Zivan et Carmit Ori, tous deux âgés d’une quarantaine d’années, se sont installés à Sunnyvale en Californie en juillet après avoir quitté Tel-Aviv avec leurs deux enfants âgés de 9 et 7 ans. Zivan est le cofondateur et le PDG d’E8 Storage, une start-up qui fournit une génération de stockage flash pour les entreprises et le nuage. Il a déménagé aux États-Unis parce que l’activité principale de l’entreprise se trouve là-bas.

« Cela apparaissait être comme le bon endroit pour l’entreprise », a déclaré Zivan dans un entretien par courrier électronique avec le Times of Israël. « Jusqu’ici, ça a été génial ».

La meilleure chose à propos de la relocalisation est « d’essayer de nouvelles choses et de sortir de l’inertie et de la routine », a-t-il souligné. Mais la complexité du déménagement était « très ennuyante ». Il y avait l’inquiétude de trouver une école qui conviendrait aux enfants, ainsi que des inquiétudes sur la façon dont ils allaient s’acclimater au nouvel environnement, loin de la famille et des amis.

« C’est difficile pour les enfants avec l’anglais évidemment », a-t-il expliqué. Et le fait qu’il y a « le sentiment de ne pas se sentir à la maison ni ici ni là-bas est un souci ».

Des Israéliens candidats au déménagement lors d'un rassemblement à Herzliya, organisé par Ogen (Crédit : Autorisation Shoshanna Solomon)

Des Israéliens candidats au déménagement lors d’un rassemblement à Herzliya, organisé par Ogen (Crédit : Autorisation Shoshanna Solomon)

Les enfants, quant à eux, s’en sortent bien dans leur école publique. Parce que Sunnyvale a une grande communauté d’anciens Israéliens, il y a d’autres enfants Sabra dans leurs classes. « C’est pourquoi nous avons choisi Sunnyvale », a-t-il admis.

Carmit, une thérapeute, n’a pas l’intention de travailler pendant leur première année là-bas, même si elle a un visa de travail.

« Je vais me rendre en Israël régulièrement pour le travail et nous avons l’intention d’y retourner une fois par an en famille », a déclaré Zivan.

Les Ori sont l’une des nombreuses familles qui sont parties d’Israël pour s’installer aux États-Unis car l’épanouissement de la start-up nation et son secteur de la haute technologie crée une nouvelle génération de pionniers qui partent pour conquérir les marchés étrangers armés de leurs nouvelles technologies. Ironiquement, les immigrants qui ont fondé Israël il y a 68 ans en asséchant sévèrement leurs marais, voient leurs enfants et leurs petits-enfants émigrer dans des pays lointains au nom de la technologie.

Certains espèrent rentrer chez eux bientôt. D’autres ont pris un aller simple et restent à l’étranger pendant des années. Quoi qu’il en soit, leur nouvelle aventure est parsemée de préoccupations sur le travail, les enfants, les parents et la famille qu’ils ont laissés derrière. Et tandis que les entreprises peuvent répondre aux besoins de leurs employés, les besoins des conjoints et des enfants qui les accompagnent sont parfois négligés.

De nouvelles aventures mais beaucoup de soucis

Lorsqu’une famille décide de déménager, il est important pour ses membres de comprendre quelle est la motivation du déménagement : est-ce une chance de faire progresser une carrière, de gagner plus d’argent, de vivre une culture différente ou de s’éloigner des facteurs de stress quotidiens, telle que la belle-famille.

Belinda Schwartz (Crédit : Autorisation)

Belinda Schwartz (Crédit : Autorisation)

Les raisons de partir « doivent être discutées ouvertement et avec soin » au sein de la famille parce que les motivations divergentes pourraient conduire à un conflit, a expliqué Belinda Schwartz, une thérapeute familiale qui prépare les familles au déménagement et qui les aide à leur retour.

Certains pourraient y voir une opportunité d’économiser de l’argent, alors que leurs partenaires voient cela comme une occasion d’en dépenser – pour voyager et vivre dans un nouveau pays. Le calendrier doit aussi être bon pour les membres de la famille : Les adolescents et la relocalisation, par exemple, n’est pas la bonne combinaison.

