Priti Patel, la ministre britannique qui a rencontré de hauts responsables israéliens sans autorisation préalable de son gouvernement, démissionne suite à une brève réunion avec la Première ministre britannique May, selon des informations parvenues de Grande-Bretagne.

May a convoqué la secrétaire au Développement international lors de son retour d’un voyage en Afrique pour qu’elle s’explique sur ses rencontres avec les politiciens israéliens.

Patel, 45 ans, a présenté ses excuses et sa démission à Theresa May, après avoir été convoquée au 10 Downing street mercredi soir, écourtant une tournée en Afrique.

« J’ai agi avec les meilleures intentions, mais mes actions n’ont pas respecté les exigences de transparence et de franchise que j’ai défendues et promues », écrit-elle dans sa lettre de démission.

« Le Royaume-uni et Israël sont des alliés proches et il est juste que nous travaillions étroitement ensemble. Mais cela doit être fait de manière formelle, à travers les canaux officiels », lui a écrit en retour Theresa May, encore davantage fragilisée par ce nouvel épisode.

Patel s’était également excusée lundi d’avoir organisé 12 réunions séparées — y compris avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu — au cours de vacances en famille en Israël en août, sans prévenir le Foreign Office ou Downing Street à l’avance.

Après une réprimande publique de la Première ministre lundi, Patel a quitté le Royaume-Uni mardi pour un voyage de trois jours en Ouganda, mais elle est rentrée à Londres hier à la demande de May.

Lors de sa rencontre avec May, elle avait expliqué avoir évoqué la possibilité de financer l’assistance humanitaire apportée à des blessés syriens dans le Golan, dont Londres ne reconnaît pas l’occupation partielle par Israël, avec les responsables israéliens, selon Downing Street.

Mais Priti Patel avait gardé certains éléments sous silence. Elle n’aurait pas expliqué que cette aide impliquerait de financer l’armée israélienne, qui a déjà permis d’évacuer plus de 3 100 blessés syriens vers des hôpitaux israéliens. D’après le quotidien israélien Haaretz, elle aurait même visité un hôpital militaire de campagne dans ce territoire.

Des patients syriens, qui ont été blessés dans les violences en cours en Syrie, sont soignés au Galilee Medical Center de Nahariya, dans le nord d’Israël, le 26 octobre 2017. (Crédit : AFP / MENAHEM KAHANA)

Elle avait également omis de mentionner une autre rencontre, en septembre, avec le ministre israélien de la Sécurité intérieure Gilad Erdan à Westminster alors qu’elle avait reconnu un entretien le même mois avec le directeur général du ministère des Affaires étrangères Yuval Rotem à New York.

Pour la députée du parti Libéral-Démocrate Jo Swinson, la secrétaire d’Etat a commis « une erreur de jugement épouvantable ». « C’est bien que Patel soit partie mais le cabinet de Theresa May doit maintenant révéler honnêtement ce qu’ils savaient et quand », a-t-elle ajouté dans un communiqué.

Patel est la deuxième ministre à quitter le gouvernement de May en une semaine, après que Michael Fallon a démissionné de son poste de secrétaire à la Défense le 1er novembre à la suite d’allégations de harcèlement sexuel, ce qui ébranle la classe politique et menace de faire tomber également un proche de Theresa May, le vice-Premier ministre Damian Green, ainsi que le secrétaire d’Etat au Commerce international Mark Garnier.

Les critiques du tollé suscité par les réunions non autorisées ont déclaré que le scandale reflète un sentiment anti-israélien.

Sa lettre de démission ne fait aucune mention d’Israël.

« C’est scandaleux et on peut se demander combien d’autres cas, et pas seulement en Grande-Bretagne, n’ont pas été portés à la connaissance du public », avait commenté plus tôt dans la journée la dirigeante palestinienne Hanane Achraoui jointe par l’AFP à Jerusalem.

Le départ de cette fervente partisane du Brexit fragilise une équipe gouvernementale déjà divisée sur la question. Engagée dans des négociations cruciales avec Bruxelles sur la sortie de l’Union européenne, Theresa May peine à tenir ses troupes.

« On n’a pas l’impression d’une orientation, d’un contrôle, de la part de la Première ministre dans ces polémiques, au moment où nous avons vraiment besoin d’un gouvernement qui fonctionne », a regretté Yvette Cooper, figure du parti travailliste, sur la BBC.

Par ailleurs, un poids lourd de l’exécutif, le chef de la diplomatie Boris Johnson, habitué des gaffes, s’est lui aussi fait remarquer cette semaine pour avoir tenu des propos jugés préjudiciables à une Irano-Britannique emprisonnée en Iran, corrigés ensuite.