Les co-fondateurs d’InovyTec, un fabricant de dispositifs médicaux d’urgence portables, ont tous deux travaillé auparavant pour le Shin Bet, l’agence de sécurité nationale d’Israël, mais ne se connaissaient pas. Puis, profitant d’un avantage, ils ont tous deux été envoyés pour suivre des cours d’entrepreneuriat à l’université Ben-Gurion du Néguev.

« Les études sur l’entrepreneuriat nous ont donné l’occasion de nous rencontrer, tout d’abord », a déclaré le président de la société Dror Matalon lors d’un entretien téléphonique.

« Ils nous ont également permis de faire une pause dans le travail et de réfléchir, en nous donnant les connaissances économiques pertinentes qui sont à la base de ce que nous faisons aujourd’hui. Pendant ces séances de remue-méninges en classe, nous avons discuté de ce que nous pensions être les besoins non satisfaits, et le noyau de notre entreprise s’est formé là ».

InovyTec vient de lancer la vente de leur produit : l’airway collar, qui permet l’ouverture non invasive des voies respiratoires des patients, et espère obtenir les autorisations réglementaires européennes au début de l’année prochaine pour pouvoir vendre un autre produit, un appareil portable capable de traiter les insuffisances cardiaques et respiratoires.

Jusqu’à présent, la société a réuni 4 millions de dollars, dont 2 millions provenant de la société allemande RHON-Innovations GmbH.

Alors qu’Israël se vante d’avoir le plus grand nombre de start-ups par habitant dans le monde, remportant ainsi le titre de nation Startup, des cours sur l’entrepreneuriat ont commencé à pulluler dans les universités et les facultés à travers le pays, répondant ainsi à une demande.

Ces programmes visent à armer les étudiants avec la théorie, qui est nécessaire, et de leur donner une boîte à outils accompagné d’un mentorat, d’un réseau et de conseils sur la meilleure façon d’aborder les investisseurs pour obtenir un financement.

Le dispositif SALI d'InovyTec qui peut traiter les défaillances cardiaques et respiratoires sur place (Crédit : Autorisation)

Le dispositif SALI d’InovyTec qui peut traiter les défaillances cardiaques et respiratoires sur place (Crédit : Autorisation)

« Quelqu’un peut-il diriger sans études universitaires ? Tout est possible. Mais dans la vie, beaucoup de choses dépendent de la chance. Quelles sont les chances que des entrepreneurs réussissent s’ils n’ont pas de mentors qui peuvent les pousser vers l’avant, s’ils ne savent pas comment construire un modèle d’entreprise, s’ils ne savent pas comment construire une équipe et quand ils doivent approcher les investisseurs », s’est interrogé le Dr Yossi Maaravi, le doyen adjoint au Adelson School of Entrepreneurship au Centre interdisciplinaire (IDC) de Herzliya, dans une interview.

« Quatre-vingts pour cent des histoires sur les réussites peuvent être mis sur le compte des leçons apprises, 20 pour cent de la réussite revient à la personne elle-même. Les études, dans la plupart des cas, peuvent considérablement vous propulser vers l’avant ».

Yossi Maaravi, vice-doyen de la Adelson School of Entrepreneurship de l'IDC (Crédit : Autorisation Adi Cohen Tzedek)

Yossi Maaravi, vice-doyen de la Adelson School of Entrepreneurship de l’IDC (Crédit : Autorisation Adi Cohen Tzedek)

L’école sur l’entrepreneuriat d’Adelson (ASE), récemment inaugurée par l’IDC, est devenue un carrefour pour toutes les activités entrepreneuriales du collège privé, à la fois académique et extra-scolaire.

L’école propose une grande variété d’activités, y compris des cours, des programmes, des diplômes différents et des programmes spéciaux pour les étudiants exceptionnels du premier cycle et les diplômés. L’offre phare de l’IDC pour les étudiants de premier cycle, le programme d’entreprise Zell, est l’un des programmes de création de société à capital risque les plus renommés dans le monde académique.

Au cours de ses 15 années d’activité, 298 étudiants ont obtenu leur diplôme et ont permis de générer 85 entreprises, selon le site Web de Zell. L’IDC a également lancé cette année un autre programme d’honneur pour l’entrepreneuriat, IDC Beyond, destiné aux diplômés d’Israël et de l’étranger.

« Tous nos programmes ont un élément pratique, à travers lequel les élèves apprennent par le biais de projets qu’ils ont mis en place, aux côtés des études théoriques et des études de cas plus pertinents », a déclaré Maaravi.

« Nous avons de solides relations avec l’industrie et l’ensemble de l’écosystème israélien de la haute technologie – nos professeurs sont des universitaires, mais aussi des experts de l’industrie et nous avons un réseau de mentors et d’anciens élèves – tous désireux d’aider le secteur israélien de la haute technologie ».

