Face à la menace de nouvelles élections, responsables et politiciens se démenaient lundi pour désamorcer une crise de la coalition sur le lancement d’un nouveau radiodiffuseur public qui doit remplacer la vieillissante Autorité de radiodiffusion d’Israël. Ce lancement est prévu pour le 30 avril.

Pour tenter d’éviter la chute du gouvernement, des représentants du Premier ministre Benjamin Netanyahu et du ministre des Finances Moshe Kahlon tiennent une intense série de réunions cette semaine, dans l’objectif de conclure un compromis d’ici mercredi soir, quand Netanyahu doit rentrer de Chine.

Le Premier ministre, qui avait soutenu la législation de 2014 établissant le nouveau radiodiffuseur, a déclaré ces dernières semaines qu’il avait changé d’idée et pensait que cette nouvelle corporation était une « erreur ». Sa principale complainte est la garantie par la loi d’une plus grande indépendance éditoriale pour la nouvelle agence.

Quand Kahlon, ministre des Finances, s’est opposé à la tentative de Netanyahu d’enterrer le nouveau radiodiffuseur, le Premier ministre a menacé de nouvelles élections.

Yariv Levin, ministre du Tourisme, le 24 juillet 2012. (Crédit : Uri Lenz/Flash90)

Yariv Levin, ministre du Tourisme, le 24 juillet 2012. (Crédit : Uri Lenz/Flash90)

Dimanche soir, le ministre du Tourisme Yariv Levin, un allié de Netanyahu, a rencontré Shai Babad, le directeur du ministère des Finances. Lundi, le directeur de cabinet de Kahlon, Nadav Sheinberger, a rencontré le président de la coalition, le député David Bitan.

Selon les médias israéliens, les discussions ont permis d’aboutir à un accord préliminaire qui verrait le nouveau radiodiffuseur public fusionner avec l’IBA, et le renvoi de son directeur exécutif, Eldad Koblentz, ainsi que son président Gil Omer, critiqués depuis longtemps par Netanyahu. Le principal point de friction, la manière dont la direction de la nouvelle institution sera supervisée, n’a pas été traitée dans les médias.

D’autre part, un projet de loi préparé par le ministère des Communications permettrait la mise en place d’une supervision politique sans précédent du nouveau radiodiffuseur, notamment en permettant au ministre des Communications de nommer directement son directeur exécutif et son président, et pour inclure dans la nouvelle corporation la radio militaire.

La crise a atteint un point critique samedi soir quand, peu avant d’embarquer pour une visite officielle en Chine, Netanyahu a déclaré qu’il ne voulait plus autoriser le lancement du nouveau radiodiffuseur et a demandé que les députés le rejoignent pour restaurer et préserver la vieille IBA. S’ils ne le faisaient pas, aurait-il prévenu, il appellerait de nouvelles élections. Les prochaines élections générales sont prévues pour 2019.

La menace de Netanyahu a sidéré les dirigeants politiques.

Le président Reuven Rivlin, à droite, avec son homologue vietnamien Tran Dai Quang, au palais présidentiel de Hanoi, le 20 mars 2017. (Crédit : Mark Neiman/GPO)

Le président Reuven Rivlin, à droite, avec son homologue vietnamien Tran Dai Quang, au palais présidentiel de Hanoi, le 20 mars 2017. (Crédit : Mark Neiman/GPO)

Le président Reuven Rivlin, qui est en visite officielle au Vietnam, a déclaré que l’annonce du Premier ministre était « une chose folle ».

« L’Etat d’Israël fait face à des décisions ayant de lourdes conséquences en matière de sécurité, de diplomatie, d’économie, a déclaré Rivlin lundi. Dire qu’il y aurait une crise gouvernementale sur le radiodiffuseur public ? […] Quiconque joue son va-tout sur ce sujet politique se sert du radiodiffuseur public. »

Quand il a été interrogé sur la demande de Netanyahu pour une supervision plus importante du radiodiffuseur par le gouvernement, Rivlin a répondu que « la question est de savoir si le radiodiffuseur public aura des commissaires, si ce sera une diffusion gouvernementale, ou s’il appartient à la population et sera pour la population. Dire que sur cette question vous devriez mettre à terre un gouvernement est une chose folle. »

Lundi matin, le ministre de l’Education Naftali Bennett a déclaré être convaincu que Netanyahu ne cherchait pas sincèrement de nouvelles élections.

Bennett a déclaré à la radio publique israélienne que toutes les parties étaient intéressées par une résolution calme de la crise, et qu’il était « très optimiste » à ce sujet.

En tant que Premier ministre, Netanyahu a le pouvoir d’appeler de nouvelles élections. Seul le président peut empêcher le vote, et uniquement si une majorité de députés acceptent de former un gouvernement alternatif sans élections.

La menace de Netanyahu fait face à une forte opposition au sein de la coalition. Les sondages indiquent que le parti Koulanou de Kahlon pourrait perdre la moitié de ses dix sièges, et même le Likud de Netanyahu perdrait une demi-douzaine de sièges.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman, qui préside le parti Yisrael Beytenu, souhaite rester à son poste actuel, le plus important qu’il ait jamais occupé, tandis que les membres ultra-orthodoxes de la coalition, Shas et Yahadout HaTorah, craignent que le parti centriste laïc Yesh Atid de Yair Lapid n’emporte de nouvelles élections.

Le ministre de l'Education Naftali Bennett, le 2 janvier 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le ministre de l’Education Naftali Bennett, le 2 janvier 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Bennett, dont le parti HaBayit HaYehudi est le seul de la coalition qui pourrait gagner des sièges selon les derniers sondages, a déclaré qu’il comprenait les positions du Premier ministre et du ministre des Finances.

Il a également souligné que les accords de coalition de l’actuel gouvernement placent les questions des réformes des communications directement entre les mains du Likud.

« Il y a un consensus pour ne pas traîner le pays dans de nouvelles élections », a déclaré Bennett, ce qui est « la dernière chose que tout le monde veut ».