« La motivation pour un déménagement peut souvent être le désir d’essayer de résoudre une situation difficile – par exemple, en espérant qu’un nouvel environnement permettra d’améliorer un mariage problématique, ou les enfants dont les problèmes sociaux disparaîtront dans la nouvelle école », a déclaré Schwartz. Mais « nous avons tendance à emmener nos problèmes avec nous ».

Il y a environ 50 000 Israéliens qui vivent dans la région de la Silicon Valley, selon Ogen, une entreprise de réinstallation qui a organisé une réunion à Herzliya le mois dernier pour 140 personnes qui avaient l’intention de partir.

Le programme interministériel Brain Gain d’Israël, qui vise à rapatrier des Israéliens titulaires d’un diplôme universitaire qui vivent à l’étranger, estime qu’il y a environ 27 856 Israéliens titulaires d’un diplôme universitaire qui vivent à l’étranger depuis trois ans ou plus, dont 75 % aux Etats-Unis. En 2012, il y en avait 24 503, selon la base des données du Bureau central des statistiques d’Israël.

Les chiffres du Bureau des statistiques montrent également qu’au cours des trois dernières années, les titulaires de diplômes (dans tous les secteurs universitaires) ont enregistré une sortie nette (avec plus de plus de personnes qui partent et moins de personnes qui rentrent) avec une moyenne d’environ 1 000 personnes par an.

Planifier, planifier, planifier à l’avance

La clé d’une réinstallation réussie est de « planifier, planifier, planifier et ne pas se réveiller à la dernière minute » pour essayer de tout mettre en place juste avant un déménagement, a déclaré Hagit Korine, un partenaire chez EY (une firme mondiale anciennement Ernst & Young) en Israël et responsable de la division de la mobilité mondiale, qui offre aux clients une solution globale pour la relocalisation.

Cela comprend la formulation d’un dossier de réinstallation – par exemple, les allocations, l’aide à l’éducation et l’assurance maladie que l’employé recevra – ainsi que des conseils fiscaux, une aide pour trouver une maison, une école, un supermarché et une banque et une orientation pour les procédures d’immigration.

Hagit Korine de chez EY (Crédit : Autorisation)

Hagit Korine de chez EY (Crédit : Autorisation)

« Nous sommes là pour les étapes de la planification à la mise en œuvre », a expliqué Korine.

« L’idéal serait qu’une structure fiscale correcte soit mise en place dès la fondation de la start-up, afin d’éviter les pièges. Il est préférable de venir à nous dès le début mais cela est certainement essentiel lorsque les entreprises établissent des entités aux États-Unis ou à l’étranger. Il serait préférable de venir nous voir environ un an avant le déménagement ».

En général, après la fondation d’une start-up, il faut un an à un an et demi avant que l’un des partenaires fondateurs déménage à l’étranger pour être plus proche d’un marché potentiel, a-t-elle indiqué.

« Il est important de savoir quel type de visa demander, car certains permettront à votre conjoint de travailler aux États-Unis, d’autres non. En outre, si vous continuez à entrer et sortir des Etats-Unis sans le visa correct, éventuellement les autorités pourraient s’attarder sur ce qui n’est pas conforme et les ramifications pour l’employé et l’entreprise seront graves et durables ».

Il y a un certain nombre de questions fiscales que l’on doit garder à l’esprit, a insisté Korine. Par exemple, un plan d’imposition des sociétés et la structure de l’actif de la société devraient être en place pour s’assurer qu’il n’y aura pas de double imposition. Les employés qui déménagent doivent être conscients qu’ils pourraient être en mesure de payer un impôt plus faible sur les gains en capital sur leurs options au lieu d’un impôt sur le revenu plus élevé et qu’aux États-Unis chaque état a ses propres règles fiscales.

« Les lois israéliennes changent et le processus de délocalisation devient plus difficile. Il faut plus de rapports et de transfert d’informations entre les autorités fiscales qu’avant », a souligné Korine.

Mark Kedem (Crédit : Autorisation)

Mark Kedem (Crédit : Autorisation)

Parmi les autres questions qui doivent être traitées, il y a l’établissement de l’endroit où les employés affectés à la réinstallation seront payés – à l’étranger ou en Israël – ainsi que le pays et le niveau de vie auxquels il convient d’ajuster leur rémunération.

