Dans une attaque cinglante visant à la fois les refus des Palestiniens et l’approche diplomatique erronée des Européens, l’ancien conseiller du président américain Barack Obama pour le Moyen-Orient a appelé la communauté internationale à « arrêter de laisser les Palestiniens faire cavalier seul » au lieu de les forcer à accepter les compromis avec Israël qui sont nécessaires pour leur Etat.

Dans un édito publié dans les colonnes du New York Times, l’ambassadeur Dennis Ross, le négociateur en chef des États-Unis pour les questions israélo-arabes de 1993 à 2001 et conseiller d’Obama de 2009 à 2011, a fait valoir que, s’il est juste d’exiger d’Israël d’accepter des demandes fondamentales pour faciliter la paix – « frontières de 1967, échanges de terres et construction des implantations limitée aux blocs majeurs existants » – il est aussi temps de « demander l’équivalent aux Palestiniens sur la base de deux Etats pour deux peuples, et de garantir la sécurité d’Israël. »

Ross a noté que les derniers efforts du président de l’AP Mahmoud Abbas pour faire pression sur Israël, par l’intermédiaire du Conseil de sécurité des Nations unies et de la CPI ne changeront rien à la réalité sur le terrain.

Il a blâmé les Palestiniens pour avoir mis à mal les efforts précédents pour résoudre le conflit par la négociation. Les Palestiniens doivent « répondre aux propositions et accepter les résolutions qui répondent aux besoins israéliens et pas seulement aux leurs, » écrit Ross.

Diplomate chevronné des administrations républicaine et démocrate, spécialiste du Moyen-Orient, Ross, 66 ans, qui a commencé sous la présidence Carter, a rappelé que « depuis 2000, il y a eu trois sérieuses négociations qui ont abouti à des offres pour résoudre le conflit israélo-palestinien : les paramètres de Bill Clinton en 2000, l’offre de l’ancien Premier ministre israélien Ehud Olmert en 2008, et les efforts du secrétaire d’État John Kerry l’an dernier. »

À chaque occasion, écrit Ross, « une proposition sur toutes les questions de base a été faite pour les dirigeants palestiniens et la réponse était soit ‘non’ soit il n’y avait pas de réponse. Ils ont déterminé que le coût du ‘oui’, ou même de la contre-offre qui exigerait des concessions, était trop élevé. »

Malheureusement, selon Ross, « la culture politique palestinienne est enracinée dans un récit de l’injustice ; son penchant anticolonialiste et son sens de la complainte font que les concessions envers Israël sont perçues comme illégitimes. Le compromis est dépeint comme une trahison… »

Plutôt que de soutenir les Palestiniens qui cherchent à éviter les concessions mutuelles avec leurs paris à l’ONU et à la CPI, a poursuivi Ross, « les dirigeants européens qui soutiennent avec ferveur un Etat palestinien devraient se concentrer sur comment élever le coût [pour les Palestiniens] du refus alors qu’il y a une offre sur la table. »

« Les Palestiniens se soucient profondément du soutien international pour leur cause. S’ils savaient qu’ils seraient tenus pour responsables de répondre positivement ou de rejeter une offre de résolution juste, cela pourrait bien changer leurs calculs. »

Ross, qui est aujourd’hui conseiller à l’Institut de Washington pour la politique au Proche-Orient, s’en est pris à « la plupart des Européens » qui demeurent « beaucoup plus regardants sur le comportement israélien » que sur l’intransigeance palestinienne.

Si les élections produisent une direction israélienne qui est « prête à prendre une initiative de paix et à construire des implantations seulement sur des terres, qui échoiront à Israël et ne feront pas partie de la Palestine, il n’y aura pas besoin d’une résolution des Nations unies, » a défendu Ross. Mais sinon, si les Européens optent pour revenir à la route onusienne, toute résolution qu’ils soutiendront « devra être équilibrée, » a-t-il souligné.

« On ne peut pas simplement répondre aux besoins des Palestiniens en offrant des frontières sur la base des lignes de 1967 avec des échanges mutuels, une capitale à Jérusalem-Est, sans offrir quelque chose de spécifique à Israël – à savoir, des arrangements de sécurité qui laisseraient Israël capable de se défendre par lui-même, de mettre en place des phases de retrait progressives qui seraient liées aux performances de l’AP en termes de sécurité et de gouvernance, et une résolution de la question des réfugiés palestiniens qui permettrait à Israël de conserver son caractère juif. »

Une telle résolution serait probablement rejetée par les Palestiniens, a reconnu Ross, tout comme ils avaient rejeté les compromis nécessaires en 2000, 2008 et 2014. « Israël, aussi, pourrait rejeter de telles conditions. »

« Mais ce ne sont pas les Israéliens qui poussent à l’intervention des Nations unies. Ce sont les Palestiniens. Et si leur approche n’est pas celle de deux Etats pour la paix, il doit y avoir un prix à payer pour cela. »

Ross a écrit un livre à propos de l’échec de Camp David en 2000 et aux efforts de paix de l’administration Clinton, The Missing Peace, paru en 2005. Son prochain opus, Condamnés à réussir : les relations israélo-américaines au milieu des turbulences, est attendu en octobre.