Lors de la guerre du Liban de 1982, le Premier ministre Benjamin Netanyahu se trouvait loin du front, occupant les fonctions de chef de mission adjoint à l’ambassade d’Israël à Washington, DC.

Pourtant, cette guerre, la première d’Israël contre une entité non-étatique, est un prisme à travers lequel l’on peut examiner le conflit de Gaza, dirigé par Netanyahu et combattu par l’armée israélienne, de cet été funeste de l’année 2014.

Au Liban, une solution optimiste israélienne a accompli beaucoup sur le plan militaire, au prix de pertes de soldats, mais a donné peu de gains politiques tangibles seulement 18 ans plus tard.

Cette expérience – la prise du Liban, le siège de Beyrouth, et les exploits militaires manqués au Moyen-Orient – semble avoir servi aux cerveaux de la campagne actuellement interrompue à Gaza.

Très probablement, la guerre du Liban a joué un rôle central dans la perception de Netanyahu et du ministre de la Défense Moshe Yaalon de ce que l’armée peut accomplir en plein cœur de la ville de Gaza et de ce que les dirigeants, dans des chambres d’hôtel retirées, peuvent gagner au niveau diplomatique.

Vraisemblablement, elle a exacerbé leur réticence, face à une pression importante des côtés droit et gauche du cabinet, à afficher des succès militaires probants, et à adopter les plans géopolitiques de dirigeants locaux.

Les deux guerres ont commencé dans des circonstances similaires.

En septembre 1970, l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), après avoir tenté de renverser le roi Hussein de Jordanie et souffert d’un dépeçage ultérieur de ses troupes, a fui la frontière orientale avec Israël, pour se relocaliser vers le nord, au Liban.

Peu de temps après, les attentats terroristes ont commencé – atteignant un pic au milieu des années 1970 avec le massacre de Maalot, l’attaque sur la route du littoral et la crise des otages de Kfar Yuval – de même que les tirs de roquettes Katioucha.

Israël a tenté, après l’assassinat de 38 personnes le long de la route côtière au centre du pays par des terroristes du Liban, d’exercer un contrôle sur la région, avec le lancement de l’opération Litani ; mais en juin 1982, après l’élimination de l’ambassadeur du Royaume-Uni, Shlomo Argov, au centre de Londres, le gouvernement israélien, lassé de l’empire terroriste établi par l’OLP au Liban, a décidé d’asséner à l’organisation un coup mortel.

Jusque-là, on observe beaucoup de similitudes entre la Haute Galilée et les zones entourant Gaza aujourd’hui.

Puis, le 6 juin 1982, à 11 heures du matin, Israël a lancé l’opération Paix en Galilée [Shalom Hagalil].

Quatre divisions ont strié le Liban.

En une semaine, voici ce qui s’est passé : Israël a abattu 29 avions syriens et n’en a perdu aucun ; il a détruit les défenses aériennes syriennes presque entièrement ; il a coupé au travers de la route côtière, de la voie centrale et de la route est vers le nord pour atteindre l’autoroute Damas-Beyrouth. La capitale, après plusieurs jours de combats intermittents, était en état de siège.

Au cours de ces sept premiers jours de combat, Israël a perdu 222 hommes.

Le 30 août, Yasser Arafat, et le dernier de ses 9 000 soldats d’infanterie, étaient chassés de la ville, cap sur Tunis. Israël avait perdu 348 soldats.

Mais les jours suivants, la suite du programme israélien s’effondrait. Bachir Gemayel, le chef du groupe chrétien des Phalanges qui avait été élu président du Liban pendant le siège, a été assassiné le 14 septembre, une semaine avant son intronisation.

Le lendemain, l’armée israélienne s’installait à Beyrouth-Ouest et, au cours des deux prochains jours, a laissé les forces phalangistes entrer à Sabra et Chatila, où elles ont massacré des milliers de Palestiniens.

La guerre de Gaza, interrompue mardi après 50 jours, était tout ce que le Liban n’était pas : plutôt qu’un élan puissant à corps perdu dans la bande de Gaza, au prix de vies de centaines de soldats, Netanyahu et les gradés de Tsahal ont opté pour des avancées provisoires dans la poursuite d’objectifs réalisables – l’éradication de la menace des tunnels, par exemple. Plutôt que de chercher un changement radical dans le statu quo, Israël voulait simplement y revenir.

Et plutôt que de poursuivre un plan d’onction d’un gouvernement ami dans un pouvoir hostile, Israël, sous Netanyahu, se méfie du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et de sa capacité à rester à à la surface – à la fois en Cisjordanie et à plus forte raison à Gaza – au milieu des vagues déferlantes du djihadisme dans la région.

C’est ce qui explique la prudence et l’hésitation apparente qui ont entraîné la plus grande puissance militaire au Moyen Orient dans une sorte de jeu inégal avec une milice locale des Frères musulmans.

Pour Netanyahu et Yaalon – qui a combattu dans la guerre du Liban en tant qu’officier de l’unité d’élite du chef d’état-major et plus tard en tant que commandant de bataillon de la brigade de parachutistes – aucune avancée majeure n’était prévue.

Simplement la corvée interminable et funeste de contrôler la menace terroriste, avec l’espoir, comme au Liban d’après 2006, de prolonger un maximum les périodes de calme entre deux guerres.