Rencontre entre les étudiants et les startups organisée par l'IDC en novembre 2016 (Crédit : Autorisation Adi Cohen Zedek)

Rencontre entre les étudiants et les startups organisée par l’IDC en novembre 2016 (Crédit : Autorisation Adi Cohen Zedek)

Yoav Zurel, 31 ans, est le PDG de la start-up israélienne FeeX, qui a développé une plate-forme de renseignements financiers de ‘crowdsourcing’ gratuite pour aider à réduire les frais cachés dans les comptes de placement financier. Il a obtenu un diplôme en informatique à l’IDC, où il a également participé au programme Zell, et c’est là que FeeX a été conçu.

Le co-fondateur de Zurel, David Weisz, vice-président des produits FeeX, a également assisté au programme Zell. L’entrepreneur Uri Levine, également co-fondateur de la start-up, était leur mentor. Levine, qui a vendu son entreprise Waze à Google pour un montant estimé à 1,3 milliard de dollars en 2013, est le président de FeeX et l’un des investisseurs dans la start-up.

Yoav Zurel, PDG de FeeX (Crédit : Autorisation Sahar Rott)

Yoav Zurel, PDG de FeeX (Crédit : Autorisation Sahar Rott)

« Au cours de ma deuxième année à l’IDC, ils ont commencé à recruter des étudiants pour le programme Zell », a expliqué Zurel, qui a été inclus dans le classement Forbes de 2015 « 30Under30 », le classement des entrepreneurs les plus prometteurs d’Israël.

« David, mon meilleur ami à l’IDC, m’a dit qu’il présentait sa candidature pour le programme. Je ne l’ai même pas envisagé, mais après avoir mûrement réfléchi, je l’ai fait. Le programme m’a fourni une variété d’expériences et de connaissances : sur la façon de mettre en place une entreprise à partir de zéro, sur la manière de choisir quel défi aborder, comment recueillir des fonds nécessaires et comment contacter les investisseurs. Nous avons rencontré des investisseurs et nous avons rencontré notre mentor, Uri Levine. Cette relation a conduit à la création de FeeX ». La société a réuni 12 millions de dollars à ce jour.

A la recherche d’étudiants en sciences

Alors que les universités donnent naissance à des entrepreneurs, le secteur de la haute technologie d’Israël, qui a été un moteur de croissance pour l’économie, est confronté à une pénurie aiguë d’ingénieurs et de programmeurs car les étudiants hésitent à étudier l’informatique, les mathématiques et les statistiques.

Ce manque de main-d’œuvre qualifiée est encore plus accentué par l’explosion de l’activité dans le secteur où le nombre d’entreprises opérant localement au cours de la dernière décennie a presque doublé. Les travailleurs veulent aussi souvent se lancer dans le défi de créer leur propre entreprise plutôt que de rejoindre une entreprise déjà existante, et les entrepreneurs prospères ont tendance à retourner sur le marché avec de nouvelles entreprises.

En outre, des entreprises comme Google, Apple, Deutsche Telecom, Bosch ont mis en place des centres de recherche et développement en Israël, avec 278 multi-nationales exploitant un total de 327 centres de recherche et développement dans le pays aujourd’hui, contre environ 250 centres de ce type il y a trois ans, comme les données de l’IVC le démontrent.

Le gouvernement israélien doit encourager les jeunes à entreprendre des études scientifiques et techniques dès le plus jeune âge, a estimé le Professeur Dan Shechtman, le lauréat du Prix Nobel, lors d’une entrevue le mois dernier avec Times of Israel.

Shechtman, qui dirige depuis 30 ans un cours sur l’entrepreneuriat technologique au Technion-Israel Institute of Technology, a élaboré un plan d’études sur l’innovation pour les écoles du Sci-Tech d’Ort Israel, un réseau d’écoles professionnelles.

En outre, le Conseil israélien pour l’enseignement supérieur prévoit de permettre aux universités d’augmenter le nombre d’étudiants inscrits dans des facultés spécialisées en science pour aider à endiguer la pénurie.

Les étudiants participent au hackathon de 30 heures à l'université Ben-Gurion en novembre 2015 (Crédit : Autorisation de Dani Machlis)

Les étudiants participent au hackathon de 30 heures à l’université Ben-Gurion en novembre 2015 (Crédit : Autorisation de Dani Machlis)

Les programmes proposés dans les universités d’Israël ne sont pas très différents de ceux proposés par les établissements d’enseignement aux États-Unis. Ce qui rend Israël différent, a déclaré le professeur Dafna Schwartz, la présidente du Centre Bengis pour l’esprit d’entreprise et l’innovation à l’université Ben-Gourion du Néguev, est la capacité des étudiants israéliens à « créer un réseau avec l’industrie si facilement. Israël est un pays très petit et tout le monde est très accessible ».

