Les législateurs de l’ensemble de la classe politique ont critiqué le député d’extrême droite mercredi pour avoir lancé ce qui semblerait être un appel à la destruction de la Cour suprême à Jérusalem.

Suite à la décision de la Haute Cour de justice mercredi matin, qui a confirmé une ordonnance de la cour autorisant la démolition de deux bâtiments construits illégalement dans l’implantation cisjordanienne de Beit El, le député Moti Yogev, un partisan du mouvement des implantations, a critiqué la décision.

« Nous devrions emmener la lame d’un [bulldozer] D-9 à la Haute Cour de justice », s’est emporté Yogev à la Knesset.

« Nous, en tant que système législatif, prendra soin des rênes du règne judiciaire de cet État, la queue qui remue le chien qui, et s’assurera, de façon éthique et juste, que la Knesset et le gouvernement règneront en Israël, et que la magistrature connaîtra sa place ».

Les commentaires de Yogev se sont attirés de vives critiques de tout le spectre politique.

Le député Moti Yogev de HaBayit HaYehudi (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

Le député Moti Yogev de HaBayit HaYehudi (Crédit : Miriam Alster / Flash90)

« Israël est une démocratie respectueuse de la loi qui respecte la décision de la Cour », a rappelé le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans un communiqué. « Voilà comment cela a toujours été, et comment cela sera ».

Le Premier ministre « rejette catégoriquement les déclarations contre la Cour suprême », a poursuivi le communiqué.

« La Cour suprême est une institution éminente et importante. Je ne suis pas toujours d’accord avec ses décisions, mais elles doivent être respectées », a déclaré la ministre de la Justice Ayelet Shaked, issue du même parti que Yogev, dans un discours à la Knesset mercredi après-midi. « Bien sûr, je désavoue » les commentaires de Yogev, a-t-elle ajouté.

Le ministre de l’Education Naftali Bennett, le chef de HaBayit HaYehudi, a déclaré sur Israel Radio mercredi qu’il avait réprimandé le législateur lors d’une conversation privée.

Mais d’autres députés exigent que l’on prenne des mesures disciplinaires et juridiques contre Yogev.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d'une réunion de groupe du Likud à la Knesset, le 27 juillet 2015 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une réunion de groupe du Likud à la Knesset, le 27 juillet 2015 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Le député Yoel Hasson (Union sioniste) a déposé une plainte officielle auprès du comité d’éthique du Parlement sur ce qu’il a considéré comme être un appel à la violence de Yogev.

« A la lumière de ces déclarations, j’exige que chaque outil statutaire soit utilisé contre lui », a-t-il déclaré au comité.

« Le député Yogev tente de nuire à la démocratie avec son incitation sauvage et sans ambiguïté. Au lieu de calmer la tempête et appeler les manifestants à respecter la primauté du droit, le député Yogev a clairement appelé à la violence ».

Les bulldozers ont commencé à démolir les bâtiments à Beit El mercredi midi, après que la Haute Cour a rejeté une requête déposée à la dernière minute contre la démolition, en considérant que les bâtiments étaient situés sur des terres privées palestiniennes qui avaient été saisies par l’armée israélienne dans les années 1970.

On a signalé des affrontements entre les résidents d’implantations et les forces de sécurité sur les lieux.

La députée Michal Rozin (Meretz) a informé qu’elle s’était « tournée vers le procureur général pour lui demander de déposer une requête d’urgence sur des soupçons que les déclarations de Yogev dépassent le cadre de son immunité en tant que membre de la Knesset ».

Le député de l'Union sioniste, Yoel Hasson (Crédit : Miriam Alster / FLASH90)

Le député de l’Union sioniste, Yoel Hasson (Crédit : Miriam Alster / FLASH90)

Les commentaires de Yogev, a accusé Rozin, sont équivalents à une « sédition contre l’Etat ».

Yogev a réagi à ce déluge de critiques sur Facebook en expliquant que sa déclaration était conçue comme « une métaphore ».

Le pouvoir judiciaire, a-t-il accusé, était « agressif dans son activisme judiciaire, et a unilatéralement pris le manteau du leadership et de la prise de décision, en décidant où la lame du tracteur allait être utilisée pour détruire l’implantation juive, et d’autre part où les constructions illégales dans le secteur arabe pouvaient être autorisées ».

L’explication de Yogev n’a pas atténué le déluge de critiques.

La ministre de la Justice Ayelet Shaked parle à la Conférence annuelle du Bar Association à Eilat, le 18 mai 2015 (Crédit : Yossi Zamir / flash 90)

La ministre de la Justice Ayelet Shaked parle à la Conférence annuelle du Bar Association à Eilat, le 18 mai 2015 (Crédit : Yossi Zamir / flash 90)

« Comment osent-ils se faire appeler le ‘camp nationaliste’ et attaquer la primauté du droit et de la cour ? », s’est insurgé le chef du parti Yesh Atid, le député Yair Lapid.

« Je demande à mes collègues de la Knesset à faire preuve de retenue dans leurs déclarations publiques et à respecter la Cour suprême », a déclaré Michael Oren, député Koulanu.

« Les images des violentes manifestations contre la décision de la cour concernant Beit El pourraient faire changer l’opinion à l’échelle mondiale sur l’accord sur le nucléaire iranien – la question la plus pressante pour Israël – et les efforts pour résister aux États-Unis ».

« Le député Moti Yogev expose le vrai visage de HaBayit HaYehudi, un parti qui veut détruire non seulement la Haute Cour mais aussi la démocratie en Israël », a accusé le député de Meretz, Issawi Frej.