Ce sont des dizaines de résidents de Gaza qui ont pénétré en Israël, mardi 25 juillet, leurs autorisations de voyage à la main. Alors qu’ils se préparaient à monter à bord du bus hebdomadaire qui relie le carrefour d’Erez à Amman, un ultimatum leur a été présenté : Signer un formulaire disant qu’ils ne rentreraient pas chez eux via Israël pendant au moins un an, ou bien il devaient retourner à Gaza.

Avec le point de passage de Rafah qui est situé entre Gaza et l’Egypte et fermé pendant la plus grande partie de l’année, la seule manière pour les habitants de sortir de la bande de Gaza est habituellement de traverser Israël. Les Palestiniens s’envolent généralement depuis Amman vers leurs destinations désirées car ils ont l’interdiction de décoller de Tel Aviv et qu’il n’existe aucun aéroport palestinien.

Le groupe israélien Gisha, qui gère les questions relatives à la liberté de circulation des Palestiniens, a décrit ces événements survenus le 25 juillet dans un rapport publié environ deux semaines plus tard. Israël a reconnu la véracité du document, affirmant que les employés, au carrefour, n’avaient fait qu’appliquer la procédure officielle.

En février 2016, Israël a mis en place une nouvelle politique autorisant les habitants de Gaza – c’était une première en vingt ans – à se rendre via Israël en Jordanie pour partir à l’étranger. Toutefois, cette nouvelle politique a comporté une exigence rigide : Ainsi, les Gazaouis doivent d’engager à ne pas retourner dans l’enclave côtière via Israël pendant au moins douze mois.

Des Palestiniens arrivent depuis Gaza au point de passage Erez, entre Israël et la bande de Gaza, le 3 septembre 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Des Palestiniens arrivent depuis Gaza au point de passage Erez, entre Israël et la bande de Gaza, le 3 septembre 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), organisme du ministère de la Défense chargé d’administrer les passages depuis Gaza, a pour la première fois expliqué publiquement dans une série de courriels adressés au Times of Israel le raisonnement sous-jacent à cette obligation de ne pas revenir au sein de l’Etat juif pendant un an ou plus.

Le COGAT a affirmé qu’il allait bien au-delà de ses obligations envers Gaza lorsqu’il permettait aux Gazaouis de se déplacer via Israël mais que le risque sécuritaire inhérent dans cette nouvelle politique exigeait des limitations.

« La liberté de mouvement entre la Bande de Gaza et Israël n’est pas permise, notamment pour voyager à l’étranger » parce que le Hamas – que le COGAT qualifie « d’organisation terroriste meurtrière » – « profite de l’entrée des résidents de la bande de Gaza en Israël pour commettre des attentats terroristes ».

« Malgré cela, et le fait que les résidents de la bande de Gaza n’ont pas le droit d’entrer en Israël », a ajouté le COGAT, « il a été décidé de leur permettre de pénétrer au sein de l’Etat juif dans des cas exceptionnels, notamment celui d’un voyage à l’étranger, à la condition qu’il s’engagent à ne pas revenir à Gaza via Israël pendant au moins un an ».

« Cette condition a été établie en raison de la nécessité de gérer les risques sécuritaires qu’impliquent des entrées nombreuses et fréquentes en Israël », a conclu le COGAT.

Dans une réponse séparée, un porte-parole du COGAT a fait savoir que seuls ceux qui précisent dans leur demande qu’ils ont l’intention de rester à l’étranger pendant plus de 12 mois sont obligés de signer le formulaire d’engagement.

Toutefois, cette clause ne figure pas dans les procédures publiées sur le site internet du COGAT.

Malgré cette nouvelle politique, il y a eu une réduction massive, l’année dernière, du nombre d’autorisations de sortie accordées par Israël aux habitants de Gaza.

