Vieille Ville de Jérusalem – La sirène du samedi soir a surpris Azza Alan et sa famille qui étaient en train de préparer l’Iftar, le repas traditionnel de rupture du jeûne du Ramadan.

« J’ai cloîtré mes cinq filles à la maison, nous ne sommes pas sorties », a déclaré au Times of Israel la jeune femme de 26 ans. « Nous n’avons pas d’abris ici dans la Vieille Ville. Nous avons Dieu qui nous protège ».

Les roquettes survolant Jérusalem semblent avoir laissé les Palestiniens de Jérusalem pas seulement dans une attitude de défi, mais aussi beaucoup plus en colère contre Israël.

Gaza est largement considérée comme la victime de l’agression israélienne perpétuelle et le Hamas comme le champion de la cause palestinienne. Bien que fiers de leurs positions raffermies, les habitants de la Vieille Ville demeurent très méfiants vis-à-vis des médias israéliens, refusant d’être photographiés et souvent ils ne souhaitent pas qu’on utilise leurs vrais noms.

Les sirènes effraient les enfants, a admis Alan, mais elle ajoute qu’elle les encourage en leur disant qu’elles sont destinées à « faire peur aux Juifs ».

« Nous leur disons que les Juifs veulent nous prendre Jérusalem, qu’ils veulent prendre la Mosquée Al-Aqsa » lance-t-elle.

Contrairement aux ramadans précédents, où les permis de prier à la mosquée Al-Aqsa ont été généreusement accordés aux Palestiniens de Cisjordanie, l’accès reste cette année très limité, même pour les habitants de Jérusalem, les fidèles de moins de 50 ans ne sont pas admis.

Le commandement de la Défense passive a publié ses consignes en matière de protection en arabe, et – avec les tirs de roquettes signalés à proximité des villes palestiniennes de Bethléem, Hébron et Ramallah – l’administration civile de l’armée israélienne a distribué ces mêmes consignes dans toute la Cisjordanie, a rapporté la radio israélienne.

Alors qu’elle achetait des vêtements pour les enfants dans une ruelle de la Vieille Ville, Um Jumaa, 35 ans, a déclaré que même si les abris existaient ici, elle ne les utiliserait pas. Lorsque la sirène a retenti samedi soir, elle a ouvert les fenêtres de sa maison et elle est sortie avec sa famille.

« Nous sommes très heureux. Les enfants crient Allahu Akbar et nous applaudissons. Nous leur avons expliqué que les Juifs ont attaqué les enfants et que ce sont les représailles. Ils ont dit : ‘Mon Dieu, qu’elles [les roquettes] frappent les Juifs, et qu’ils meurent, de la même façon qu’ils nous ont frappés’. Même si les roquettes touchaient la Vieille Ville, a-t-elle ajouté, elle n’aurait pas de problème parce que ‘nous ne sommes pas différents d’eux [à Gaza]’ ».

La Vieille Ville (Crédit : Elhanan Miller/Times of Israel)

La Vieille Ville (Crédit : Elhanan Miller/Times of Israel)

Abou Hatem, un résident de 65 ans de Kufr Aqab dans le nord de Jérusalem, a déclaré qu’en l’absence d’abris dans son quartier, quand les sirènes sonnent les gens restent à la maison et continuent à regarder la télévision.

Les sons des explosions n’ont rien d’étrange pour les enfants palestiniens à Jérusalem, estime Abou Hatem, « qui grandissent en attendant des tirs alors qu’ils sont encore dans le ventre de leur mère ».

Pour lui, les roquettes du Hamas sont tout simplement de la légitime défense. « Quel est le pouvoir du Hamas par rapport à Israël ? » demande-t-il. « C’est comme un petit enfant qui se fait tabasser alors qu’il grandit ».

C’est Israël, confie-t-il, qui lance une guerre contre le Hamas de manière régulière afin de montrer à son peuple qu’il est capable de le défendre.

« Abou Mazen [Mahmoud Abbas] a dit que nous voulons les négociations, mais pas les tirs, mais eux [les Israéliens], ils tirent de toute façon ».

Maintes et maintes fois, les passants dans les ruelles du quartier musulman se vantent de leur fermeté face aux roquettes.

Un homme raconte qu’il conduisait dans un quartier juif de Jérusalem faisant chemin vers la banlieue de Qalandia samedi lorsque la sirène a retenti. « Les Juifs, la police, l’armée, tout le monde est descendu et s’est allongé sur le sol, alors que nous avons continué normalement, et que mes enfants ont fait le signe de la victoire », affirme-t-il.
« La mort est une vertu. Une personne ne reçoit pas une minute de vie de plus que ce que Dieu lui a assigné ».

Un vendeur de chaussures, qui demande à ce qu’on l’appelle Abou Jihad (du nom d’un chef du Fatah tué par Israël en 1988), a déclaré que les enfants [arabes] de Jérusalem sortent dans les rues au moment des sirènes car elles leur permettent de s’identifier avec les enfants de Gaza.

« Les enfants aiment le son de la sirène comme si c’était un jeu pour les enfants », déclare-t-il au Times of Israel, alors qu’il regarde un reportage sur un petit écran consacré aux bâtiments détruits à Gaza. « Nous leur demandons de rentrer à l’intérieur, et ils répondent : « Je ne veux pas entrer, je veux mourir comme ceux de Gaza ».

Les vidéos de destructions et de souffrances dans la bande de Gaza ne font que contribuer à un Hamas davantage populaire dans la rue palestinienne, insiste Abou Jihad. « Nous ne faisons pas confiance à l’Autorité palestinienne. Ces traîtres coordonnent la sécurité avec Israël. Hier Abu Mazen [Abbas] a dit que le Hamas gagnait de l’argent en temps de guerre. C’est lui le profiteur de guerre et le traître. Il doit quitter le pays plutôt que de parler de cette façon. »

« Si vous êtes si puissant », dit-il d’un ton de défi, et s’adressant au public israélien,
« entrez à Gaza par la voie terrestre et nous verrons ensuite. Vos soldats n’osent pas rentrer dans un seul centimètre de la bande de Gaza ».