Une ancienne déportée d’Auschwitz a livré mercredi un dernier témoignage poignant lors du procès de l’ex-comptable d’Auschwitz, Oskar Gröning, affirmant ne pouvoir pardonner à cet homme qui a une nouvelle fois reconnu sa « faute morale ».

Irene Weiss, 84 ans, survivante d’origine tchèque vivant aujourd’hui aux Etats-Unis, a décrit l’épreuve terrifiante de sa déportation, alors qu’elle n’était âgée que de 13 ans.

Montrant à la barre deux photos de sa famille à son arrivée à Auschwitz – clichés retrouvés 25 ans après l’Holocauste – Mme Weiss a expliqué avoir perdu sa mère, trois frères et soeurs plus jeunes ainsi qu’un frère plus âgé dans les chambres à gaz.

Son père a quant à lui été forcé de travailler pour un des « Sonderkommando » du camp, ces unités de travail de détenus, chargées d’évacuer les corps des chambres à gaz pour les emmener dans les crématoires. Il n’a pas survécu non plus et a été abattu par la SS.

Pour Mme Weiss, accorder un éventuel pardon à l’ex-comptable de 94 ans qui comparaît depuis le 21 avril, est impossible.

« Il a dit qu’il ne se considérait pas comme auteur (des crimes commis à Auschwitz) mais plus comme un petit rouage de la machine », a-t-elle dit.

« Mais s’il était assis ici aujourd’hui, revêtu de son uniforme SS, je tremblerais et serais de nouveau saisie par toute l’horreur vécue lorsque j’avais 13 ans », a-t-elle ajouté.

Oskar Gröning comparaît jusqu’à fin juillet pour « complicité de 300.000 meurtres aggravés » et encourt de 3 à 15 ans de prison. Les réquisitions du parquet sont attendues jeudi.

Il est accusé d’avoir contribué à l’envoi dans les chambres à gaz de 300.000 Juifs hongrois déportés au printemps 1944 vers le camp d’Auschwitz, en Pologne occupée, devenu le symbole de la Shoah.

Vêtu d’un pull violet sans manches et d’une chemise gris clair, il est arrivé mercredi, soutenu par deux infirmiers et s’appuyant sur un déambulateur.

Initialement, il avait indiqué vouloir s’exprimer directement mais sa santé est devenue de plus en plus fragile au fil des audiences.

Dans une déclaration lue par son avocat, il a affirme reconnaître « sa responsabilité face aux survivants et aux familles de victimes ».

Depuis le début du procès, il dit assumer « une faute morale » mais laisse aux juges le soin d’apprécier sa culpabilité judiciaire.

Par la voix de son défenseur, M. Gröning admet porter une responsabilité dans l’Holocauste mais souligne que son rôle « était limité ».

Quant à la question de demander pardon, l’accusé y répond en disant : « au vu de l’étendue des crimes commis à Auschwitz (…), je ne crois pas être autorisé à faire une telle demande ».

« Je peux seulement demander pardon à Dieu », a-t-il ajouté.

Lors de précédents témoignages, M. Gröning avait reconnu d’une voix ferme et claire avoir été présent à trois reprises sur la rampe d’arrivée du camp, là où s’effectuait la « sélection » séparant les déportés jugés aptes au travail de ceux qui étaient immédiatement tués.

En tant que comptable, son travail était également de trier les devises des déportés pour les envoyer à Berlin.

Au procès, il a confié savoir à l’époque que des meurtres de masse étaient accomplis à Auschwitz mais a également affirmé, après avoir écouté les témoignages, en avoir appris plus sur les souffrances de la déportation et les cicatrices émotionnelles laissées chez les survivants.

« Ils ont clairement souffert toute leur vie de leur expérience à Auschwitz et de la perte de leurs proches », a-t-il constaté.

Le procès Gröning illustre la sévérité accrue de la justice allemande à l’égard des derniers nazis encore vivants, depuis la condamnation à cinq ans de prison en 2011 de John Demjanjuk, ancien gardien de Sobibor.

Ces procès tardifs contrastent avec le peu de condamnations, à des peines souvent faibles, prononcées pendant des décennies.

Quelque 1,1 million de personnes, dont environ un million de juifs européens, ont péri entre 1940 et 1945 à Auschwitz-Birkenau.

Le 27 janvier, les dirigeants du monde entier ont marqué avec quelque 300 derniers survivants le 70e anniversaire de la libération de ce camp par l’Armée soviétique.