NEW YORK — L’ancien ambassadeur israélien aux Nations unies, Dore Gold, écarte l’idée qu’Israël serait plus isolé que jamais.

Au contraire, affirme-t-il, un nombre croissant de pays non seulement désirent, mais veulent ardemment adopter Israël.

Cet homme de 63 ans, natif du Connecticut, s’est exprimé à l’occasion d’une interview accordée au Times of Israel lors du troisième gala annuel de StandWithUs, organisé le 14 novembre. Dans la conversation, Gold a attribué le réchauffement des liens, entre autres, à des accords commerciaux lucratifs et à l’expertise des forces israéliennes de sécurité.

Et en effet, quelques heures seulement avant de participer à l’interview, les délégations israéliennes aux Nations unies avaient co-parrainé une résolution avec l’Arabie saoudite à la Commission des droits de l’Homme, condamnant le gouvernement syrien pour des abus.

Paul Kagame, président du Rwanda, au centre, avec le président Reuven Rivlin, à droite, et le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à la résidence officielle du président, à Jérusalem, le 10 juillet 2017. (Crédit : Thomas Coex/AFP)

Plusieurs jours après, Israël a annoncé que le pays ouvrirait une ambassade au Rwanda et des informations ont indiqué que les joueurs d’échec israéliens pourraient participer à un prochain tournoi qui aura lieu à Ryad.

De plus, et pour la toute première fois, le Royaume-Uni a voté contre une résolution de l’ONU demandant qu’Israël rende le plateau du Golan à la Syrie. Cette résolution a été l’une des six résolutions anti-israéliennes adoptées par l’Assemblée générale lors de la Journée internationale de solidarité avec les Palestiniens.

Le vote britannique a été significatif dans la mesure où le 29 novembre était également le 70ème anniversaire de la résolution historique de l’ONU qui divisait le mandat britannique en Palestine en deux états, l’un Arabe, l’autre Juif.

Actuellement à la tête du Centre de Jérusalem pour les Affaires publiques, Gold a assumé, de mai 2015 à octobre 2016, le poste de directeur-général des Affaires étrangères et a démissionné de ses fonctions « par considération par sa famille ».

L’ancien ambassadeur israélien aux Nations unies Dore Gold le 14 novembre 2017 à New York. (Crédit : Perry Bindelglass)

A l’époque, a dit Gold au Times of Israel, « la vie avait des flux et des reflux, des périodes pendant lesquelles vous accordiez plus d’attention à une chose et moins à une autre. Mais dans un avenir pas trop lointain, je serai à nouveau sur le front, défendant Israël et créant de nouveaux contacts internationaux ».

« Je serai de retour sur la ligne de front de l’activité diplomatique dans un avenir très proche », a-t-il ajouté. « Et si le Premier ministre a besoin de moi, je suis disponible sept jours sur sept et 24 heures sur 24 ».

Il y a actuellement des rumeurs au sein des cercles diplomatiques qui laissent entendre que le Premier ministre Benjamin Netanyahu pourrait demander à Gold de revenir au service du gouvernement, peut-être dans le cadre des négociations de paix avec l’Autorité palestinienne.

Lorsqu’il lui a été demandé de confirmer cette information au Times of Israel, Gold a choisi de seulement sourire. (Relancé par le journal pour obtenir des clarifications, ultérieurement, nous n’avons pas reçu de réponse).

Si cela s’avère vrai, cela ne serait pas, bien évidemment, une nouvelle aventure pour ce diplomate de longue haleine. Gold, qui a grandi dans un foyer juif conservateur, pourrait être une bonne recrue pour Netanyahu au cours de cette période de dissensions avec la Diaspora, en plus du conflit israélo-palestinien toujours présent. Parmi d’autres rôles durant ses longues années de service, il été conseiller dans la délégation israélienne lors de la Conférence de paix de Madrid en 1991 et il a été également impliqué dans les accords d’Oslo.

La conversation suivante a été révisée pour davantage de brièveté et de clarté.

Pour commencer, quelles sont les chances, selon vous, d’un progrès réel dans le processus politique entre Israël et les Palestiniens sous l’administration Trump ? Dans quelle mesure la situation est-elle différente, si elle l’est, en comparaison avec les administrations passées ?

Nous avons tiré beaucoup de leçons des initiatives diplomatiques du passé. Les gens, en Israël, veulent vraiment la paix et ils veulent la paix avec la sécurité. Nous avons malheureusement appris de la manière la plus dure qu’il soit que si nos intérêts sécuritaires ne sont pas protégés, si nos intérêts vitaux sont ignorés, nous invitons au prochain round de conflit.

