Même lorsque les roquettes tombent et les sirènes d’alerte résonnent à travers le pays, la vie de tous les jours continue plus ou moins comme d’habitude. Allant se protéger dans les abris et les cages d’escalier, les Israéliens peuvent sembler habitués à la menace constante. Des études ont pourtant montré que cela a un impact sur leur santé en entraînant, entre autre, des taux plus importants de dépression.

Une équipe de chercheurs israéliens et américains a trouvé que boire de l’alcool avec des proches pouvait aider à lutter contre le blues durant les périodes de terrorisme et de guerre.

Lorsque l’armée de l’air israélienne et les militants palestiniens dans la bande de Gaza échangeaient des tirs au cours de l’opération Plomb durci en 2008, les buveurs occasionnels et les abstinents complets ont tendance à être plus déprimés, mais pas les consommateurs réguliers.

La différence semble être expliquée par la capacité de l’alcool à dynamiser les effets anti dépressifs du soutien de la famille et des amis.

Publiée dans la revue Dépendance à la drogue et à l’alcool en avril, l’étude accorde un rôle à la consommation sociale dans le traitement de la dépression, tout particulièrement dans le contexte de violence.

« Nous savons déjà que les gens qui font face à toutes sortes de traumatismes boivent de l’alcool dans un mécanisme de surmonter le traumatisme », explique Daphna Canetti, une scientifique politique à l’université de Haïfa, qui a aidé à mener l’étude. « Notre recherche montre pour la première fois que la consommation d’alcool peut aider le gens à surmonter un traumatisme lié au terrorisme, comme nous en faisons actuellement l’expérience en Israël ».

Un shot de soutien social

Le taux d’abus d’alcool en Israël a historiquement été parmi les plus bas du monde. Pourtant la consommation israélienne a augmenté au cours des récentes décennies, en partie à cause du terrorisme.

Les experts de la santé ont analysé cette tendance avec préoccupation, et le gouvernement israélien a pris des mesures pour renverser la tendance, en pointant du doigt les risques associés à la consommation excessive d’alcool, y compris des comportements imprudents, des maladies du foi et la dépression. La consommation excessive d’alcool peut également être utilisée pour éviter de devoir faire face au traumatisme du terrorisme, en reculant ainsi la reconstruction psychologique.

Par ailleurs, l’alcool est largement utilisé comme un outil de sociabilité, et le soutien social est connu comme un éléments protecteur fort contre la dépression. Pour voir si l’alcool et les relations sociales constituaient un cocktail anti dépressif efficace, les chercheurs ont réalisé une étude de 1 662 juifs et palestiniens israéliens au cours de deux périodes de conflit entre Israël et des groupes militants palestiniens à Gaza de 2007 à 2008.

On a demandé aux participants à l’enquête dévaluer à quel point ils sentaient qu’ils pouvaient compter sur leurs amis et séparément sur la famille, à quelle fréquence éprouvaient-ils des symptômes de la dépression, et s’ils buvaient souvent, cela allant de jamais à chaque jour

L’analyse statistique des données de l’enquête a révélé une forte association entre le soutien à la fois de la famille et de amis et moins de symptômes de la dépression (Puisque l’enquête rassemblait une variété d’informations démographiques, les chercheurs ont été capables d’éliminer des variables pouvant potentiellement fausser le résultat.) L’association était valable pour tout le monde, peu importe leurs habitudes de consommation d’alcool. Cette association était significativement plus forte pour les gens qui consomment régulièrement de l’alcool, hebdomadairement ou quotidiennement, que pour ceux qui boivent rarement ou pas du tout.

Il faut noter que les consommateurs réguliers n’ont pas plus de soutien social. Il semble simplement qu’ils en tirent plus d’effets en terme de réduction de la dépression.

On trinque à la science

Les conclusions du rapport soutiennent la notion de bon sens, vérifiée par d’innombrables premiers rendez-vous, des événements de travail et des mariages, que l’alcool facile la sociabilité. En citant « la théorie d’attente de résultat avec l’alcool », les chercheurs font l’hypothèse que les gens boivent de l’alcool parce qu’ils en attendent des bénéfices, comme une amélioration de leur vie sociale, de leur état d’esprit. Ces attentes sont auto gratifiantes, expliquent les chercheurs, ne serait-ce parce que le gens entrent dans la même pièce pour partager les avantages du soutien social, y compris la réduction de la dépression.

Des recherches précédentes sur la consommation d’alcool et le terrorisme soulignent principalement les conséquences négatives d’une consommation d’alcool excessive à la suite d’attaques comme le 11 septembre ou l’attentat d’Oklahoma City. L’étude israélo américaine s’appuie sur la recherche montrant un lien positif entre la consommation modérée d’alcool et le soutien social et la santé, y compris le bien être psychologique, et l’étend à un contexte de terrorisme et de guerre.

L’idée forte, expliquent les chercheurs, est que la consommation modérée d’alcool dans un contexte social n’est pas seulement utile, mais cela peut aussi aider les gens à rester heureux dans les moments difficiles.

Les chercheurs avertissent cependant qu’il ne faut pourtant pas abuser : la consommation excessive d’alcool est une mauvaise stratégie pour faire face aux traumatismes.

Pourtant, il n’y a rien de mal à ressembler ses proches et trinquer à la vie !