Le chef du parti Shas ultra-orthodoxe sépharade, Aryeh Deri, a parlé avec ses soutiens pour la première fois jeudi soir depuis sa démission du parlement plus tôt cette semaine, leur expliquant qu’il a entendu leur appels pour son retour.

Assis dans une tent$e de protestation installée devant sa maison dans le nord d’Israël, Deri s’est exprimé avec un de ses soutiens au téléphone, et a diffusé la conversation à la foule par un microphone, a annoncé Yedioth Ahronoth.

« Vos appels sont venus jusqu’au nord, a-t-il dit. Je vous aime et je vous promets une chose, mes frères. Je n’ai pas oublié ce que Maran [l’ancien chef spirituel du Shas Ovadia Yosef] m’a dit dans l’hôpital avant de mourir. Il a tenu mes mains, a pleuré et m’a dit ‘Aryeh, je te le demande, promets moi deux choses : continue de prendre soin de mes fils, les pauvres, et que le ciel et le judaïsme soient encore plus aimés ».

« C’est un message du rabbin, nous continuerons ensemble avec l’aide de Dieu, peu importe sous quelle forme, a-t-il ajouté. Je suis avec vous ».

Deri a soumis sa démission formelle du parlement jeudi soir, en défiant théoriquement les demandes du conseil religieux de son parti pour qu’il reste à la tête. Pourtant, sa décision n’a pas eu de signification concrète puisque le Knesset a déjà été dissoute en vue des élections du 17 mars 2015. La question de savoir si Deri continuera à diriger le parti Shas peut rester sans réponse pendant encore quelques semaines.

Les neufs membres restants du groupe Shah à la Knesset (à l’exception de l’ancien président Eli Yishai qui s’est récemment séparé du parti) a ensuite menacé de suivre les traces de Deri. Les neuf députés ont fait savoir aux chefs spirituels du parti, le Conseil de Sages de la Torah, qui si Deri quitte vraiment son poste, ils ont l’intention de faire de même.

Avec la Knesset hors session jusqu’à la fin des élections, le jeu de la démission est apparu largement symbolique, et il restait incertain de savoir si les députés avaient l’intention de démissioner de la Knesset actuelle seulement, ou s’ils menaçaient de se retirer de la liste du parti pour les élections à venir également.

Pourtant, la Knesset doit tout le temps avoir 120 membres, et une démission aussi massive nécessiterait de faire entrer dix nouveaux députés du Shas, qui occuperaient les postes pour les trois prochains mois.

Le développement, qui menace de causer l’effondrement du parti, est survenu le jour après que Deri ait envoyé une lettre au Conseil des Sages en leur expliquant qu’il voulait quitter la politique après la fuite d’une vidéo montrant feu Ovadia Yosef qui dénonçait Deri et favorisait apparemment son rival, l’ancien président Eli Yishi, qui a récemment quitté le Shah pour lancer son propre parti.

Dans un discours jeudi soir, Yishai a nié qu’il était derrière la fuite de la vidéo. S’exprimant lors d’un rassemblement politique à Sderot, il a dit qu’il avait fondé son propre parti pour éviter un autre processus de paix du style d’Oslo avec les Palestiniens et pour « protéger la terre d’Israël », une pique apparente à la position plus pacifiste de Deri.

Des sources dans le parti Shad ont indiqué qu’il y a peut-être des centaines d’heures de vidéo toujours pas visionnées montrant Yosef s’exprimant sur une série de sujets, dont certains pourraient être utilisés comme des munitions dans la confrontation entre Deri et Yishai.

La vidéo, qui a été diffusée dimanche et qui présentait une conversation ayant eu lieu en 2008, a mis le parti Shas en difficulté alors qu’il était déjà sous le choc du départ de Yishai qui a lancé son propre parti pour concurrencer la maison mère des ultra-orthodoxes sépharades.

Yosef a exprimé ses peurs sur un possible retour de Déri au parti après que ce dernier ait passé deux ans en prison et plusieurs années privées de service public à la suite d’une condamnation pour corruption en 1999.

« 30 ou 40% des militants quitteront [le Shas]. Pourquoi ? Parce qu’il a été condamné en justice. Pourquoi prendre un voleur ou un corrompu ? » demandait rhétoriquement Ovadia.

Deri est revenu à la politique après 13 ans d’interruption et a été réinstallé en 2012 par Yosef en tant que co-directeur du parti Shas avec Yishai qui a dirigé le parti ultra-orthodoxe pendant l’incarcération de Déri.

Malgré ses vives critiques, Yosef a nommé Deri comme unique chef du parti en 2013, peu avant sa mort.

Dans l’enregistrement, pourtant, on entendait clairement Yosef soutenir Yishai.

“[Deri] ne m’écoutera pas, je sais cela par expérience, il est trop indépendant », a déclaré le rabbin à son fils dans l’enregistrement. Votre mère était en pleurs, n’est-ce pas mal ? Je lui ai parlé à plusieurs reprises, et il n’a pas voulu écouter », a-t-il déclaré.

La rivalité de longue date entre Yishai et Deri a été relancée après le mort de Yosef en 2013. Le deux se sont disputés à de nombreuses reprises sur le rôle de Yishai dans le parti, avec Deri, accusant Yishai de saper son autorité pour reprendre la présidence du parti.

Des tensions ont atteint un sommet ce mois lorsque Yishai a quitté le Shas et a formé un nouveau parti, Ha’am Itanu (Le peuple est avec nous).

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.