Qu’y a-t-il de commun entre un rabbin, un archevêque, un religieux musulman et l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair ?

Pas mal de choses, selon une session inhabituelle consacrée à la religion mercredi, au Forum économique mondial de Davos, où ils ont discuté d’extrémisme, de violence et de liberté d’expression après le choc des attentats contre Charlie Hebdo à Paris il y a 2 semaines.

Au cours d’un large débat consacré aux conflits au Moyen-Orient, au Nigeria, en République centrafricaine et aussi aux récentes attaques à Paris, les débatteurs ont tous reconnu qu’il n’y avait rien de neuf sous le soleil.

« L’extrémisme n’est pas un phénomène récent, nous avons connu l’extrémisme au 20e siècle, à travers le communisme et le fascisme, qui étaient tous les deux des idéologies profondément anti-religion », a déclaré Tony Blair, un chrétien engagé, qui est à présent un envoyé spécial pour la paix au Moyen-Orient.

« Ce n’est pas la religion en tant que telle qui provoque des conflits. Cependant, aujourd’hui, l’idéologie qui est la plus menaçante pour notre sécurité est une idéologie basée sur une perversion de la religion » a ajouté M. Blair, en référence à l’islam radical.

Hamza Yusuf Hanson, un expert de l’islam, a estimé que l’islam radical était « une perversion » et a soutenu que l’islam traditionnel était « une des religions exceptionnelles qui permettent aux autres religions de vivre pacifiquement en leur sein ».

Et le rabbin David Rosen, du Comité juif américain, a déclaré que la religion avait été déviée pour manipuler les gens, dans une spirale descendante qui conduit inévitablement à la violence.

« Maintenant que nous nous sentons menacés, il est naturel et souhaitable de se tourner vers la religion », a-t-il dit.

Charlie

Les leaders religieux ont également discuté des limites de la liberté d’expression après les attentats contre le journal Charlie Hebdo il y a 15 jours à Paris.

Des islamistes armés ont tué 12 personnes dans les locaux et autour du journal, pour « venger » le prophète Mahomet après la publication de caricatures du prophète jugées blasphématoires par les musulmans.

Après les attentats, le journal Charlie Hebdo a à nouveau publié une caricature montrant Mahomet, ce qui a provoqué une vague de manifestations et d’émeutes dans beaucoup de pays musulmans, certaines ayant fait des morts.

Le représentant musulman Hamza Yusuf Hanson a émis les plus vives critiques contre la publication de ces caricatures.

« Il s’agit d’un manque absolu de civilité et de décence », a-t-il déclaré.

Relevant que les trois hommes armés qui ont tué 17 personnes en 3 jours en France étaient radicalisés, il a ajouté que « vous pouvez condamner et critiquer la religion, il n’y a pas de problème avec ça, mais vous ne pouvez pas vous moquer des gens et leur manquer de respect », a-t-il dit.

L’archevêque sud-africain Thabo Cecil Makgoba s’est demandé pour sa part « ce que signifie +je suis Charlie+ et +je ne suis pas Charlie+ ».

Il a demandé aux hommes politiques de dépasser « les expressions qui font le buzz », et de chercher les raisons de fonds expliquant la radicalisation, notamment en France.

Le rabbin Rosen a encore affirmé à l’AFP qu’insulter la religion des gens était pire que qu’une insulte raciale.

Comment dans ce contexte résoudre le problème de la religion pervertie en violence?

Tony Blair a expliqué que la seule solution à long terme était l’éducation.

« L’extrémisme n’est pas naturel, c’est quelque chose qui est enseigné et il faut le démonter dans les systèmes scolaires », a-t-il dit.

Pour sa part, l’archevêque Makgoba a déclaré qu’en « tant qu’homme de foi, je ne peux pas abandonner l’espoir ».

« Sur plus de 6 milliards d’êtres humains dans le monde, il n’y a qu’une poignée de terroristes, ne nous laissons pas terroriser par cette minorité », a-t-il dit.

« La liberté et l’amour sont des valeurs clés, et si nous les défendons nous pouvons transcender la violence », a-t-il dit.

Le Forum économique mondial, qui se tient dans la station de sports d’hiver suisse de Davos, réunit cette année jusqu’à samedi 2.500 leaders économiques politiques et décideurs dans le monde.