Les pèlerins juifs se rassemblaient vendredi en fin de matinée à la Ghriba, la plus ancienne synagogue d’Afrique sur l’île tunisienne de Djerba, pour un pèlerinage annuel sous haute sécurité sur ce site visé par un attentat sanglant en 2002.

Militaires et policiers étaient déployés en nombre sur la route menant à la Ghriba, des barrages ayant notamment été installés afin de fouiller les véhicules.

Les organisateurs du pèlerinage espèrent accueillir 2 000 personnes d’ici dimanche, dernier jour de ce rituel au lendemain de shabbat, le jour de repos hebdomadaire juif, a indiqué à l’AFP l’un des représentants de la communauté juive de Djerba, Perez Trabelsi.

L’affluence reste loin des quelque 8 000 personnes qui affluaient généralement avant l’attentat-suicide de 2002 au camion piégé qui avait fait 21 morts, dont une majorité de touristes allemands.

Après cette attaque, et avant la révolution de janvier 2011 qui chassa le régime de Zine El Abidine Ben Ali, quelque 3 000 visiteurs participaient en moyenne aux festivités à la Ghriba.

Le pèlerinage intervient tout juste après une polémique en Tunisie sur l’octroi d’autorisations d’entrée sur le territoire tunisien à des visiteurs israéliens. Selon M. Trabelsi, elle a eu un impact négatif.

« Des gens ont eu peur, et ont annulé leur venue. Parmi eux des gens qui vivent en France mais ont de la famille en Israël. Ils ont annulé parce qu’ils ne pouvaient pas venir ensemble », a-t-il regretté.

Pour une partie de la classe politique, permettre aux ressortissants de l’Etat hébreu de venir en Tunisie équivaut à « normaliser » les relations avec Israël, chose inacceptable par solidarité avec le peuple palestinien.

Deux ministres, celle du Tourisme Amel Karboul et le ministre délégué à la Sécurité auprès du ministre de l’Intérieur, Ridha Sfar, ont même été visés par des motions de censure sur le sujet après que plusieurs touristes israéliens sont entrés en Tunisie.

La procédure n’a finalement pas abouti après son annulation à la dernière minute à l’issue d’une séance parlementaire rocambolesque.

Organisé chaque année au 33e jour de la Pâque juive, le pèlerinage de la Ghriba est au cœur des traditions des juifs de Tunisie, une communauté qui s’est réduite à environ 1 500 âmes, contre 100 000 en 1956 avant l’indépendance.

Une des légendes fait remonter l’origine de la Ghriba à la destruction à Jérusalem du temple de Salomon, lorsque, fuyant la Palestine, des juifs se réfugièrent à Djerba et y établirent une synagogue en 586 avant JC.

La synagogue de la Ghriba à Djerba, Tunisie (Crédit : upyernoz via CC/JTA)

La synagogue de la Ghriba à Djerba, Tunisie (Crédit : upyernoz via CC/JTA)