Mais cependant, les éléments financiers ne sont pas les plus cruciales pour réussir un déménagement, selon Mark Kedem, qui est en charge du service d’affectation chez EY. « Statistiquement, les raisons pour lesquelles la réinstallation a échoué, qui est définie comme un retour plus tôt que prévu, est principalement dû à la famille qui ne parvient pas à s’intégrer dans le nouvel environnement », a-t-il fait valoir.

Parmi les offres d’EY, il y a des ateliers de formation culturelle et l’accès à des professeurs de langues, a-t-il noté.

L’échec de la réinstallation « est un gaspillage d’argent et un énorme coup pour l’entreprise et à la confiance en soi du travailleur. Les entreprises veulent et ont besoin que la relocalisation fonctionne et sont prêts à investir de l’argent pour le faire fonctionner », a déclaré Korine.

Un conjoint heureux, avec un visa de travail et un travail satisfaisant, est particulièrement important, a souligné Kedem.

Les jeunes Israéliens assistznt à la réunion de relocalisation à Herzliya, (Crédit : Autorisation Shoshanna Solomon)

Les jeunes Israéliens assistznt à la réunion de relocalisation à Herzliya, (Crédit : Autorisation Shoshanna Solomon)

« De plus en plus de familles ne peuvent pas se permettre que le conjoint reste à la maison et aujourd’hui on a conscience que le conjoint ne veut pas sacrifier sa carrière pour le bien du partenaire qui souhaite le déménagement. Le grand défi est quand un conjoint n’est pas autorisé à travailler », a-t-il ajouté.

Un aller simple

Oded Solomon, 35 ans, qui a assisté à la réunion sur la réinstallation Ogen le mois dernier, partira avec son épouse Lihi, qui a également 35 ans, pour la Silicon Valley, peut-être Sunnyvale, en décembre en raison de son travail avec Nokia. Ils n’ont pas encore de maison mais espèrent en trouver une proche de celle des autres Israéliens. Ils ont un enfant de quatre ans et le deuxième bébé est en route.

Oded Solomon (à droite) lors de la réunion de réinstallation d'Ogen à Herzliya, le 13 septembre 2016 (Crédit : Autorisation Shoshanna Solomon)

Oded Solomon (à droite) lors de la réunion de réinstallation d’Ogen à Herzliya, le 13 septembre 2016 (Crédit : Autorisation Shoshanna Solomon)

Ils partent indéfiniment. C’est un « aller simple », a expliqué Oded.

« Notre principal souci est la déconnexion. Il n’y aura pas le réseau de soutien familial », a déclaré Oded. Ils espèrent trouver une communauté israélienne utile sur laquelle ils pourraient compter, a-t-il ajouté.

« Le plus grand souci est la façon dont nous allons nous acclimater », a déclaré Lihi. Elle attend avec impatience de partir et est ouverte à de nouvelles expériences, a-t-elle affirmé, mais ses parents à qui elle est « très attachée » lui manqueront.

Dar, 32 ans, et Adi, 31 ans, qui étaient également à la réunion d’Ogen, sont mariés et préfèrent ne pas révéler leur nom de famille car ils n’étaient pas certains de déménager. Les deux sont employés en tant qu’ingénieurs biomédicaux et examinent leurs options de travail à l’étranger. Ils ont indiqué que ce qui les motivait pour partir serait de faire avancer leur carrière et grimper l’échelle économique.

Ils n’ont pas encore d’enfants mais être loin de leur famille leur rendrait la tâche plus difficile pour les élever, quand ils en auront, a déclaré Adi. « Ils n’auront pas leurs grands-parents à proximité », a-t-elle regretté. « Nous aurons moins d’aide ».

Photo illustrative du tableau des départs à l'aéroport Ben Gurion. (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)

Photo illustrative du tableau des départs à l’aéroport Ben Gurion. (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)

« La réinstallation consiste à laisser le connu et attendre quelque chose de nouveau », a déclaré Schwartz, le thérapeute de famille. « Habituellement, la famille laisse derrière elle son système de soutien de la famille, des amis, du médecin de famille et des gens sur lesquels ils comptent ».