Ceux d’entre vous qui vous trouviez à Jérusalem ou à Tel Aviv durant la Seconde intifada savent à quoi ressemble l’explosion d’un bus. Et ces bus ont explosé alors que nous avions déjà signé des accords. Nous ne pourrons jamais permettre que cela se reproduise. Ainsi, tout accord que nous passerons avec nos voisins palestiniens ne nous liera pas seulement aux Palestiniens, mais devra nous lier également avec les états arabes.

En second lieu, l’élément sécuritaire – dans tout accord passé avec nos voisins palestiniens – va être beaucoup plus fort que tout ce qu’on a pu voir en diplomatie. Une chose que je peux vous dire, c’est que je pense que l’administration Trump le comprend.

Benjamin Netanyahu, à gauche, et Dore Gold lors d’une session de la Commission de contrôle de l’Etat à la Knesset, le 25 juillet 2016 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Parlons du rapprochement entre le Hamas et le Fatah. Voyez-vous une véritable unité palestinienne s’annoncer à l’horizon et si tel est le cas, à quoi ressemblerait cette unité ?

Ces organisations, le Fatah et le Hamas, ont été – je ne peux rien dire d’autre – que des ennemis dans le passé. En 2007, quand le Hamas a ourdi un coup d’état contre le gouvernement de l’Autorité palestinienne dans la bande de Gaza, on jetait des pierres depuis les toits sur les membres du Fatah. Cela a été dévoilé, révélé, il y avait une hostilité extrême. Je ne sais pas si ce rapprochement va fonctionner. Beaucoup de choses dépendent des conditions régionales.

‘Quand le Hamas a ourdi un coup d’état contre le gouvernement de l’Autorité palestinienne dans la bande de Gaza, on jetait des pierres depuis les toits sur les membres du Fatah’

Le Hamas, et en particulier son aile militaire, s’appuie lourdement sur l’Iran. Le Fatah commence à améliorer ses relations avec l’Arabie saoudite. Maintenant, comment tout cela va fonctionner, je ne peux pas vous le dire, mais vous comprenez bien que nous sommes en train de parler d’accords inter-palestiniens dans une région volatile qui change.

Vous avez de notoriété publique traité avec le monde arabe, des états avec lesquels Israël n’a pas de relations diplomatiques : Est-ce que vous voyez un vrai progrès là, séparément de la voie palestinienne ? Comment la République islamique de l’Iran s’intègre-t-elle là-dedans – particulièrement aujourd’hui alors que nous avons assisté à une escalade entre l’Arabie saoudite et l’Iran en ce qui concerne le Yémen et le Liban et seulement, il y a quelques jours, entre Israël et la Russie sur la Syrie ?

Je vais partager avec vous une expérience personnelle : J’ai différentes casquettes. Je suis un ancien diplomate israélien officiel, plus récemment, j’ai été directeur général du ministère des Affaires étrangères. Officieusement, j’ai dirigé un think tank, un institut de recherche.

L’une de mes expériences à la tête de ce think tank a été en 2014 et 2015, lorsque je n’étais pas au gouvernement. J’ai été amené à connaître un général de division d’Arabie saoudite. Il s’appelle Anwar Eshki et il dirige un think tank à Jeddah. [Eshki est un proche conseiller du roi Salmane.] J’étais déterminé, indépendamment du prix à payer, à créer un dialogue. Ce n’était pas un canal officiel, mais les choses n’arrivent jamais sans qu’on s’obstine et qu’on se dise que peut-être, on va réussir.

Dore Gold et l’ancien conseiller du gouvernement saoudien Anwar Eshki échangent une poignée de mains à Washington, le 4 juin 2015 (Crédit : Debby Communications Group)

Ce que j’ai découvert, c’est que la perception de nos défis communs au Moyen Orient, du côté de l’Arabie saoudite, était presque identique à celle d’Israël. Nous avions subi pendant des années la menace du Hezbollah. Ils vivaient quelque chose de relativement nouveau pour eux : le déploiement de roquettes et de missiles iraniens au Yémen qui étaient lancés sur l’Arabie saoudite. Ils avaient un intérêt énorme à comprendre la manière dont nous avions géré le Hezbollah parce que cela les orienterait sur la façon dont ils devaient gérer les Houthis au Yémen. Les Houthis recevaient des quantités énormes d’armes de l’Iran et agissaient comme un substitut de la République islamique.

