Le ministre de la Justice libanais, Achraf Rifi, connu pour son hostilité au Hezbollah a annoncé dimanche sa démission, accusant le puissant parti chiite armé de mainmise sur les décisions du gouvernement.

La démission de ce ministre sunnite intervient quelques jours après l’interruption par Ryad d’une aide de trois milliards de dollars à l’armée libanaise pour protester contre des prises de position « hostiles » inspirées selon le royaume saoudien par le Hezbollah.

Dans un communiqué, Rifi a affirmé que le parti soutenu par l’Iran était responsable du « blocage » politique au Liban, sans président depuis 21 mois, et l’a accusé de « détruire les relations du Liban avec le royaume d’Arabie saoudite ».

« Il y a une mainmise d’un parti armé sur la décision du gouvernement », a dénoncé le ministre démissionnaire, en référence au Hezbollah qui a deux ministres au sein du cabinet.

« Le Hezbollah […] a voulu utiliser [le gouvernement] comme un instrument pour mettre la main sur l’Etat et ses décisions », lit-on dans le communiqué publié par l’Agence nationale de l’information.

« Je n’accepterai pas de devenir un faux témoin et de couvrir ceux qui tentent de dominer l’Etat et ses institutions […] c’est pour cela que je présente ma démission », a conclu M. Rifi.

Le ministre a accusé en particulier le parti d’avoir bloqué le transfert à la Cour de justice – dont les décisions sont sans appel – du dossier de Michel Samaha, un ancien ministre et député allié du régime syrien accusé d’avoir voulu mener des « actions terroristes » au Liban.

Michel Samaha avait été libéré à la mi-janvier sous caution par la Cour militaire. Cette décision avait suscité fureur et consternation au Liban au sein du camp hostile au régime du président syrien Bachar al-Assad.

L’ex-ministre libanais de l’Information avait été condamné le 13 mai 2015 à quatre ans et demi de prison par la Cour militaire, qui l’a aussi déchu à vie de ses droits civiques et politiques, « pour avoir tenté de mener des actions terroristes et appartenance à un groupe armé ».

Cependant, la cour de Cassation avait annulé le jugement jugé trop clément par le procureur. Un nouveau procès est en cours.

Le Hezbollah combat en Syrie aux côtés du régime de Bachar al-Assad alors que l’Arabie saoudite soutient les groupes rebelles opposés à Damas.

La guerre en Syrie voisine a exacerbé les divisions au Liban entre sympathisants et détracteurs du régime de Bachar al-Assad et les tensions entre sunnites et chiites.