‘Un mensonge peut parcourir la moitié du monde pendant que la vérité enfile ses chaussures« , aurait dit Mark Twain.

En effet, un mensonge affirmant qu’Israël inonderait la bande de Gaza a fait le tour du monde cette semaine, avec des journaux proférant de sauvages accusations contre Jérusalem, alors qu’une vérification aurait pu être faite en une minute.

L’agence de presse française AFP a publié une vidéo montrant des inondations dans la bande de Gaza suite à la tempête de la semaine dernière, intitulée « Un village de Gaza inondé après qu’Israël a ouvert les vannes du barrage. »

Al Jazeera et l’agence de presse palestinienne Maan ont également signalé qu’Israël avait causé l’inondation en ouvrant les barrages.

Le service de presse palestinien officiel Al Wafa a même prétendu qu’Israël « a pompé de grandes quantités d’eau de pluie dans la bande de Gaza, causant l’immersion de dizaines de maisons voisines, selon des témoins et des sources médiatiques ».

Une journaliste du journal britannique Daily Mail a surpassé les autres, allant jusqu’à relier l’inondation à la Compagnie d’électricité, qui a temporairement suspendu ses services dans les « villes de Cisjordanie de Naplouse et Jénine ».

« Des centaines de Palestiniens se sont retrouvés sans-abri après qu’Israël a ouvert le barrage de la rivière et inondé les maisons… quelques heures après que la Compagnie d’électricité de l’Etat juif ait coupé le courant dans des villes de Cisjordanie », titrait le Daily Mail.

« Les inondations ont été aggravées aujourd’hui après qu’une compagnie d’électricité israélienne a coupé l’électricité de deux des principales villes de Cisjordanie de Gaza », affirme l’article de façon mensongère.

La bande de Gaza ne compte bien sûr pas de grandes villes de Cisjordanie, parce Gaza et la Cisjordanie sont deux entités géographiques distinctes et séparées.

De plus, Israël ne dispose pas de barrages dans le bassin de Nahal Habesor/Wadi Gaza qu’il pourrait ouvrir pour inonder Gaza.

« Il y a un barrage déviateur d’un mètre de haut qui dirige l’eau vers les réservoirs. C’est un petit barrage qui ne peut s’ouvrir ou se fermer », déclare Nechemia Shahaf, chef de l’Autorité de drainage de la région Shikma-Besor, à Caméra, un organisme de surveillance des médias.

« Il n’y a pas de barrages dans la partie sud d’Israël, donc nous ne pouvions pas ouvrir de barrages car il n’y en a tout simplement pas. Je ne sais pas comment ces rumeurs se sont propagées », explique un porte-parole du coordonnateur des activités gouvernementales de Tsahal dans les territoires palestiniens à VICE News.

A présent, la vérité a noué ses souliers et est prête à faire un sprint.

« Selon une version antérieure de cet article, Israël avait ouvert des barrages fluviaux dans le sud du pays, provoquant des inondations dans la bande de Gaza », écrit le Daily Mail au bas de son article mis à jour, avec comme nouveau titre : « Des centaines de Palestiniens restés sans-abris en raison de lourdes inondations après que les niveaux d’eau dans la vallée de Gaza soient montés jusqu’à 10 pieds. »

« En fait, il n’y a pas de barrages dans le sud d’Israël et l’inondation a été causée par des problèmes de pluie et de drainage. Nous sommes heureux de clarifier cela », poursuivait l’erratum.

Maan, cependant, a laissé planer le doute sur la culpabilité d’Israël. Son article mis à jour titrait « Israël nie les allégations de crue de la part du gouvernement de Gaza », suivi de démentis de responsables israéliens.

Mais l’article détaille « un système géant de réservoirs » construit « le long de la rivière Besor, qui mène à la vallée de Gaza ».

« Les réservoirs ont une capacité de 7 millions de mètres cubes, selon le site, et dans les années de sécheresse, de l’eau de récupération des eaux usées de la zone métropolitaine de Tel-Aviv peut être canalisée », poursuit l’article de Maan, semblant suggérer qu’Israël pourrait canaliser beaucoup d’eau vers Gaza s’il le voulait.

Ce n’est pas la première fois qu’Israël subit des accusations facilement réfutables.

En 2013, dans le sillage de la tempête Alexa du 11 au 13 décembre, le président du comité de réactions aux catastrophes du Hamas, Yasser Shanti, avait déclaré aux journalistes qu’Israël avait ouvert des barrages à l’est de la bande de Gaza, provoquant une inondation dans la région de Moghraqa, près de la ville de Deir El -Balah.

Un porte-parole de la défense civile palestinienne, Muhammad Al-Maidana, a similairement déclaré au quotidien palestinien Al-Quds qu’Israël avait ouvert des canaux d’eaux usées à l’est de la bande de Gaza, « aggravant la crise et l’élévation du niveau de l’eau, provoquant des immersions de maisons ».

Al-Majd, un site web palestinien consacré à la sécurité, est allé jusqu’à prétendre qu’Israël avait ouvert les barrages afin d’exposer les tunnels du Hamas menant à Israël et d’imposer une charge financière insupportable au gouvernement de Gaza. « Que Gaza se noie est un vieux rêve sioniste », a écrit le site dans un article.

Israël a balayé les accusations du Hamas d’un revers de main.

« Accuser [Israël] d’avoir ouvert des barrages et inondé la bande de Gaza est sans fondement et faux », déclare Uri Schor, un porte-parole de l’Autorité de l’eau israélienne au Times of Israel via un courriel.

Aucun barrage n’existe dans la région, ajoute-t-il, notant que les réservoirs d’eau ont débordé à travers le pays, provoquant des inondations.

« C’est le contraire qui est vrai : en raison des dommages causés par la tempête – qui ont touché tous les pays voisins et pas seulement l’Autorité palestinienne – Israël a répondu à un appel spécial émis par l’ONU, transférant quatre pompes de forte puissance à Gaza pour aider les résidents à évacuer l’eau des zones inondées. »

Mais les faux rapports du Hamas avaient déjà pris leur envol. Des articles prétendant qu’Israël inondait volontairement Gaza déferlaient sur les chaînes d’information, les blogs et les médias sociaux.

Moussa Abou Marzouk, chef-adjoint du bureau politique du Hamas, a reconnu l’aide d’Israël à Gaza.

« Les sionistes, bien sûr, ont profité de la situation, envoyant certaines pompes et fournitures dont ils avaient privé la bande de Gaza assié-
gée », a écrit le responsable du Hamas sur sa page Facebook dimanche.

« Plus tard, les forces d’occupation ont ouvert les barrages de Wadi Salqa pour immerger des dizaines de maisons palestiniennes dans la région centrale de la bande de Gaza, envoyant ainsi deux messages contradictoires ! »

Un porte-parole du Coordonnateur israélien des activités gouvernementales dans les territoires a déclaré au Times of Israel que les rumeurs d’Israël inondant Gaza « se répètent chaque année, lorsque la bande de Gaza subit… la pluie ».