Au cours de la Guerre d’Indépendance de 1948, lorsqu’il est apparu que les forces israéliennes allaient se saisir du village d’Ein Kerem, la majorité des Arabes qui vivaient là-bas ont abandonné leurs maisons. Cinq mois après, l’éphémère gouvernement israélien a commencé à installer de nouveaux immigrants venus d’Irak, du Maroc et du Yémen dans les constructions désertées, et très rapidement après, les bulldozers ont commencé à élargir la route principale de la ville.

Selon la légende, lorsqu’un bulldozer s’est attaqué à l’une des bâtisses, deux contenants remplis d’or – dissimulés avant le départ de ses précédents occupants – ont été découverts dans les ruines. Et, poursuit l’histoire, l’or fantôme a tout aussi rapidement disparu – et n’a jamais été retrouvé.

Tous ceux qui ont pu déambuler dans les ruelles d’Ein Kerem comprendront pourquoi cette petite communauté enchanteresse possède en elle ce ‘je-ne-sais-quoi’ qui fait les légendes. Enfin incorporée dans les frontières municipales de Jérusalem, Ein Kerem incarne un anachronisme mystique avec une métropole bruyante et moderne.

Agrémenté de maisons au charme désuet mais captivant, de versants pentus couverts de fleurs sauvages, d’espaces ouverts et d’une vallée verte et luxuriante, le village renvoie à des temps où l’existence était plus sereine.

Hormis sa position – elle est l’un des coins du triangle Jérusalem – Bethléem – son aura pastorale peut être l’une des raisons pour laquelle tant de spécialistes identifient Ein Kerem comme le village biblique de Beit Hakerem : « Fuyez, enfants de Benjamin, du milieu de Jérusalem, Sonnez de la trompette à Tekoa, Élevez un signal à Beth-Hakkérem! » [2 Jérémie 6:1].

Même si cette identification est parfois contestée, les Juifs vivaient certainement dans ce village ancien à l’époque du second Temple : il n’y a pas longtemps, un couple qui effectuait des réparations dans sa maison a découvert un ‘mikveh’ (bain rituel) datant de cette période dans son sous-sol.

Le christianisme désigne traditionnellement Ein Kerem comme étant le lieu de naissance de Saint-Jean-le baptiste, et le site d’une rencontre entre Marie et Elisabeth, la mère de Jean.

L'ancien village d'Ein Kerem est dorénavant un quartier pittoresque du sud-ouest de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

L’ancien village d’Ein Kerem est dorénavant un quartier pittoresque du sud-ouest de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Outre les églises splendides, les envoûtantes petites allées et cette saveur d’un charme unique appartenant aujourd’hui au passé, Ein Kerem peut également s’enorgueillir aujourd’hui de studios artistiques et de cafés qui attirent les touristes du monde entier – les Israéliens aussi.

En effet, au lieu de faire faire aux visiteurs la tournée traditionnelle organisée sur les sites chrétiens du village, nous leur montrons dorénavant les étroites ruelles résidentielles qui abritent des ateliers et des studios d’artisanat ainsi que la galerie/maison de Ruth Tzfati, la plus grande amoureuse du site.

Nous aimons commencer la visite d’Ein Kerem par HaMayan Street, sur un nouveau site qui offre un point de vue adorable sur le complexe hospitalier d’Hadassah, l’Eglise de la Visitation et, à travers la vallée, des pentes pastorales arborant de vieilles maisons de pierre qui datent souvent de plusieurs siècles.

HaMayan street à Ein Kerem. Ce charmant quartier, qui abrite des ateliers est des sites religieux, est dorénavant une destination prisée par les touristes internationaux.  (Crédit : Shmuel Bar-Am)

HaMayan street à Ein Kerem. Ce charmant quartier, qui abrite des ateliers est des sites religieux, est dorénavant une destination prisée par les touristes internationaux. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

L’artiste de renommée mondiale Yitzhak Greenfield fait partie de ce groupe d’artistes fascinants qui vit et travaille à in Ein Kerem, et qui sont heureux de pouvoir y recevoir des visiteurs. Greenfield a immigré depuis New York dans les années 1950 en tant que membre du mouvement Shomer Hatzair et il a vécu dans le kibboutz Gal’on.

Après, accompagné par son épouse, il est parti vivre à Ein Hashofet. Mais Greenfield s’est réinstallé au sein de la communauté pionnière à ce moment-là d’Ein Kerem, il y a un demi-siècle. Et il n’en est jamais reparti.

