David Foenkinos, qui était l’autre grand favori du Goncourt, a obtenu le prix Renaudot, décerné dans la foulée, pour son roman « Charlotte », cri d’amour pour Charlotte Salomon, jeune artiste juive allemande assassinée à Auschwitz à 26 ans.

L’auteur de « La Délicatesse », énorme best-seller au million de ventes, porté à l’écran, fait revivre avec passion dans ce livre le destin tragique de cette jeune femme.

Pour le Renaudot, il faisait face à quatre autres finalistes, dont la mégastar belge Amélie Nothomb, traduite dans une quarantaine de langues. Elle était en lice avec son 23e roman, « Pétronille », fresque picaresque dont les héros sont le champagne, la France et l’amitié.

Consécration suprême

La Française Lydie Salvayre a été couronnée mercredi par le Goncourt, le plus prestigieux des prix littéraires français, pour un roman sur la guerre d’Espagne, devançant les deux grands favoris, l’Algérien Kamel Daoud et son compatriote David Foenkinos.

« Pas pleurer » a été préféré par les jurés au 5e tour de vote, par 5 voix contre 4, au roman de Daoud, « Meursault contre-enquête ».

« Je suis très heureuse, je suis très émue », a réagi Lydie Salvayre, les larmes aux yeux, en se faufilant dans la cohue des journalistes rassemblés au restaurant Drouant, dans le centre de Paris.

Comme le veut la tradition depuis 1914, c’est de ce restaurant que sont annoncés les lauréats des prix Goncourt et Renaudot, dans l’effervescence médiatique.

Son roman est hanté par la figure de l’écrivain Georges Bernanos et la voix de sa propre mère qui lui raconte au soir de sa vie l’insurrection libertaire de 1936 en Espagne.

« Pas pleurer » est aussi une histoire d’amour impossible entre deux jeunes gens issus de milieux sociaux et de clans républicains différents.

« Nous avons d’abord couronné un roman d’une grande qualité littéraire, un livre à l’écriture très originale, même si je regrette qu’il y ait parfois trop d’espagnol », a souligné Bernard Pivot, président de l’Académie Goncourt.

Connu dans le monde entier, le Goncourt reste le prix le plus prestigieux, consécration suprême pour un auteur et jackpot pour le lauréat et son éditeur.

Une deuxième femme était en lice pour le Goncourt, Pauline Dreyfus avec « Ce sont des choses qui arrivent », qui se déroule pendant la seconde guerre mondiale, du côté des nantis.

Avant l’attribution du prix, les critiques donnaient Foenkinos et Daoud pour favoris, soulignant la « réussite exceptionnelle » de « Meursault, contre-enquête », premier roman virtuose de l’écrivain algérien de 44 ans.

L’auteur, chroniqueur au Quotidien d’Oran, y donne la parole au frère de « l’Arabe » anonyme tué par Meursault dans « L’Etranger » d’Albert Camus (1942), avec en contrepoint, l’histoire passée et présente de l’Algérie.

La dernière femme lauréate du Goncourt avait été Marie N’Diaye en 2009.

Le bal des prix littéraires français, un marathon unique au monde, s’était ouvert le 30 octobre avec le prix de l’Académie française décerné à Adrien Bosc, jeune auteur français de 30 ans, pour « Constellation », une captivante enquête sur le crash légendaire où périt le boxeur Marcel Cerdan.

Il avait été suivi par le Femina, qui a récompensé lundi l’Haïtienne Yanick Lahens pour « Bain de lune », un roman sur son pays, traversé par les cataclysmes et l’opportunisme politique.

Le jury entièrement féminin a attribué le « Femina étranger », décerné à un roman écrit dans une autre langue que le français, à l’Israélienne Zeruya Shalev pour « Ce qui reste de nos vies », une oeuvre sur l’amour et la famille.

Mardi, l’écrivain français Antoine Volodine a reçu le prix Médicis, pour « Terminus radieux », une fresque sauvage et noire dans une Sibérie dévastée par les explosions nucléaires.

L’Australienne Lily Brett a obtenu pour sa part le Médicis étranger pour « Lola Bensky », un beau portrait de femme, fille de rescapés de la Shoah, et émouvant hommage aux génies du rock des années 60 et 70.