tenir par les mains et de le suivre dans le terminal. Des balles sifflaient encore et elle vit de façon frappante les boules de feu quand les soldats israéliens ont détruit les MiG ougandais.

Quand ils ont débarqué en Israël,se souvient elle, Rabin a pris son mari de côté. Il lui serra la main et lui dit qu’il avait les chaleureuses salutations de son père, un octogénaire qui avait encouragé le Premier ministre à faire preuve de fermeté face aux demandes des terroristes.

« Cet homme, qui a à peine battu un cil tout au long de l’épisode, » dit-elle d’Uzi, « a fait un pas de côté et a fondu en larmes. »