Deux associations de défense des droits de l’Homme ont appelé les enquêteurs du ministre de la Justice à examiner les accusations de violences policières sur Ayman Odeh. Le 18 janvier, ce député de la Liste arabe unie a été blessé durant des manifestations contre des démolitions menées sur ordre judiciaire dans le village bédouin non-reconnu d’Umm al-Hiran.

Le policier Erez Levi, 34 ans, a été tué durant ces altercations après avoir été renversé par le véhicule conduit par un habitant du village, Yaqoub Mousa Abu Al-Qian.

Abu Al-Qian, 47 ans, enseignant et père de 12 enfants, est mort après que les autorités ont ouvert le feu après l’incident qui a coûté la vie à Levi.

Une autopsie préliminaire de Yaqoub Mousa Abu Al-Qian – accusé par les responsables israéliens de terrorisme suite à l’incident – indique que le Bédouin pourrait avoir perdu le contrôle de son véhicule après avoir été la cible des balles des policiers, le blessant au genou.

Certains parlementaires ont réclamé l’ouverture d’une commission d’enquête dans ce dossier.

Lors du violent mouvement de protestation qui a suivi les deux décès, Odeh a été blessé à la tête. Il impute cette blessure à une balle non létale, dont l’extrémité était recouverte de mousse, et qui aurait été tirée par la police.

Dans un communiqué publié lundi, le Comité public contre la torture en Israël et Adalah, une organisation d’assistance juridique arabe, ont annoncé avoir fait appel au Département des affaires internes de la police (DIP) pour qu’une enquête soit menée sur les motivations et les moyens mis en œuvre par la police lors de cet incident.

Le véhicule qui a renversé des policiers et tué l'un d'eux dans le village bédouin non reconnu d'Umm al-Hiran, dans le désert du Néguev, le 18 janvier 2017. (Crédit : police israélienne)

Le véhicule qui a renversé des policiers et tué l’un d’eux dans le village bédouin non reconnu d’Umm al-Hiran, dans le désert du Néguev, le 18 janvier 2017. (Crédit : police israélienne)

« Les actes décrits [dans la plainte des associations] laissent penser que l’usage de la force et l’utilisation des armes à feu étaient illégaux. Les actions des policiers ont violé la loi israélienne et constituent une atteinte à un droit fondamental : le droit à la dignité humaine et à la liberté », indique la plainte.

La police n’a pas encore apporté de réponse précise aux accusations d’Odeh, reprises dans ce dernier document.

Selon les associations, qui reprennent le témoignage d’Odeh lui-même, le député se trouvait aux côtés d’un groupe de militants dans ce village du sud du pays dans la matinée du 18 janvier lorsque, peu de temps après l’arrivée de la police sur le site pour préparer les démolitions, des coups de feu ont été entendus – probablement au moment où l’incident à la voiture-bélier se déroulaient dans une autre partie du village.

Odeh et les militants se sont dirigés vers la direction des coups de feu mais ont été bloqués par des agents de police. Ces derniers n’ont pas cédé lorsque Odeh a fait état de sa fonction de député, même si les parlementaires bénéficient de manière générale d’une immunité particulière dans des cas similaires.

Puis, selon le communiqué, les agents ont commencé à frapper les militants et à les insulter, ainsi qu’Odeh.

Un agent a utilisé du gaz lacrymogène sur le député, à bout portant, selon le communiqué, faisant écho aux accusations lancées par Odeh les jours qui ont suivi l’incident.

Les balles recouvertes de mousse, affirment les militants, ont été tirées après que les hommes se soient éloignés des agents. La police aurait également fait usage de grenades aveuglantes, une arme non létale qui produit une lumière excessivement éblouissante, en direction des militants.

Odeh a ensuite été brièvement hospitalisé au Centre médical Soroka de Beer Sheva après avoir été touché à la tête et au dos. Les médecins ont qualifié ses blessures de légères.

Certains agents de police ont suggéré qu’Odeh n’avait pas été touché par les tirs des forces de l’ordre mais par des pierres jetées en sa direction par inadvertance par des manifestants.

Le député Ayman Odeh, au centre, de la Liste arabe uni, entouré d'autres dirigeants de la communauté arabe israélienne sur les lieux d'une émeute, dans le village bédouin d'Umm al-Hiran, où Odeh a été blessé, le 18 janvier 2017. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israël)

Le député Ayman Odeh, au centre, de la Liste arabe uni, entouré d’autres dirigeants de la communauté arabe israélienne sur les lieux d’une émeute, dans le village bédouin d’Umm al-Hiran, où Odeh a été blessé, le 18 janvier 2017. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israël)

Les responsables de l’hôpital ont déclaré que les médecins n’avaient pas pu déterminer si Odeh avait été touché par des pierres ou par les balles tirées par les forces de l’ordre.

Les blessures d’Odeh ont également été examinées au centre médico-légal d’Abu Kabir, mais les résultats de ces examens n’ont pas encore été rendus publics.

Dans l’appel au DIP, les associations de défense des droits de l’Homme expliquent que les photos des blessures d’Odeh correspondent bien à celles qui sont causées par des balles en mousse, et que de telles balles ont été trouvées sur le sol à proximité de là où se trouvait Odeh. Les militants ont eux aussi été touchés.

Les agents auraient également dépassé leurs prérogatives lorsqu’ils ont utilisé la force pour retenir un député, note la plainte.

Le document demande également que la police enquête sur son propre service de communication qui, affirme-t-il, a voulu tromper le public sur des aspects déterminants des événements qui se sont déroulés à Umm al-Hiran.

« Annoncer catégoriquement des affirmations non fondées concernant la blessure du député Odeh, soi-disant causée par un jet de pierre, ou affirmer qu’il a été impliqué ou qu’il a encouragé une attaque terroriste présumée à la voiture bélier… Ce sont là des informations mensongères qui ont été volontairement transmises pour tromper le public, et elles atteignent un degré qui peut être considéré comme une incitation [à la haine] à son encontre », dit la plainte.

Samedi, plusieurs députés ont demandé que l’incident soit examiné par une commission gouvernementale élargie.

« Le rapport de l’autopsie d’Abu Al-Qian révèle que la police israélienne est responsable de sa mort et aussi de la mort du policier Erez Levi », a déclaré Zahava Galon, députée et présidente du Meretz, citée par la Dixième chaîne.