Et à un moment, je peux vous le dire, le général saoudien m’a approché et m’a dit que cet accord iranien, cet accord sur le nucléaire – auquel l’administration précédente poussait ainsi que les autres membres du groupe P5+1 — était quelque chose qui rendait l’Arabie saoudite nerveuse. Il s’est même approché de moi et m’a dit : ‘Vous savez quoi ? Je suis prêt à sortir de la clandestinité. Je suis prêt, Dore, à me rendre à vos côtés au Congrès américain et à témoigner devant une commission sur les dangers de l’accord sur le nucléaire’. Je veux dire que cela a été l’un de ces moments stupéfiants, comme ‘l’Homme a marché sur la lune : Un Saoudien et un Israélien se présentent ensemble en public’. Je lui ai suggéré toutefois que ce serait un affront direct à l’administration, un coup dans l’oeil.

‘Cela a été l’un de ces moments stupéfiants, comme ‘l’Homme a marché sur la lune : Un Saoudien et un Israélien se présentent ensemble en public’

Ce que j’ai recommandé, c’est que dans la mesure où nous étions deux think-tanks, nous devions aller dans un think tank. Nous nous sommes rendus au Conseil sur les relations étrangères. Les médias de tous les Etats-Unis sont venus à cette occasion. Pour la première fois, un Israélien et un Saoudien apparaissent ensemble et s’exprimaient sur leur préoccupation commune face à la croissance du programme nucléaire iranien. L’un parlait arabe. L’autre parlait anglais, mais nous parlions le même langage.

Vous avez été actif sur cette scène pendant de nombreuses années – De votre point de vue, avez-vous vraiment assisté à un glissement réel dans la manière dont le monde considère aujourd’hui Israël ?

C’est la question la plus importante que vous me posez. J’ai été directeur-général du ministère des Affaires étrangères, ce qui signifie que j’ai eu accès à tous les câbles de toutes les ambassades israéliennes partout dans le monde et que je peux avoir une idée de ce qu’il se passe.

Maintenant, il est essentiel de comprendre qu’en arrière-plan, il est habituel en Israël de dire : ‘Nous n’avons jamais été aussi isolé dans le monde qu’aujourd’hui’. C’est un mantra qu’on entend en permanence.

Cathryn J. Prince et Dore Gold en train de converser au troisième gala annuel de StandWithUs (Crédit : Perry Gindelglass)

Je me souviens que j’étais sur le chemin pour me rendre à la conférence de Herzliya, il y a environ deux ans. J’ai mis la radio et l’organisateur de la conférence de Herzliya était en train de dire : ‘Nous n’avons jamais été aussi isolés que maintenant’. J’ai donc changé mon discours en entier et j’ai fait part, pour résumer, du point suivant : Il y a une révolution qui s’effectue dans la politique étrangère israélienne et elle est mondiale ».

Pour la première fois, des pays comme la Chine, la Corée, le Japon, le Vietnam, l’Inde ont soit négocié des accords de libre-échange avec Israël et les ont menés à bien, soit ont commencé les négociations. Cela n’était jamais arrivé auparavant. Et on ne parle pas d’ouvrir un club culturel au Cambodge, on parle bien de ces choses dont se préoccupent ces pays en tout premier lieu.

Passons à l’Afrique. J’ai accompagné le Premier ministre Netanyahu au mois de juillet 2016 en Ouganda [pour le 40ème anniversaire du raid d’Entebbe]. Quatre chefs d’Etat des pays dans lesquels il se rendait durant cette visite, l’Ethiopie, le Kenya, le Rwanda et bien sûr l’Ouganda, sont venus pour l’événement. Cela a également été le cas de représentants de trois autres pays africains. Et nous continuons cette initiative à travers l’Afrique de l’ouest et les pays du Sahara. Il y a une révolution qui s’effectue pour nous là-bas.

Deux autres observations : l’Amérique latine, qui était devenue extrêmement hostile envers Israël, en particulier le Brésil et l’Argentine, se montre dorénavant amicale et adopte Israël. De nombreux autres pays en Amérique Latine nous envoient également des signaux.

L’ex-directeur général du ministère des Affaires étrangères Dore Gold (deuxième à droite) signe un accord de restauration des liens diplomatiques avec la Guinée, à Paris, le 20 juillet 2016 (Autorisation : Ministère israélien des Affaires étrangères)

Enfin, le monde arabe. Aujourd’hui, Israël peut parler avec – avoir une discussion diplomatique avec – presque tous les états arabes. Nous avons eu des avancées. J’ai ouvert un bureau israélien à Abu Dhabi. Bien sûr, c’était celui d’une organisation internationale à Abu Dhabi. Mais peu importe – on arpentait Abu Dhabi pour obtenir un appartement pour un ambassadeur israélien.

Ce sont des changements qui étaient impensables il y a quelques années, mais ils surviennent à un moment où un certain nombre de gens, je ne sais pas – des rabats-joie – aiment dire qu’Israël est plus isolé que jamais.