Cent vingt députés reviennent lundi à la Knesset pour le début de la session d’été. Logiquement, la session sera lancée avec une pléthore de motions de censure déposées par l’opposition.

La Knesset pourra alors commencer à s’attaquer à un programme législatif dense. Le premier ordre du jour du Parlement sera de mettre un terme au spectacle embarrassant entourant la présidence de la commission des Affaires étrangères et de la Défense.

La commission est l’une des institutions les plus importantes de tout l’édifice de l’Etat d’Israël.

Elle représente le corps principal par lequel les représentants du peuple, venus de tout le spectre politique, supervisent et auditent les services de sécurité du pays.

Il est donc assez inquiétant de constater que la commission n’a pas été en mesure de fonctionner pendant plus de sept mois en raison de désaccords entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre des Finances Yair Lapid.

Ceux-ci ont été incapables de s’entendre sur l’identité de son prochain président. Netanyahu préfère le député Likud Tzahi Hanegbi, lui-même ancien président de la commission, tandis que Lapid a cherché à nommer un de ses proches confidents, le député Ofer Shelah.

Pour Netanyahu, garder un tel poste sous la houlette du Likud est essentiel dans le cadre de sa stratégie de gouvernement. Garder tous les postes-clés de politique étrangère et de défense, dans son cabinet ou au Parlement, aux mains du Likud-Beytenu, est devenu un principe chez le Premier minsitre.

Pendant ce temps, Lapid veut lui aussi pouvoir pour son jeune parti être aux commandes d’un ou de quelques postes-clés.

Sans président, la commission ne peut pas se réunir, et depuis de nombreux mois, elle n’a pas été en mesure d’approuver le budget 2014 de la Défense. Jusqu’à une solution temporaire conçue par le président de la Knesset Yuli Edelstein. Cette solution a permis, en une seule réunion, d’approuver des mesures d’urgence.

L’impasse a même atteint la Haute Cour de Justice et ce alors que la date limite se rapprochait. La Knesset a en effet déclaré à la Haute Cour qu’elle nommerait, dès lundi, le président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense pour le début de la session d’été.

Un compromis a été trouvé entre les deux plus grandes factions de la coalition. Une présidence tournante se mettrait en place, avec le Likud nommant le premier président, et Yesh Atid nommant son remplaçant environ 18 mois plus tard.

Netanyahu semble vouloir nommer conjointement le vice-ministre des Affaires étrangères Zeev Elkin et Yariv Levin président de la coalition à la tête de la commission.

Si c’est le cas, l’accord marquera une petite victoire pour Netanyahu puisque le Likud contrôlera la première commission, et que « 18 mois » marque malgré tout un temps très long dans la politique israélienne.

Pourtant, même dimanche soir, M. Netanyahu lors d’une visite d’Etat au Japon ainsi que son ministre des Finances n’avaient pas encore finalisé la transaction.

L’impasse sur la présidence de cette commission est un exemple concret des difficultés de la coalition de Netanyahou tout au long de sa première année.

Pourtant, malgré toutes les querelles partisanes qui ont envenimé la vie politique israélienne depuis la formation du gouvernement, il n’en demeure pas moins que celui-ci a réussi à faire passer un nombre important de réformes : la loi de gouvernance qui a relevé le seuil électoral pour faire partie de la Knesset, la réforme sans précédent – malgré les critiques – pour la conscription des haredim dans l’armée, ou encore la loi fondamentale exigeant un référendum national pour l’abandon de territoires israéliens souverains dans le cadre d’un accord de paix.

Ce gouvernement a accompli beaucoup, mais il a également fait face à des crises graves dans sa propre coalition, en particulier sur les pourparlers de paix avec les Etats-Unis.

Selon une source haut placée, « ce qui sera le plus important, le plus sensible mais aussi le plus politiquement dangereux lors de la prochaine session aura trait aux relations entre la religion et l’Etat ».

