La menace des tunnels a éclipsé celle des roquettes dans la guerre d’Israël avec Gaza. Mais cela pourrait changer dans l’avenir, si les méthodes de détection s’amélioraient. Pour l’instant, cependant, après avoir contré un méga-attentat dans la région d’Eshkol jeudi, Israël a envoyé des troupes pour trouver et détruire les artères souterraines qui s’étendent tout le long de la frontière.

Des entretiens avec des officiers en service et de réserve illustrent certains des défis auxquels les forces de l’armée sont confrontées à Gaza.

Le brig. gén. Miki Edelstein, commandant de la division de Gaza, a déclaré aux journalistes à proximité d’un tunnel offensif découvert en octobre 2013 que l’embouchure se trouvait probablement dans l’arrière-cour de la maison d’un civil à Rafah.

Le brig. gén (rés.) Shimi Daniel, un ancien commandant du corps de génie de combat, brosse un tableau plus complexe. Il a déclaré jeudi à la Deuxième chaîne que les embouchures des tunnels sont situées à l’intérieur de maisons de civils et que, au moment de l’arrivée des soldats, « ils [les Hamas] ont déjà recouvert l’ouverture de béton frais ».

Une fois un tunnel détecté, les soldats de l’unité de Samur, spécialisée dans ce type d’opérations, font pénétrer un robot dans l’embouchure. Le commandant Ido, directeur de l’école des forces spéciales de génie de combat, a déclaré dans un entretien téléphonique, il y a plusieurs mois, que les robots envoient une vidéo à l’équipe sur le terrain et cartographient les contours du tunnel.

Par la suite, l’armée envoie généralement des chiens détecteurs d’explosifs de l’unité Oketz dans le canal. Jeudi, un soldat de cette unité a été légèrement blessé et son chien tué dans le tunnel découvert près du kibboutz de Sufa. Normalement, si un chien détecte des explosifs, un robot de déminage intervient.

C’est alors seulement que les troupes descendent dans l’obscurité. Certains des tunnels récemment mis au jour font plus de 18 mètres de profondeur et plus de deux mètres de long. Beaucoup ont plusieurs sorties, qui débouchent près de la frontière, pour permettre une attaque plus complexe. L’armée a découvert au moins huit tunnels offensifs, sur les 30 dont elle a connaissance, à ce jour.

Les détruire, affirme le commandant Ido, est beaucoup plus facile que de les détecter, mais reste compliqué.

Les tunnels peuvent être frappés d’en haut. Le brig. gén. (rés.) Assaf Agmon, à la tête de l’Institut Fisher d’études stratégiques de l’air et de l’espace, ancien pilote de l’armée de l’air, déclare que les tunnels de béton armé sont facilement pénétrables par une bombe d’une tonne larguée d’un avion. Il faut simplement retarder le détonateur, de sorte que les bombes explosent seulement après avoir atteint l’espace vide du tunnel.

Un ancien commandant du corps de génie de combat, cependant, affirme que les destructions infligées par l’armée de l’air sont très « locales » et ne causent pas d’importants dégâts. Pour démanteler totalement un système de tunnel, un lourd équipement de forage est nécessaire et plusieurs centaines de kilos d’explosifs doivent être insérés dans le canal sur toute sa longueur, affirme-t-il.

Cette dernière étape est particulièrement dangereuse, car les foreurs sont visibles de loin et le transport d’explosifs est dangereux dans une zone de combat. Le capitaine Aviv Hakani, premier officier de contre-tunnel du commandement Sud, a perdu la vie, ainsi que quatre autres soldats, lors d’un transport vers un tunnel dans la bande de Gaza dans une APC remplie d’explosifs, qui fut touchée par un missile antitank.

Dans cet incident de mai 2004, la vue effroyable de soldats à quatre pattes dans le sable le long de la Route de Philadelphie, entre Gaza et l’Egypte, à la recherche de parties de corps, fut celle qui devait marquer le début de la fin de la présence israélienne dans la bande de Gaza.

L’opération en cours, à la fois destinée à neutraliser la menace des tunnels et de servir de levier dans la recherche d’une formule de cessez-le-feu, doit prendre, d’un point de vue technique, deux semaines, selon les responsables.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, dans un discours à la nation vendredi, le premier jour de l’opération terrestre, a averti qu’« il n’y a aucune garantie de réussite de 100 %, mais nous faisons de notre mieux pour atteindre le maximum ».