Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et sa famille ont pu profiter de repas gastronomiques d’une valeur de dizaines de milliers de shekels payés par un homme d’affaires australien proche du leader israélien, selon un rapport paru dimanche et alors que de nouveaux détails émergent dans le cadre d’une enquête intensifiée portant sur l’implication de Netanyahu dans des affaires de corruption.

La police s’est penchée sur des allégations affirmant qu’un certain nombre d’hommes d’affaires avaient offert des cadeaux de prix à Netanyahu et à son épouse, Sara, durant ses années en fonction.

La semaine dernière, la Deuxième chaîne avait rapporté que parmi eux figurait Arnon Milchan, producteur à Hollywood et ressortissant israélien, et que quatre hommes d’affaires pourraient être concernés dans le cadre de l’investigation.

Ainsi, Milchan aurait fait don de cigares d’un prix très élevé à Netanyahu et aurait approvisionné pendant des années son épouse en bouteilles de champagne.

La Deuxième chaîne a également annoncé ce week-end que Netanyahu avait demandé à trois occasions au Secrétaire d’Etat John Kerry d’intervenir en faveur de Milchan et d’octroyer à ce dernier un visa à long-terme pour qu’il puisse s’établir aux Etats Unis. Ce visa avait été en effet obtenu.

Dans un reportage, dimanche, la Dixième chaîne a fait savoir qu’en plus de Milchan, le milliardaire australien James Packer avait également payé des repas gastronomiques à la famille Netanyahu dans sa résidence privée ainsi que des cigares et du champagne. Packer et Milchan sont amis et partagent des intérêts commerciaux.

Benjamin Netanyahu et le producteur Arnon Milchan lors d'une conférence de presse, le 28 mars 2005. (Crédit : Flash90)

Benjamin Netanyahu et le producteur Arnon Milchan lors d’une conférence de presse, le 28 mars 2005. (Crédit : Flash90)

A la fin de l’année dernière, Raviv Drucker, de la Dixième chaîne, avait affirmé que Packer avait prodigué des cadeaux à Yair, le fils de Netanyahu qui est à l’université, des cadeaux qui avaient compris de longs séjours dans des hôtels luxueux de Tel Aviv, de New York et d’Aspen, dans le Colorado.

Il l’avait par ailleurs autorisé à utiliser son jet privé et lui avait donné des dizaines de billets pour assister aux concerts de l’ancienne petite amie de Packer, Mariah Carey.

Selon le reportage, un des avocats de Packer, Yaakov Weinroth, proche de Netanyahu, avait tenté en vain de faire pression sur le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri pour obtenir le statut de résident permanent en faveur de l’homme d’affaires, un statut très rare pour les non-Juifs.

Packer, qui est également propriétaire d’une maison située à proximité de celle de Netanyahu au cœur de la communauté côtière et prospère de Césarée, cherchait à obtenir ce statut israélien pour des raisons fiscales.

Packer aurait fait une déposition à la police dans ce dossier.

Mariah Carey se promène main dans la main avec son partenaire, l'homme d'affaires australien James Packer, à Capri, en Italie, en juin 2015. (Capture d'écran: YouTube)

Mariah Carey se promène main dans la main avec son partenaire, l’homme d’affaires australien James Packer, à Capri, en Italie, en juin 2015. (Capture d’écran: YouTube)

Netanyahu, mis en examen, a été interrogé par la police jeudi pendant cinq heures – c’était la deuxième fois cette semaine – dans cette affaire de cadeaux illégaux. Il a nié toute malversation et son avocat, Weinroth, a répété que son client n‘avait rien fait qui soit illégal.

La police enquête également sur une autre affaire, celle de l’Affaire 2000, dans laquelle Netanyahu est soupçonné d’avoir offert, en l’échange d’une couverture plus favorable à son bureau du quotidien, de réduire l’impact de son rival pro-Netanyahu, Israel Hayom.

