Un expert a suggéré que le discours combatif du Premier ministre Benjamin Netanyahu à l’Assemblée générale des Nations unies lundi pourrait être appelé à devenir l’un des plus grands tubes de Bibi ; sauf qu’à la fin il y avait un nouveau couplet.

Le discours comprenait en effet de nombreux arguments et des points de discussion qu’il avait utilisé précédemment : le danger d’un Iran nucléaire, l’utilisation cynique de boucliers humains par le Hamas à Gaza, l’hypocrisie au Conseil des droits de l’Homme, et ainsi de suite.

Le Premier ministre a même recyclé certaines phrases qu’il avait employées au cours des dernières semaines, en réitérant son analogie du Hamas et de l’Etat islamique comme « les branches d’un même arbre empoisonné », et affirmant que les nazis croyaient en une race supérieure alors que les militants islamistes pratiquent « une foi supérieure ».

Mais à la fin de son discours, il a changé de rhétorique quand il a tendu la main aux « principaux États dans le monde arabe », suggérant qu’une coopération accrue – et finalement une totale reconnaissance et la paix – pourraient mener à une résolution du conflit israélo-palestinien.

« Je crois que, avec une nouvelle approche de nos voisins, nous pouvons faire avancer la paix, malgré les difficultés que nous rencontrons », a déclaré Netanyahu.

En empruntant une idée avancée récemment par le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman, Netanyahu a renversé l’Initiative de paix arabe. « Mais l’ancien modèle pour la paix », a-t-il poursuivi, « doit être mis à jour. Il doit prendre en compte les nouvelles réalités, les nouveaux rôles et les responsabilités de nos voisins arabes ».

Lancée par l’Arabie saoudite en 2002, l’Initiative de paix arabe promet à Israël des relations diplomatiques entières avec tous les pays arabes et musulmans dès que son conflit avec les Palestiniens serait résolu.

Lundi, Netanyahu a infirmé la chronologie de cette idée : « Beaucoup ont longtemps cru qu’une paix israélo-palestinienne aiderait à faciliter un plus large rapprochement entre Israël et le monde arabe », a-t-il dit. « Mais ces jours-ci je pense que cela peut fonctionner dans l’autre sens : à savoir qu’un rapprochement plus large entre Israël et le monde arabe peut faciliter une paix israélo-palestinienne. »

Au cours des dernières semaines, Netanyahu a maintes fois fait allusion à un nouvel « horizon diplomatique » avec les Etats arabes modérés.

L’ennemi de mon ennemi peut être mon ami, et de plus en plus d’États arabes sunnites se rendent compte qu’en s’opposant à l’Iran ses ambitions nucléaires et à l’islam radical, ils ont en Israël un partenaire potentiel.

Netanyahu a déclaré plus tôt ce mois-ci, lors d’une conférence de lutte contre le terrorisme que celle contre le terrorisme islamiste a conduit à « de nouvelles alliances au Moyen-Orient ».

« Les dirigeants arabes comprennent qu’Israël n’est pas leur ennemi mais leur allié dans la lutte contre cet ennemi commun », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il croit en « une opportunité pour la coopération et peut-être une chance pour la paix. »

Netanyahu a pour la première fois mentionné lundi par leurs noms ceux qu’il a à l’esprit : « Il faut regarder non seulement à Jérusalem et à Ramallah, mais aussi au Caire, à Amman, à Abu Dhabi, à Riyad et ailleurs », a-t-il dit.

« Je crois que la paix peut être réalisée avec la participation active de pays arabes, ceux qui sont prêts à fournir un soutien politique, matériel et toute autre forme de soutien indispensable. »

Au cours de cette partie de son discours, Netanyahu faisait un peu penser à Shimon Peres, rêvant d’un « nouveau Moyen-Orient. » Avec l’Iran convoitant des armes nucléaires et la l’État islamique décapitatant à tout va pour frayer son chemin à travers l’Irak et la Syrie, ce nouveau Moyen-Orient présente certainement de nouveaux dangers, mais aussi de nouvelles opportunités. Ensemble, nous pouvons renforcer la sécurité régionale. Nous pouvons faire avancer des projets dans les domaines de l’eau, de l’agriculture, du transport, de la santé, de l’énergie, et autres ».

Le défi, a-t-il reconnu, serait de « transformer ces intérêts communs pour créer un partenariat productif. »

Seuls Netanyahu (et une poignée d’autres hauts fonctionnaires) connaissent l’étendue de la coopération israélo-arabe secrète actuelle.

Pourtant, le fait que Jérusalem et plusieurs pays arabes avec lesquels il n’entretient pas de relations diplomatiques officielles collaborent dans plusieurs domaines est le secret le moins bien gardé du Moyen-Orient.

La condamnation du monde arabe sunnite quant à l’opération Bordure protectrice s’est moins faite entendre cet été que lors de conflits antérieurs analogues, apparemment parce que ces pays se rendent compte qu’ils ont avec Israël un ennemi commun : les groupes terroristes islamistes.

Mais il reste difficile à envisager que l’Arabie saoudite, les Émirats Arabes unis, le Koweït et d’autres pays du Golfe soient prêts à sortir de l’ombre et embrasser officiellement Israël avant que le problème palestinien soit résolu.

Des universitaires et des analystes politiques spécialisés dans les pays du Golfe ne distinguent jusqu’à présent, aucune raison de croire qu’ils vont abandonner leur serment de ne jamais normaliser les relations avec Israël tant que les ambitions de leurs frères palestiniens pour un Etat ne sont pas concrétisées.

Alors qu’ils aspirent à l’étreinte chaleureuse du monde arabe modéré, les dirigeants israéliens oublient parfois la dure réalité. Par exemple, Yair Lapid ministre des Finances, a récemment cité le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Saoud al-Fayçal, appelant publiquement à la coéxistence avec Israël et dénonçant « la haine de l’Etat juif. » Le seul problème est qu’aucune déclaration de ce type n’a été prononcée.

La semaine dernière, la ministre de la Justice, Tzipi Livni, aurait rencontré à New York les principaux ministres de plusieurs pays arabes avec lesquels Israël n’entretient pas de relations diplomatiques. Cette information était probablement vraie, mais au moins un Etat arabe – le Koweït – a déjà nié que la réunion ait eu lieu.

Avec l’échec spectaculaire cette année des négociations de paix bilatérales avec les Palestiniens menées sous l’égide des Etats-Unis, et en particulier après le discours du « génocide » du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas la semaine dernière, il est compréhensible que Netanyahu aspire à une « nouvelle approche de nos voisins. »

Lundi à l’ONU, il a évoqué « le partenariat entre nous », comme s’il était déjà une réalité. Mais à ce stade, cela ne pourrait être un peu plus que des voeux pieux.