EILAT (JTA) – Zili Grossman s’est occupée des relations publiques de « la moitié des hôtels d’Eilat », dit-elle. Elle était l’attachée de presse du maire. Son travail l’a entraînée dans tous les festivals, bowlings, théâtres et terrains de golf miniature – les attractions touristiques les plus réputées de la station balnéaire. Après un changement de carrière, elle a ouvert une boutique de mode dans le centre-ville.

Aujourd’hui, Grossman divise son temps entre la prise d’appels de personnes dans le besoin et la direction d’une petite équipe de travailleurs humanitaires. Elle est la directrice exécutive d’Eilat Gives, une organisation caritative qu’elle a fondée en 2000. Forte d’un budget annuel de 650 000 dollars, Eilat Gives fournit de la nourriture et une assistance médicale aux plus démunis de la ville.

La transition professionnelle de Grossman a commencé en 2000, alors qu’elle travaillait à la boutique de vêtements pour femmes qu’elle possédait, à quelques pâtés de maisons de la promenade d’Eilat. Un jour, elle a vu un homme en mauvaise santé s’écrouler devant l’entrée du magasin. Elle a appelé la mairie, mais l’homme a succombé avant l’arrivée des secours. En quelques semaines, Grossman a transformé son commerce de vêtements en ce qu’elle appelle un « bureau d’aide sociale ».

Eilat, située à la pointe sud d’Israël, à des centaines de kilomètres et à un monde des rues animées de Tel Aviv et du climat politique tendu de Jérusalem, est connue comme une destination promettant hôtels de luxe, baignades, plongée et bronzage.

Mais pour les habitants de la ville, derrière la promenade, une économie touristique chancelante et la hausse du coût de la vie rendent l’atmosphère de plus en plus incertaine – et incitent certains à partir.
« Nombreux sont ceux qui gagnent beaucoup, et il y a des jeunes qui gagnent 4 000 [shekels] et paient 2 000 shekels de loyer et s’appauvrissent », dit Grossman.

Elle ajoute : « Eilat est un cas particulier parce qu’elle ressemble à une ville clinquante, mais combien gagne une réceptionniste ? »

Près de 8 % des résidents ont quitté la ville en 2011, selon le site Ynet, et Eilat a connu une baisse de 73 % des vols étrangers directs en octobre 2014 par rapport à octobre 2013, selon The Marker. Avec un nombre croissant de vols low-cost de Tel Aviv vers l’Europe, les Israéliens choisissent d’autres destinations de vacances.

Eilat est le foyer de près de 50 000 résidents permanents. Elle a été fondée en 1950 comme un avant-poste aux frontières avec l’Egypte et la Jordanie. Elle a reçu le statut de ville en 1959, et à l’époque, elle était essentiellement peuplée de pêcheurs et d’employés portuaires. Aujourd’hui, la cité balnéaire ressemble à une ville israélienne périphérique moyenne, flanquée d’une étiquette touristique. Elle renferme les mêmes maisons en stuc fanées aux toits rouges, les mêmes projets de logement délabrés.

Mais vivre à cinq heures de route de Tel Aviv et Jérusalem présente certaines différences. Les résidents ne paient pas la taxe de vente pour encourager le peuplement. Ils donnent rarement des adresses en donnant des directions : demandez plus loin, disent-ils, et quelqu’un vous indiquera.

« L’isolement nous donne l’impression que nous sommes dans le même bateau », déclare Oren Zadok, le seul technicien de rayons X de la ville, qui a vécu presque toute sa vie à Eilat. « S’il y a une bar-mitsva ou un mariage, un millier de personnes y assistent. Toutes les funérailles sont géantes. Eilat est en réalité un kibboutz. »

En effet, Eilat a une mentalité de petite ville où tout le monde semble se connaître par son prénom. Grossman obtient une tranche de pizza gratuite dans la rue de son bureau. Elle est amicale avec le chauffeur de taxi qui la ramasse à une intersection achalandée.

Les résidents craignent, cependant, que les jeunes ne quittent la ville. Quatre campus universitaires ont ouvert, et sur le plan socio-économique, Eilat se classe globalement au-dessus de la moyenne des agglomérations israéliennes. Cependant, à une si grande distance des grandes villes, Eilat n’offre pas les mêmes possibilités d’éducation et d’emploi que le centre.

« Le fait que vous puissiez étudier ici est merveilleux », déclare Eli Attias, 53 ans. « La question est, d’accord, vous étudiez, mais quand vous obtiendrez votre diplôme, que ferez-vous ? Y aura-t-il du travail ? C’est là le défi. »

Dans l’intervalle, des signes de détresse sont visibles à Eilat. Comme un grand projet de logements chancelant, surnommé les tours « sing-sing », sur l’une des principales rues, bondé de migrants en provenance d’Erythrée et du Soudan, et la multiplication des nécessiteux israéliens. Grossman confie que de nombreux pauvres la contactent.

« Il y a des difficultés économiques, parce que la ville repose principalement sur le tourisme. S’il n’y a pas assez de touristes, les magasins et les restaurants sont touchés », observe Nora Bitton, assistance sociale à Eilat. « Nous n’avons pas reçu de missiles [au cours de la récente guerre], mais nous avons été durement touchés. »

Pour faire face aux difficultés économiques, la municipalité d’Eilat veut faire de la ville un centre commercial et industriel en plus d’une destination touristique. Un grand aéroport international doit ouvrir l’année prochaine. Et des plans sont en cours pour un train à grande vitesse vers le centre d’Israël et un important port.

« C’est un énorme projet d’infrastructure qui offrira à Eilat des connexions terrestres, aériennes et maritimes vers l’Afrique, l’Asie et l’Europe », déclare le maire d’Eilat, Meir Halevi. « Le projet le plus difficile est de construire une infrastructure pour créer des emplois. »

Selon les fonctionnaires de la mairie, de tels projets sont essentiels, mais leur réalisation incertaine. Les résidents soulignent que des plans précédents pour relier par train Eilat à Beersheba et Tel-Aviv ont échoué depuis des décennies.

« Nous sommes très sceptiques », affirme Bitton. « Nous parlons d’un train depuis qu’Eilat a été fondée. »

Si Eilat est loin d’être la municipalité la plus pauvre d’Israël, certaines données dévoilent ses défis. En 2010, un quart des familles d’Eilat étaient monoparentales, le pourcentage le plus élevé parmi les villes de plus de 5 000 familles. Et le salaire mensuel moyen par employé en 2012 était de moins de 3 000 shekels – 23 % inférieur à la moyenne globale israélienne.

« Les conditions sont devenues très difficiles au cours des dernières années», raconte Toni Lis, journaliste du journal local Yediot Eilat. « La hausse du coût de la vie n’a pas épargné Eilat. De plus en plus de gens fouillent les poubelles. Certains doivent choisir entre se soigner et se nourrir. »

Pourtant, malgré la distance du centre d’Israël, les emplois limités et un sentiment croissant de malaise, les Eilatiens restent attachés à leur ville. Attirés par une communauté et un climat chaleureux, pour les résidents, ce dont Eilat a vraiment besoin est d’une reconnaissance du reste du pays.

« Quand je sors d’Eilat, je suis comme un poisson hors de l’eau », affirme Alona Yossef, qui dirige la soupe populaire d’Eilat Gives. « J’aime l’air ici. Il y a une ambiance
animée. »

« La plupart des gens ne savent pas qu’il y a une ville ici. Ils savent qu’il y a des hôtels, mais ils ne savent pas qu’il y a une ville ici, qu’il y a des gens ici. »