« Les universités israéliennes avaient parfois une attitude ambivalente envers les programmes de spécialisation en entrepreneuriat », a expliqué Schwartz. « Ils se demandaient s’il y avait vraiment une méthodologie qui pourrait être apprise, si un programme complet devrait être consacré à cela et s’il y a des théories et des modèles qui soutiennent les études sur l’entrepreneuriat ».

La professeure Dafna Schwartz de l'université Ben-Gurion du Néguev (Crédit : Autorisation de Dani Machlis)

La professeure Dafna Schwartz de l’université Ben-Gurion du Néguev (Crédit : Autorisation de Dani Machlis)

« Les études démontrent que l’entrepreneuriat peut être appris », a-t-elle dit. « Notre message a toujours été que l’entrepreneuriat est une compétence que l’on doit avoir dans le monde du travail d’aujourd’hui, dans lequel les choses sont toujours en mouvement et où vous devez constamment identifier et analyser les opportunités, que ce soit pour votre entreprise ou pour l’entreprise pour laquelle vous travaillez. La prise de conscience de ce besoin croît. Je pense que c’est une compétence qui est un must pour tous ceux qui étudient ».

L’université propose un MBA en gestion dirigé par Schwartz avec une voie spéciale dans l’entrepreneuriat, la gestion de la haute technologie et l’innovation, qui enseigne aux étudiants à mettre en place et à faire avancer un projet, comment rester compétitif et comment promouvoir l’innovation.

Vera Gutman, 32 ans, est une diplômée en génie mécanique de l’université de Tel Aviv et s’est jointe au programme IDC Beyond cette année. Elle est entourée de gens d’origines variées, a-t-elle souligné – un pilote, un médecin en physique, des entrepreneurs qui ont déjà créé une entreprise. « Les études sont importantes et m’exposent à des mondes que je ne connaissais pas auparavant », a-t-elle ajouté. « Il était important pour moi de ne pas venir ici avec une idée pour monter une entreprise, mais pour être ouverte à de nouvelles idées ».

Ce n’est pas un livre de recettes

Lorsque l’université hébraïque a lancé son Entrepreneurship Center, qui fournit une éducation pratique, le soutien, les mentorats et les connexions nécessaires pour les étudiants du HUJI et les membres de la communauté de Jérusalem pour qu’ils puissent devenir des entrepreneurs efficaces, les administrateurs universitaires étaient initialement sceptiques.

Le professeur Niron Hashai, le vice-doyen au département de l'innovation et du développement de la faculté des affaires de l'université hébraïque (Crédit : Autorisation)

Le professeur Niron Hashai, le vice-doyen au département de l’innovation et du développement de la faculté des affaires de l’université hébraïque (Crédit : Autorisation)

L’initiative, lancée en octobre 2015, est ouverte à tous les étudiants, aux anciens étudiants, aux membres du corps professoral et aux entrepreneurs de Jérusalem, et propose des programmes dit ‘pré-accelerateurs’ et des programmes d’accélérateur, l’accès aux installations des laboratoires pour les entreprises en biotechnologie.

De plus, en novembre de cette année, l’université a lancé une voie éducative « Start Up 360 » dans le cadre de son programme MBA, qui vise à donner aux étudiants les outils nécessaires pour gérer et investir dans les start-ups avec des mentors juridiques et ceux de l’industrie en capital risque. Mais le programme de l’université hébraïque a commencé comme une initiative allant du bas vers le haut basé sur la demande, car l’université craignait d’adopter pleinement une approche pratique qui semblait incompatible avec la recherche traditionnelle, le professeur Niron Hashai, a expliqué le vice-doyen au département de l’innovation et du développement de la faculté des affaires de l’université hébraïque.

« L’académie n’était pas traditionnellement un lieu pour les start-ups, mais les temps changent. Pour être en mesure d’attirer les meilleurs esprits – si c’est ce que les étudiants veulent et ont besoin aujourd’hui – alors nous devons être en mesure de leur offrir des outils pour mettre en place une start-up », a déclaré Hashai.

« Un diplôme en sciences de l’informatique leur servira au cours de leur vie, donc nous en tant qu’université devons offrir aux étudiants à la fois du pur apprentissage scientifique et théorique ainsi que l’expérience pratique. Un apprentissage théorique approfondi est essentiel pour ouvrir les horizons des étudiants. Après tout, nous ne voulons pas seulement être un livre de cuisine sur la façon de faire les choses ».