La Cour constitutionnelle a commencé mardi l’examen d’une demande d’interdiction du parti néo-nazi allemand NPD accusé d’être « anticonstitutionnel ».

Interdire un parti est « une épée à double tranchant qui doit être maniée avec prudence. Elle limite la liberté pour préserver la liberté », a déclaré en préambule le juge Andreas Vosskuhle qui préside cette audience.

« Chaque procédure d’interdiction de parti représente un défi pour un État libre constitutionnel et démocratique », a-t-il encore dit.

La plus haute juridiction du pays, qui siège à Karlsruhe (sud-ouest de l’Allemagne), a prévu au minimum trois journées d’audience mardi, mercredi et jeudi pour examiner cette requête qui a été déposée en décembre 2013 par le Bundesrat, la chambre haute du Parlement où siègent les représentants des États régionaux.

Elle ne devrait pas rendre sa décision avant plusieurs mois.

Le Bundesrat juge que le NPD ainsi que les associations lui étant liées sont « anticonstitutionnels » et doivent être interdits car le parti « veut déstabiliser et mettre à bas l’ordre libéral-démocratique, et envisage de le faire de manière agressive ».

Une précédente tentative d’interdiction du NPD avait échoué en 2003 et tourné au camouflet pour la coalition Verts/SPD alors au pouvoir.

La Cour avait estimé ne pas pouvoir trancher tant que des informateurs des services du renseignement intérieur (Verfassungsschutz) travaillaient au sein de la direction du NPD. Pour les juges, le risque était trop grand que ces « indics » aient pu agir comme agents provocateurs et amener le NPD à enfreindre la Constitution.

Mais du côté des partisans de l’interdiction, on se montrait mardi confiant.

« Nous sommes bien préparés et avons bon espoir que la procédure s’achève dans le bon sens », a jugé, à l’antenne de la chaîne N-TV, l’un des plaignants, le ministre de l’Intérieur de l’Etat régional de Saxe-Anhalt, Holger Stahlknecht.

Seuls deux partis ont été interdits en Allemagne depuis 1945 : un héritier du parti nazi, le SRP, en 1952, puis le Parti communiste allemand (KPD), quatre ans plus tard.