Artiste depuis l’enfance, il a étudié plus tard aux côtés des artistes et sculpteurs les plus connus dans le monde. Les créations de Greenfield sont notamment exposées, entre autres, au Metropolitan Museum de New-York et au Israel Museum.

Les oeuvres artistiques de Yitzhak Greenfield; habitant d'Ein Kerem, ont été exposées au Metropolitan Museum de New York. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Les oeuvres artistiques de Yitzhak Greenfield; habitant d’Ein Kerem, ont été exposées au Metropolitan Museum de New York. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

L’une de ses spécialités est la gravure, où les images sont faites à partir d’une plaque plutôt qu’avec une brosse. De plus, Greenfield travaille avec de l’huile, de l’acrylique, et de l’aquarelle sur canevas et sur papier.

S’il a enseigné pendant des années auprès du département de la jeunesse au sein du Israel Museum et à la faculté d’Histoire de l’Art à l’Université Hébraïque, il donne aujourd’hui des leçons privées à son studio. Il s’est dernièrement consacré aux paysages et à la kabbalah – Ces thématiques sont évidentes dans les nombreuses oeuvres qu’il expose aujourd’hui.

Il y a quelques années, la Maison des Artistes de Jérusalem a organisé une rétrospective consacrée au travail de Yitzhak Greenfield. « Qu’est-ce qu’une rétrospective exactement ?” ai-je demandé à l’artiste, âgé de 84 ans, lors d’une visite à son studio il y a quelques semaines. Essentiellement, a-t-il répondu, c’est le résumé de toute une vie d’ouvrage.

Eh bien, cette rétrospective des oeuvres de Greenfield pourrait bien être anticipée – l’homme n’ayant pas encore terminé de créer. En effet, affirme-t-il, “j’ai continué à travailler, et je n’ai pas arrêté depuis”.

Le tressage de panier, à BeHefetz Kapea, s'inspire de l'artisanat biblique traditionnel (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le tressage de panier, à BeHefetz Kapea, s’inspire de l’artisanat biblique traditionnel (Crédit : Shmuel Bar-Am)

BeHefetz Kapea est une entreprise qui a été nommée en raison de la phrase biblique “Elle se procure de la laine et du lin, Et travaille d’une main joyeuse ». (behefetz kapea – Proverbes 31:13). Elle a été fondée il y a quatre ans en tant que centre d’artisanat traditionnel par Hadar Kleidman, fille de photographe et artiste ayant créé le Mahane Yehuda.

En remontant jusqu’à l’ère biblique, raconte Kleidman, et en plus de leur travail domestique traditionnel, les femmes travaillaient ensemble pour tisser le fil, fabriquer des vêtements et tresser des paniers. Kleidman a eu le sentiment qu’il était important de préserver l’artisanat et l’esprit dans lequel il a été créé : “Toutes les femmes qui avaient de l’habileté filèrent de leurs mains….” (Exode 35:25).

Des femmes de toutes les sphères de la société et venues de tout le pays sont venues apprendre ces talents anciens. Les promeneurs sont invités à observer les productions en fabrication, avec différents artisanats en fonction des saisons. Le lundi, les femmes peuvent rejoindre des ateliers de travail gratuitement.

Les créations sont mises en vente dans une petite boutique qui a été récemment ouverte.

Les visiteurs peuvent apprendre le tressage de panier, observer le travail et acheter des produits faits à la main à  BeHefetz Kapea. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Les visiteurs peuvent apprendre le tressage de panier, observer le travail et acheter des produits faits à la main à BeHefetz Kapea. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Le joaillier Tzadok Yehuda est installé au coeur du même complexe. Yehuda, découvre-t-on, a travaillé ses créations de bijoux pendant des années avant de découvrir que son grand-père avait été lui-même orfèvre dans son Irak natal.

Yehuda se concentre sur une joaillerie de l’ancien temps et vend ses créations inhabituelles – faites d‘argent, d’or ou d’une combinaison des deux – depuis son atelier.

L'artiste d'Ein Kerem Tzadok Yehuda crée ses joialleries uniques, en or et en argent à Ein Kerem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

L’artiste d’Ein Kerem Tzadok Yehuda crée ses joialleries uniques, en or et en argent à Ein Kerem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Née dans le quartier de Mamilla et élevée à Nahlaot Shiva, Ruth Tzfati ne s’est jamais sentie liée avec Jérusalem. Elle a déménagé dans la région de Sharon, où elle s’est impliquée de manière intensive dans le journalisme.