On peut présumer qu’il y aura des tentatives de Yesh Atid et de Hatnua (le parti de Tzipi Livni) visant à promulguer une loi sur le mariage civil, développer la reconnaissance des couples de même sexe, réformer le rabbinat de l’Etat et réduire son influence, élargir les possibilités de conversion au judaïsme et bien plus encore.

Pour certaines de ces mesures, le parti Habayit Hayehudi constituera un allié proche, pour d’autres, il sera un ennemi à combattre.

Vers le milieu de la session, ou dans le courant de la seconde quinzaine de juin – la date exacte n’a pas été fixée – les 120 membres de la Knesset éliront le prochain président d’Israël qui succédera au nonagénaire Shimon Peres.

Les candidats

Jusqu’à présent, seuls deux candidats ont déposé les signatures de dix députés nécessaires pour entrer formellement la course : l’ancien ministre travailliste de la Défense Binyamin Ben-Eliezer et le député Likud et ancien président de la Knesset Reuven Rivlin.

Le ministre Likud Silvan Shalom, le député du parti Hatnua Meir Shitrit, le lauréat du prix Nobel de chimie Dan Shechtman et l’ancienne juge à la Cour suprême Dalia Dorner ont tous annoncé leur intérêt pour rentrer dans la course mais n’ont pas encore présenté de signatures en leur faveur.

Knesset Speaker Reuven Rivlin (photo credit: Yoav Ari Dudkevitch/Flash90)

Reuven Rivlin (Crédit : Yoav Ari Dudkevitch/Flash90)

La compétition demeure encore très ouverte.

Alors que Rivlin détient une avance dans les sondages par rapport aux autres candidats potentiels, rappelons que ce n’est pas le public qui élit le président mais les députés. Et Rivlin verra se dresser certainement des obstacles.

Après une brouille avec Netanyahu il ya quelques années – qui lui a coûté sa présidence – même ses propres collègues du Likud ne sont pas forcément de son côté.

Netanyahu est lui-même toujours à la recherche d’un candidat à la présidence, et on le dit quelque peu déçu par les candidats actuellement en lice.

L’un des principaux efforts législatifs de cette session sera le passage d’un projet de loi afin d’ancrer l’identité d’Israël comme Etat-nation du peuple juif dans une loi fondamentale.

C’est en partie en réponse au refus palestinien de reconnaître Israël comme Etat-nation du peuple juif.

Former Supreme Court Justice Dalia Dorner (photo credit: Miriam Alster/Flash90)

Former Supreme Court Justice Dalia Dorner (photo credit: Miriam Alster/Flash90)

Mais cela fait suite également à deux décennies de décisions judiciaires qui mettraient – d’après certains à droite – en évidence la nécessité de clarifier ce que le mot «juif» signifie quand il est accolé à « juif et démocratique ». Plusieurs versions de ce projet de loi sont actuellement en circulation.

La ministre de la Justice, Tzipi Livni, a fulminé contre la version la plus radicale du projet de loi actuellement proposée par les députés Levin (Likud) et Shaked (Habayit Hayehudi), mais elle travaille de son côté à sa propre version du projet de loi.

Livni a nommé il y a quelques mois la célèbre spécialiste du droit constitutionnel, le Pr Ruth Gavison, afin d’élaborer un projet de loi à soumettre à la Knesset.

Les efforts de Gavison ont déjà contribué à alimenter des think-tanks de toutes les obédiences, de l’Institut Van Leer à gauche à l’Institut des stratégies sionistes à droite.

En bref, si le projet de loi sera forcément controversé, il sera aussi susceptible de pouvoir avancer assez facilement dans le processus législatif.

À la fin de cette courte session d’été, qui durera moins de trois mois, la Knesset connaîtra un nouveau président, pourra restaurer une commission des affaires étrangères et de la Défense apte à fonctionner, et moins probablement, fera passer quelques réformes drastiques liées à des questions religieuses.

Elle offrira sans doute quelques crises de la coalition qui feront les gros titres de la presse.

Mais elle réussira peut-être aussi à créer un large accord entre une majorité des représentants élus du pays quant à ce que veut signifier être un « Etat Juif » aujourd’hui.