Le Prof. David Assaf, chef du Département d’Histoire juive et directeur de l’Institut de recherche sur le judaïsme de Pologne de l’Université de Tel-Aviv a fait partie de l’équipe internationale de 120 chercheurs impliqués dans la création de l’exposition permanente du Musée de l’Histoire des Juifs de Pologne (Polin), inaugurée le 28 octobre à Varsovie, en présence des présidents de l’Etat d’Israël et de la République de Pologne.

Construit sur l’emplacement de l’ancien quartier juif de Varsovie, transformé en ghetto puis rasé par les nazis pendant la deuxième guerre mondiale, faisant face au Mémorial des Héros du Ghetto, le Musée Polin relate plus de 1000 années d’histoire de ce qui fut la plus grande communauté juive d’Europe à la veille de la Shoah (3.3 millions de personnes).

Fruit de la collaboration entre la Ville de Varsovie, le Ministère polonais de la culture et l’Association de l’Institut historique juif de Pologne, qui a réuni les fonds de donateurs privés du monde entier, le Musée est divisé en huit galeries, six pour la période précédent la Shoah, une sur cette période sombre, et une sur l’ère communiste.

David Assaf (Crédit : université de Tel Aviv)

David Assaf (Crédit : université de Tel Aviv)

Quelle est a été votre contribution à la création du Musée Polin ?

Dès le démarrage du projet en 2005, les responsables du Musée ont demandé l’aide et la participation de chercheurs israéliens.

Le musée s’est adressé à moi en tant que directeur de l’Institut de recherche sur l’histoire des Juifs de Pologne de l’Université de Tel-Aviv.

Je suis spécialiste de l’histoire de la société juive en Europe de l’est, en particulier du hassidisme, de la Haskala et de la société juive traditionnelle. Les responsables du Musée recherchaient des experts pour les différentes périodes de l’histoire.

Aussi, après la présentation du projet à l’UTA par les membres du Musée, j’ai été invité, avec deux autres chercheurs israéliens, à participer à l’équipe responsable de la mise au point de son concept historique.

Mais ma contribution essentielle réside dans la conception de la galerie du XIXe siècle, couvrant en fait une période prolongée allant du partage de la Pologne en 1772 jusqu’à l’instauration de la deuxième république polonaise en 1918. J’ai travaillé en collaboration avec deux autres historiens, l’un polonais non juif (le Prof. Marcin Wodzinski de l’Université de Wroclaw) l’autre juif américain (le Prof. Samuel Kasow).

Ainsi cette importante et vaste galerie sur le passage à la période moderne est le fruit de la conception commune d’historiens polonais, américain et israélien.

Pouvez-vous nous décrire en quelques mots l’activité de l’Institut historique juif de Pologne que vous dirigez à l’UTA ?

Notre Institut a été fondé en 1994 et il s’occupe principalement de la recherche universitaire sur l’histoire des Juifs de Pologne, par la publication de livres et d’études. Nous avons une revue importante en hébreu et anglais du nom de Gilad, nous organisons des conférences aussi bien scientifiques que destinées au grand public, des colloques et des journées d’études.

Mais notre objectif principal est d’encourager les jeunes à se tourner vers ce domaine. Nous octroyons des bourses aux étudiants israéliens et polonais.

Notamment, nous invitons tous les ans trois étudiants polonais qui écrivent leur doctorat sur des sujets juifs à passer un semestre à l’UTA, pour étudier l’hébreu et connaitre les chercheurs importants dans leur domaine.

C’est une entreprise primordiale, et qui malheureusement ne pourra se poursuivre si nous ne trouvons pas de donateurs qui nous aident à la financer.

Nous organisons également une fois tous les deux ans un atelier pour les étudiants de second et troisième cycles alternativement en Israël et en Pologne. Jusqu’à ce jour il y a eu quatre ateliers de ce type.

Comment pouvez-vous décrire votre collaboration avec l’équipe internationale des chercheurs ? Peut-on dire que le Musée est équilibré et concorde avec l’historiographie telle que nous la concevons ?

Prof. D. Assaf : La collaboration a été excellente. Nous avons créés des liens chaleureux avec les équipes polonaises, et depuis, je peux dire que l’UTA et l’Institut de recherche sur l’Histoire des Juifs de Pologne est devenu l’adresse principale du Musée Polin en Israël.

Mais il faut se rappeler qu’il s’agit d’un musée polonais destiné aux Polonais, pas un musée israélien ni un musée juif, et il y a donc une limite à notre l’influence et à notre intervention.

Je peux cependant affirmer que la conception historique du musée n’a pas été influencée par quelconque ordre du jour politique, national ou religieux, et qu’il y a eu au contraire un effort pour atteindre un consensus même là où il existe des dissensions historiques.

Les Polonais n’ont pas eu peur de se mesurer aux épisodes difficiles et sombres de leur histoire, antisémitisme, pogroms, et bien sur la Shoah. Il y aura toujours des critiques, mais il me semble que le Musée a passé honorablement le test de l’honnêteté et de la probité scientifique.

Au mois de mai 2015 il y aura à Varsovie un grand colloque d’historiens juifs du monde entier invités par le musée pour examiner l’exposition, et faire leurs observations. Ceci prouve également la volonté des responsables du Musée de présenter l’histoire telle qu’elle est, et le moins tendancieusement possible.

Quel est votre lien personnel avec la Pologne ? Comment avez-vous vécu l’expérience de la création du Musée ?

Je suis né en Israël, de parents nés à Varsovie qui ont immigrés en Israël avant la Shoah (ma mère a quitté la Pologne fin aout 1939 quelque jours avant l’invasion allemande).

Tous les autres membres de ma famille ont disparus pendant l’Holocauste. La maison de mes parents était au cœur du ghetto, à l’angle des rues Zamenhof et Ganesha (aujourd’hui la rue Anilévitch), juste en face du nouveau musée et du célèbre mémorial de Nathan Rapaport.

C’était bien sur très émouvant également sur le plan personnel. Je suis heureux qu’il y ait un lieu qui perpétue le patrimoine extraordinaire des Juifs du Pologne, mais c’est également triste, car ces Juifs ne sont plus et ont disparu de manière cruelle.