Gisha a fait savoir dans un rapport publié au mois de juillet qu’Israël a approuvé une moyenne mensuelle de 6 302 permis pour la première moitié de l’année 2017 contre 14 000 par mois en moyenne lors des six premiers mois de 2016 – ce qui représente une baisse de 55 %.

Commentant l’incident survenu le 25 juillet dans une réponse séparée, le COGAT a expliqué que 22 résidents de la bande de Gaza étaient arrivés au carrefour d’Erez pour partir effectuer un séjour à long terme à l’étranger.

Des Palestiniens au point de passage d'Erez, entre la bande de Gaza et Israël, le 3 septembre 2015. Illustration. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Des Palestiniens au point de passage d’Erez, entre la bande de Gaza et Israël, le 3 septembre 2015. Illustration. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le COGAT a ajouté que dans le cas de civils qui « ne signent pas l’engagement par le biais de la première demande, une ‘approbation conditionnelle’ est envoyée au Comité civil palestinien et nous attestons clairement que l’autorisation ne sera approuvée qu’après la signature du formulaire d’engagement au carrefour d’Erez ».

« Informer les résidents de la bande de Gaza de la procédure de signature de cet accord relève de la responsabilité du Comité civil de l’Autorité palestinienne en tant que facteur de coordination entre les bureaux israéliens et l’habitant concerné », a-t-il poursuivi.

Le COGAT a également noté que l’obligation de ne pas revenir en Israël pendant au moins un an est indiquée clairement sur son site.

Malgré tout, le site ne dit pas que ceux qui n’ont pas signé ce formulaire d’engagement lors de leur demande initiale auront l’obligation de le faire après être entré sur le côté israélien de la frontière.

Tania Hary, administratrice de Gisha, a critiqué la politique du COGAT dans une déclaration faite au Times of Israel.

« Le fait que les gens aient été contraints de signer après avoir déjà reçu leurs autorisation, alors qu’ils se trouvaient dans la navette pour partir à l’étranger, indique que les autorités militaires avaient d’ores et déjà conclu qu’ils répondaient aux critères de circulation depuis Gaza et qu’ils ne posaient pas de menace en termes de sécurité », a-t-elle déclaré.

« Quel que soit l’endroit où on les a obligés à signer, et quel que soit le stade de leur déplacement, c’est une pratique inacceptable », a-t-elle ajouté.

Un homme ayant contacté Gisha relativement à cette affaire a indiqué être allé rendre visite à sa mère malade à Gaza.

« Comment pourrait-il garantir qu’il n’aura pas besoin de revenir à Gaza d’ici un an, si l’état de santé de sa mère devait empirer ? », interroge un porte-parole de Gisha.

Avant cette nouvelle politique, les seuls Gazaouis qui avaient l’autorisation de quitter la bande via Israël étaient les étudiants en partance pour des programmes d’enseignement supérieur et des conférences spéciales, les malades en attente d’un traitement médical ou les voyageurs pour des raisons humanitaires (visite à un proche au premier degré malade ou qui se marie).

« Normalement, pour tous les résidents de la bande de Gaza désireux d’entrer en Israël et en Cisjordanie dans le but d’aller à l’étranger pour diverses raisons personnelles et sous condition d’un engagement écrit de sa part qu’il ne reviendra pas dans la bande de Gaza via Israël et la Cisjordanie pendant au mois un an, sa requête sera approuvée et sujette à une autorisation sécuritaire individuelle », avait fait savoir le COGAT lorsqu’il avait annoncé sa nouvelle politique en février 2016.

Depuis 1996, la majorité des Gazaouis ont quitté la bande via le carrefour de Rafah vers l’Egypte. Mais, à partir de 2013, l’Egypte a maintenu le carrefour de Rafah majoritairement fermé, ne l’ouvrant que périodiquement pendant quelques jours d’affilée.

Lundi, l’Egypte a permis aux Gazaouis de quitter la bande via le carrefour de Rafah pour la première fois depuis cinq mois.