WASHINGTON (JTA) – Le président américain Donald Trump a déclaré pendant sa campagne qu’il voulait déplacer l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem. L’ambassadeur en Israël qu’il a choisi, David Friedman, espère qu’il sera en mesure de travailler depuis la capitale.

L’équipe de Trump a affirmé à maintes reprise son intention de déplacer l’ambassade, mais sans donner de calendrier. A présent, l’ambassadeur d’Israël à Washington, Ron Dermer, lors d’un puissant discours à la soirée de Hanoukka de son ambassade, a encouragé Trump à tenir sa promesse, affirmant qu’il était temps.

Dermer a énuméré à cette occasion certains des arguments en faveur du déplacement de l’ambassade, qui sont également soulignés dans un éditorial du Wall Street Journal : La relation du judaïsme à Jérusalem est ancienne. Aucun autre pays ne se voit nier une représentation diplomatique dans sa capitale. Accompli correctement (c’est-à-dire avec beaucoup de mesures précédant le déménagement pour apaiser les pays arabes et musulmans alliés de l’Occident, et avec un emplacement à Jérusalem Ouest), le déplacement devrait bien se passer, surtout parce que les relations entre Israël et ses voisins arabes sont plus étroites que jamais en raison d’intérêts partagés pour écraser l’Etat islamique et écarter l’Iran.

Eli Lake a présenté sur Bloomberg certains des arguments « contre », particulièrement en ce qui concerne les relations qui tentent d’être améliorées entre Israël et ses voisins arabes.

Tout d’abord, les Palestiniens revendiquent la ville et y déplacer l’ambassade avant un accord sur le statut final préempte leur revendication. La ville est un mouchoir de poche et toute perturbation de son statu quo entraîne des violences. Les alliés d’Israël dans le monde arabe et musulman (officiels et officieux) pourraient suivre en étant réticents, mais ses ennemis, particulièrement l’Iran, qui commémore chaque année la « perte » de Jérusalem, et l’Etat islamique, saisiront l’opportunité et alimenteront des violences.

Et ces alliés arabes ? Même les dictateurs doivent répondre devant leur peuple, qui y sera très probablement violemment opposé. Ceci pourrait mettre en danger une éventuelle paix naissante.

Au-delà du « bon » et du « mauvais », il y a aussi l’imprévisible. Voici certains des éléments que nous ne pouvons pas prévoir avant que le déplacement n’ait effectivement lieu.

Passer à l’ennemi

Au début des années 1980, le Premier ministre Menachem Begin a incité les journalistes à partir de Tel Aviv pour rejoindre le centre de presse à Jérusalem, Beit Agron, parce qu’ils voulaient qu’ils reconnaissent la ville comme la capitale d’Israël.

De façon inattendue, beaucoup d’agences ont répondu favorablement : alors que les journalistes ne voyaient qu’occasionnellement des Palestiniens quand ils étaient postés à Tel-Aviv, à Jérusalem, ils ont appris à connaître les dirigeants palestiniens et la compréhension des médias du narratif palestinien s’est approfondie, – pas nécessairement au profit d’Israël.

Le consulat américain de Jérusalem, situé dans le quartier de Talpiot, adjacent au possible emplacement de l'ambassade américaine, en décembre 2016. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)

Le consulat américain de Jérusalem, situé dans le quartier de Talpiot, adjacent au possible emplacement de l’ambassade américaine, en décembre 2016. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israël)

Les Américains ont un consulat à Jérusalem Est, et les responsables israéliens, ainsi que les associations pro-Israël, se plaignent que ses employés soient « passés à l’ennemi », en reflétant les intérêts de la population arabe.

L’équipe de Tel Aviv, au contraire, est engoncée dans le coin le plus occidental d’Israël, et voit positivement Israël et les distractions que le pays a à offrir. Que deviendra cette vision une fois qu’ils auront déménagé sur une colline de Jérusalem ?

Qui peut venir ? Et que devient le consulat ?

Le gouvernement israélien désapprouve les rencontres des diplomates avec des responsables palestiniens à Jérusalem : car cela revient à une reconnaissance de la revendication palestinienne de la ville. Cette politique tiendra-t-elle si l’ambassade y est déplacée ? Les responsables palestiniens accepteront-ils d’entrer dans cette enceinte ? S’ils le font, Israël saluera-t-il les visites comme une reconnaissance de la souveraineté israélienne, ou les verra-t-il comme une menace à cette souveraineté ?

Et qu’arrivera-t-il au consulat de Jérusalem Est qui traite des sujets arabes ? Le maintien de sa présence nuirait à la revendication israélienne de toute la ville. Le gouvernement israélien agira-t-il pour son déplacement ? Vers où ?

Jérusalem est un lieu de manifestations

Les habitants de la ville ayant des doléances, les pauvres, les ultra-orthodoxes, les Arabes, les habitants des implantations voisines et leurs partisans, peuvent organiser une manifestation en un instant. L’ambassade américaine sera une grosse cible pour ces manifestations, même si les causes qu’elles défendent n’ont que peu à voir avec les Etats-Unis. Et à quoi cela ressemblera-t-il à la télévision ?

Creusez donc

Essayer de construire quelque chose de nouveau à Jérusalem, c’est tomber sur un morceau de poterie, peut-être même sur des os. En fonction de l’importance de la découverte, un chantier peut être arrêté par l’Autorité israélienne des antiquités.

Où déjeuner ?

Dîner à Jérusalem signifie faire un choix politique. Casher ? Glatt casher ? Non casher ? Décider de l’endroit où vous aurez le meilleur houmous de la ville est une déclaration politique. Abu Shukri, porte de Damas ? Pinati, sur Midrehov ? Qu’essayez-vous de dire, M. l’Ambassadeur ?

La résidence et les écoles

L’ambassadeur américain profite actuellement d’un grand espace à Herzliya, un endroit aménageable pour les festivités du 4 juillet et d’autres, et à proximité de certaines des meilleures écoles du pays. Les grands espaces sont rares à Jérusalem. Encore plus si les Américains décident, pour apaiser la colère arabe, d’installer l’ambassade et la résidence de l’ambassadeur dans la partie ouest de la ville.

Et les écoles ! Pour les ambassadeurs ayant des enfants d’âge scolaire, quel nid de guêpes ! Choisissez une école « internationale » à Jérusalem, et vous risquez d’être accusé d’exposer vos enfants à des opinions anti-Israël. Choisissez le système israélien, et vous pouvez choisir qui vous allez offenser : les religieux, les ultra-orthodoxes, les nationalistes-religieux.

Pudeur

L’ambassade américaine emploie actuellement 800 personnes, dont 250 Américains, à Tel-Aviv, une ville où vous pouvez vous habiller comme vous voulez. A Jérusalem, les vêtements sont [là encore] une déclaration politique. Les femmes de l’équipe devront-elles se couvrir ? Comment cela se passera-t-il pour le corps diplomatique ?

L’imprévisible

Durant les années où j’ai vécu à Jérusalem, dans les années 1980, puis dans les années 1990 et dans les années 2000, des incidents internationaux ont été déclenchés ou presque par des juifs religieux qui jetaient dans la Vieille Ville des eaux usées sur des scouts chrétiens ; une aide-soignante de l’hôpital Notre Dame de la Vieille Ville flânant nue sur le toit ; Ariel Sharon se promenant sur le mont du Temple.

C’est une ville où tout peut arriver, et où tout arrive souvent. Il y a un nom pour cette manière qu’elle a de rendre les gens fous : le syndrome de Jérusalem.

Encore autre chose : la ville est sujette aux tremblements de terre. En considérant tout le reste, cela devient presque dérisoire.