Il y a huit ans, toutefois, quelque chose l’a fait revenir dans la Ville Sainte. Alors qu’elle déambulait dans les quartiers où elle avait grandi, elle a eu le sentiment de voir Jérusalem pour la toute première fois – avec ce nouveau regard plein d’excitation que peut porter un touriste sur un lieu inconnu.

Elle a parlé aux gens sur les marchés, dans leurs ateliers, dans leurs boutiques, au seuil de leurs maisons.

Sa promesse de rapporter de nouveaux aperçus de la ville aux autres a entraîné la rédaction d’une brochure attrayante consacrée à Jérusalem, remplie de visites inhabituelles, et finalement a résulté dans la publication d’un volume narrant des histoires portant sur la population haute en couleurs de Jérusalem.

Ruth Tzfati dans son domicile d'Ein Kerem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Ruth Tzfati dans son domicile d’Ein Kerem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Particulièrement fascinée par Ein Kerem, Tzfati a décidé d’apporter une touche de ce village dans son habitation adorablement restaurée. Le complexe dans lequel elle se réside appartient à l’artiste Emanual Kleidman, (beau-père d’Hadar de Hefetz KaPea).

Kleidman, qui partage son temps entre l’Europe et Ein Kerem, a produit une large série sur les arbres et les plantes de son jardin. Tzfati affiche quelques-unes de ces œuvres sur ses murs. Egalement exposées dans son salon, les créations d’autres artistes israéliens dont des instruments musicaux magnifiques fabriqués par Shmuel Gafnan (qui a créé la “Crazy House” sur la HaYarkon Street de Tel Aviv.)

Lorsque les gens viennent à s’arrêter, Tzfati leur raconte la manière dont elle vit personnellement Jérusalem et raconte des histoires sur les habitants de cette ville qui, dit-elle, ne cessent de l’étonner.

Parmi eux, il y a Yitzhak Sasson, qui n’a jamais étudié l’art mais qui a toutefois réussi à créer et à vendre des bijoux depuis un simple stand installé sur une voie piétonne et qui est aujourd’hui le propriétaire de l’une des plus importantes bijouteries de Jérusalem.

Ou elle peut évoquer Tzippora Bar Rashi, convertie au judaïsme, qui vit dans une ruelle étroite d’Ein Kerem. Bar Rashi gère son affaire sans électricité.

Ruth Havilio vend ses carreaux à Ein Kerem. Elle a étudié la peinture et le travail de la porcelaine en Israël et à l'étranger.  (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Ruth Havilio vend ses carreaux à Ein Kerem. Elle a étudié la peinture et le travail de la porcelaine en Israël et à l’étranger. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

L’atelier ‘Ruth Hand Painted Tiles and Gifts’, où se vendent carreaux décorés et cadeaux, se situe derrière une porte bleue, avec une enseigne un peu passée.

Ruth Havilio peint depuis qu’elle est très jeune : Son frère possédait un magasin d’antiquités et elle créait des dessins pour les meubles. Plus tard, après des études de conception environnementale à l’Ecole des Arts de Bezalel, Havilio s’est rendue à Paris pour y perfectionner l’art de la peinture sur des carreaux de porcelaine.

Tandis que les artistes arméniens peignent d’abord sur de la glaise, puis ajoutent seulement après du vernis, la technique utilisée par Havilio est différente : Elle peint sur le vernis puis brûle ses carreaux à une température de 800 degrés. Le produit final, comme vous le constaterez vous-même en vous arrêtant là-bas, est superbe.

Parce qu’elle vit à côté de l’atelier, ce dernier est presque toujours ouvert et l’artiste est heureuse d’accueillir des visiteurs.

L'intérieur de la boutique-hôtel l'Alegra. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

L’intérieur de la boutique-hôtel l’Alegra. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Un autre complexe, le long des ruelles charmantes d’Ein Kerem, appartient à l’hôtal Alegra. Il y a presque un siècle, il était habité par un Arabe chrétien qui répondait au nom de Jabra Rahil et à une Juive religieuse, Alegra Bilo.

Lorsqu’ils se sont mariés, en 1929, le père d’Alegra a porté le deuil pendant sept jours, se jetant des cendres sur la tête. Et pourtant le couple semble avoir vécu heureux même après, dans le village arabe d’Ein Kerem.

Restauré il y a quelques années, devenu un hôtel abritant une boutique, il est un lieu à l’atmosphère et à la tranquillité uniques – tout comme le quartier lui-même.

Aviva Bar-Am est l’auteur de sept guides touristiques consacrés à Israël en anglais.

Shmuel Bar-Am est un guide certifié qui propose des tours privés et personnalisés pour les individus, les familles et les petits groupes.