L’employé qui relocalise fera rapidement partie d’un nouveau réseau de travail, tandis que le partenaire qui ne travaille pas sera généralement celui qui doit gérer les enfants, la nouvelle maison et la nouvelle école. « Cela peut souvent conduire à un sentiment de solitude et d’isolement », a déclaré Schwartz.

« Les partenaires qui travaillent doivent penser à appeler souvent, d’écouter les difficultés de leurs partenaires, d’offrir autant de soutien que possible, tout en essayant de faire ses preuves dans le nouveau lieu de travail », a-t-elle déclaré. « L’équilibre du couple est souvent altéré, l’un devenant souvent très dépendant de l’autre en terme de soutien, de compagnie, d’amitié, au moins pendant la période initiale ».

Pour faciliter le processus, les familles devraient s’assurer qu’elles sont proactives pour s’ajuster à leur nouvel environnement. « Utilisez votre temps pour connaître le nouveau pays dans lequel vous vous trouvez, faites des choses en famille, maintenez les traditions familiales », a déclaré Schwartz.

D’autres stratégies d’adaptation comprennent la participation à des groupes comme la synagogue locale ou d’autres centres communautaires et de chercher d’autres expatriés et de l’aide professionnelle lorsque cela est nécessaire.

Les parents doivent s’assurer que les enfants comprennent qu’il est normal d’être anxieux, a déclaré Schwartz. « Dites-leur que vous êtes anxieux aussi, qu’il y aura des hauts et des bas et que vous êtes là. N’essayez pas de les convaincre que tout ira bien ».

Et le doudou préféré de la maison pourrait beaucoup aider.

Des sœurs et des chaussettes

Aya Shmueli Levkovitz, 39 ans, organisatrice de la conférence et fondatrice d’Ogen, a également déménagé à Sunnyvale, en Californie, il y a 10 ans en raison de l’emploi en haute technologie de son mari. Elle a créé son entreprise avec un autre partenaire israélien en 2012. Depuis, Ogen a aidé à guider une « centaine de familles » dans le bourbier du déménagement notamment pour les visas, des permis de conduire, des maisons et plus encore.

Aya Levkovitz (à gauche) et Yael Halperin, les partenaires d'Ogen, qui fournit des services de relogement aux Israéliens (Crédit : Autorisation)

Aya Levkovitz (à gauche) et Yael Halperin, les partenaires d’Ogen, qui fournit des services de relogement aux Israéliens (Crédit : Autorisation)

« Nous accompagnons les familles à partir du moment où elles décident de quitter [Israël] jusqu’à ce qu’elles s’acclimatent à leur nouvel environnement », a-t-elle indiqué.

Une grande partie du travail est d’aider les clients à faire correspondre leurs attentes à la réalité, comme savoir quel genre de maison ils pourraient avoir avec leur salaire, ainsi que de la façon de traiter les différences culturelles. Aux États-Unis, a-t-elle indiqué à titre d’exemple, contrairement à Israël, les rencontres entre enfants doivent être programmés à l’avance, avec un calendrier.

Ogen présente les familles qui déménagent à d’autres familles avec des enfants d’âges similaires avant même qu’ils quittent Israël. La plupart choisissent de vivre à proximité de bonnes écoles et dans des régions qui ont une communauté israélienne, a-t-elle ajouté. Ogen peut également faire des recommandations pour les médecins, les coiffeurs, les baby-sitters et les supermarchés qui répondent à des besoins spéciaux comme les produits sans gluten, a ajouté Levkovitz – ce qui rend le déménagement plus facile.

En l’absence des réseaux familiaux, la relation entre les agences de relogement et les familles qu’elles aident peut devenir très intense. Certains clients viennent voir Levkovitz comme une sœur dans un nouveau pays étrange, a-t-elle expliqué. Et Kedem d’EY raconte comment le PDG d’une compagnie multinationale, s’étant installé en Israël avec sa famille, cherchait un matin des chaussettes noires dont il avait besoin. Irrité, il demanda l’aide à sa femme qui lui a rétorqué : « Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? Téléphone à Mark ».