Une conversation à cet effet entre Netanyahu et le rédacteur en chef du Yedioth Arnon Mozes en 2014 serait au coeur de l’enquête de corruption qui se durcit autour du Premier ministre, concernant l’acceptation par le chef du gouvernement d’avantages illégaux variés et dorénavant connue sous le nom d’Affaire 1000.

Mozes, souvent décrit comme un ennemi juré de Netanyahu, serait actuellement mis en examen par la police aux côtés du Premier ministre pour être interrogé sur leurs différents accords.

L'éditeur et le propriétaire de Yedioth Ahronoth,  Arnon 'Noni' Mozes à Tel Aviv le 26 mars 2014 (Crédit : Roni Schutzer/Flash90)

L’éditeur et le propriétaire de Yedioth Ahronoth, Arnon ‘Noni’ Mozes à Tel Aviv le 26 mars 2014 (Crédit : Roni Schutzer/Flash90)

Les officiers de police seraient en possession d’un enregistrement qui semblerait corroborer les suspicions portant sur une discussion évoquant des “contreparties” entre les deux hommes.

Le rédacteur en chef du journal a pour sa part indiqué dimanche qu’il n’avait aucune connaissance de l’affaire.

Ron Yaron, rédacteur en chef de Yedioth, a fait savoir dimanche dans une déclaration qu’il ignorait tout d’un entretien entre Netanyahu et Mozes et que Yedioth était un journal honnête et professionnel.

Tout ce qui est publié par Yedioth répond aux “normes journalistiques” et paraît en raison de motifs professionnels appropriés, selon Yaron.

La Deuxième chaîne a annoncé qu’Ari Harow, ancien chef de cabinet de Netanyahu, était présent lors de la rencontre entre Netanyahu et Mozes et que la conversation avait été enregistrée sur requête du Premier ministre. Les séquences audios ont été retrouvées à l’habitation de Harow.

La preuve, dit le reportage, ne pointe pas nécessairement des faveurs financières mais indique plutôt une tentative d’élaboration d’un pacte de contrepartie. Selon les termes de ce dernier, le Premier ministre aurait promis à Mozes qu’il oeuvrerait à réduire la circulation du journal rival pro-Netanyahu Israel Hayom, quotidien gratuit qui avait rongé la part de marché du Yedioth, en l’échange d’une couverture plus favorable de la part de Yedioth.

Selon la Deuxième chaîne, les conversations avaient porté sur la suppression de l’édition du week-end d’Israel Hayom, propriété du milliardaire américain et allié de Netanyahu, Sheldon Adelson.

Le milliardaire juif des casinos, Sheldon Adelson (Crédit : Flash90/File)

Le milliardaire juif des casinos, Sheldon Adelson (Crédit : Flash90/File)

La Dixième chaîne a également annoncé que Netanyahu avait aussi tenté de convaincre Mozes de tuer dans l’œuf une histoire qui concernait son fils, Yair. On ignore pour le moment quelle information avait Yedioth sur Yair Netanyahu ou si l’histoire a été publiée.

Yedioth, qui était le plus grand tabloïd du pays, est souvent considéré comme critique de Netanyahu et l’homme s’est plaint à multiples reprises d’une couverture injuste de la part du journal dans le cadre d’une campagne médiatique plus large qui visait à lui faire quitter ses fonctions.

Un porte-parole du Bureau du Premier ministre a décliné la demande de commentaires sur ces rapports du Times of Israel.

Selon des articles parus dans les médias hébréophones, Netanyahu aurait déclaré à ses ministres lors d’une réunion de son cabinet organisée dimanche : « Maintenant que je sais ce sur quoi porte l’enquête, je peux vous l’affirmer avec certitude : Il n’y aura rien parce qu’il n’y a rien », un mantra répété à plusieurs reprises au cours des deux dernières semaines.

Le Premier ministre a indiqué que l’affaire était le résultat d’une « pression sans relâche de la part des sources médiatiques sur les autorités chargées de l’application de la loi », qualifiant les soupçons de « rien d’autre que du vent ».

Un rapport paru dimanche dans Haaretz a cité des sources proches du Premier ministre, disant qu’il avait été surpris par la qualité des preuves amassées par la police dans cette affaire.