Kent Ekeroth siège au Riksdag, le parlement de Stockholm avec les « Démocrates suédois », deuxième plus grand parti d’opposition du pays, un parti qui représente la droite dure. A 33 ans, c’est un nationaliste suédois fier qui s’agite contre les gauchistes, les progressistes et les immigrés musulmans.

Ekeroth est également juif ; c’est un fervent partisan de l’État d’Israël où il se rend fréquemment, et en tant que tel, il s’est opposé à l’annonce de son gouvernement au début du mois de reconnaître unilatéralement un Etat palestinien.

« Nous nous sommes opposés à ce vote pour plusieurs raisons. D’une part, ce n’est pas la voie à suivre pour la Suède que de reconnaître unilatéralement un Etat pour les Palestiniens sans l’implication d’Israël, sans négociations, » a-t-il expliqué.

« Un Etat peut se créer quand il est capable de contrôler son propre territoire. L’Autorité palestinienne ne le peut pas ; et pire encore, l’Autorité palestinienne a formé un gouvernement d’union nationale avec le Hamas », a-t-il poursuivi. « Pour nous, reconnaître cela ? Non, c’est inacceptable. »

Pour s’opposer à l’intention déclarée du gouvernement de reconnaître la Palestine, les Démocrates suédois, ainsi que d’autres partis de l’opposition, la semaine dernière, ont voté en commission. La coalition de centre-gauche nouvellement formée du Premier ministre Stefan Löfven aurait dû d’abord discuter de la question dans cette même commission des relations extérieures. Un vote qui, pour avoir été négligé, pourrait amener le gouvernement devant une commission constitutionnelle du Parlement.

Stefan Lofven (Crédit : AFP/TT NEWS AGENCY/JANERIK HENRIKSSON)

Stefan Lofven (Crédit : AFP/TT NEWS AGENCY/JANERIK HENRIKSSON)

Mais le mal est fait et il est peu probable que Stockholm revienne sur sa décision, a déclaré Ekeroth : « Je ne pense pas qu’ils vont reculer. Ce serait le changement de trop » a-t-il déclaré au Times of Israel la semaine dernière à Jérusalem, alors qu’il faisait une visite avec une délégation de parlementaires pro-israéliens du monde entier.

La déclaration du nouveau gouvernement selon laquelle la Suède « reconnaîtra l’Etat de Palestine » a été suivie par un vote similaire à la Chambre des communes britannique et par l’annonce que le parlement espagnol pourrait être le prochain.

« Cela aura probablement un effet domino en Europe, » estime Ekeroth. « L’establishment de gauche dans de nombreux pays européens va bien sûr utiliser cela et le vote anglais comme une raison de faire la même chose dans leur pays. Considérant que les médias de gauche en Europe sont très forts dans presque tous les pays, notamment ceux d’Europe occidentale, je ne serais pas surpris qu’il y ait une pression croissante pour le faire ».

Natif de Malmö, Ekeroth est né d’un père suédois et d’une mère juive originaire du Kazakhstan qui a immigré en Suède dans les années 1960. Il est « en partie juif, mais évidemment aussi suédois. Donc, c’est un peu des deux » conclut-il.

Plus tard au cours de l’entrevue, il a précisé : « Je suis d’abord suédois. J’y suis né, c’est ma première langue, c’est la culture dans laquelle j’ai grandi ; je sais que je suis suédois à bien des égards, sur le plan culturel. C’est normal. Mais j’ai aussi en moi ma partie juive. »

Ekeroth est entièrement laïc et décrit son respect des traditions juives comme « superficiel ». Il est pourtant entré en politique après un débat à la synagogue locale (bien qu’il ne soit pas membre d’une communauté juive). Un parti centriste a tenté de le recruter, mais comme il a toujours été opposé à l’immigration, il rejoint les Démocrates suédois, avec qui il est entré au Riksdag en 2010. C’est un parti nationaliste, anti-immigration, souvent qualifié d’extrême-droite.

Selon la vision du monde d’Ekeroth, une immigration illimitée sur sa terre natale est la racine des tous les problèmes – y compris de la décision du gouvernement de reconnaître la Palestine.

Le Parti Vert, le partenaire des sociaux-démocrates dans la coalition au pouvoir, est « farouchement anti-Israël », explique-t-il. Avec, et c’est un symbole, le nouveau ministre du Logement d’origine turque Mehmet Kaplan, qui a participé à la flottille du Mavi Marmara en 2010.

Très peu de nazis vivent en Suède, et tout l’antisémitisme local est « un problème importé » déclare Ekeroth. « Nous avons importé l’antisémitisme en raison de l’immigration sans restriction. Et c’est un problème croissant. Les Juifs quittent Malmö ; ils quittent la Suède ».

Photo d'illustration d'une manifestation pro-palestinienne à Stockholm, Suède, le 20 janvier, 2009 (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

Photo d’illustration d’une manifestation pro-palestinienne à Stockholm, Suède, le 20 janvier, 2009 (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

Cela peut sembler étrange pour un Juif de souscrire à un type de nationalisme qui confine à la xénophobie. Mais la sympathie des Juifs pour les politiciens d’extrême droite n’est pas une anomalie en Europe, où des partis tels que le Front National de Marine Le Pen en France ou le Parti de la Liberté de Geert Wilders en Hollande attirent le soutien de personnes opposées à l’augmentation de l’immigration en provenance des pays arabes. Et donc aussi de certains Juifs.

Ekeroth a reconnu que les relations de son parti avec la communauté juive locale sont tendues. « Ils sont tous libéraux – les Juifs en Suède, en Europe en général – libéraux dans le sens où ils ne sont pas opposés à l’immigration de masse. » Les Juifs, poursuit-il, « se considèrent comme une minorité et se sentent obligés de défendre d’autres minorités ».

Les Suédois, explique-t-il encore, « se considèrent comme faisant partie d’un monde judéo-chrétien. Et c’est là que les Juifs devraient se placer. Et non pas par rapport à l’immigration arabo-musulmane. Parce que ce sont des mondes à part ».

Les immigrants ne sont pas les seuls à blâmer pour le sentiment anti-israélien en Suède, selon Ekeroth. Les médias de gauche en sont, pour lui, tout aussi responsables.

Une enquête aurait montré que 80 % des journalistes du pays ont des opinions de gauche, dit-il, « et cela affecte ce qu’ils écrivent, ce qui affecte l’opinion publique ». Alors, pour le député, « les gens en Suède n’ont pas le tableau complet de ce qui se passe. Ils ne savent rien à propos de l’histoire d’Israël ou de la connexion des Juifs à cette terre ».

Ekeroth est venu en Israël plus d’une douzaine de fois. En tant que secrétaire international des Démocrates Suédois, il vient ici pour le travail, mais il aime aussi les vacances à Tel Aviv. En 2006, il avait déjà fait un stage à l’ambassade de Suède…

Est-ce qu’il se considère lui-même comme un sioniste ? « Je suis un nationaliste suédois et je soutiens Israël comme Etat de droit et comme ayant le droit de se défendre. Je ne sais pas ce que cela fait de moi. Je suis d’abord et avant tout un nationaliste suédois. Mais évidemment, je sais que plus que quiconque qu’Israël est le foyer des Juifs ».