Des capitales occidentales et des ONG tentaient mardi dans l’urgence de stopper la « tragédie humaine » marquée par des exécutions présumées de civils à Alep, la deuxième ville de Syrie en passe de tomber totalement aux mains du régime.

L’enjeu humanitaire est immense puisque plusieurs dizaines de milliers de personnes restaient assiégées dans les derniers quartiers rebelles soumis aux bombardements du régime.

« Notre sort est scellé (…) Nous allons mourir ou nous serons arrêtés », a déclaré à l’AFP Ibrahim Abou al-Leith, porte-parole des Casques Blancs, l’organisation des secouristes.

Le sort de ces civils sera de nouveau débattu au Conseil de sécurité de l’ONU, qui tiendra à New York à partir de 12H00 locales.

Cette « réunion immédiate » a été demandée par la France, selon laquelle la situation à Alep est « la pire tragédie humanitaire du 21e siècle », selon son ambassadeur François Delattre.

« Nous devons tout faire mettre fin à l’effusion de sang, pour évacuer la population en toute sécurité et aider ceux qui en ont besoin », a-t-il dit, après que le président François Hollande a reconnu que les pays avaient « trop tardé (pour agir) sur le plan politique ».

Capture d’écran François Delattre (Crédit : YouTube)

Capture d’écran François Delattre (Crédit : YouTube)

Soumis depuis quatre semaines à de violents bombardements aériens et à l’artillerie, les rebelles ont perdu la quasi-totalité de leur ancien bastion d’Alep-Est et sont cantonnés notamment dans le grand quartier d’al-Machad.

Le régime est ainsi sur le point de remporter sa plus grande victoire depuis le début du conflit en 2011.

Mais le porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, Rupert Colville, a fait état « d’informations indiquant que des forces progouvernementales avaient tué au moins 82 civils, dont 11 femmes et 13 enfants » dans des quartiers de la ville septentrionale.

« Des forces progouvernementales ont pénétré dans des habitations et tué les civils qui s’y trouvaient, y compris les femmes et les enfants », a-t-il dit en évoquant également des dizaines de civils « abattus par balles » sur une place.

Le chef du groupe de travail sur l’aide humanitaire en Syrie, Jan Egeland, a également dénoncé « les atrocités commises par les milices victorieuses à Alep ».

‘Tragédie effroyable’

En écho à ces inquiétudes, le Premier ministre français Bernard Cazeneuve a dénoncé une « tragédie humanitaire effroyable » et les « innombrables atrocités » commises par le régime contre les civils qui peuvent constituer selon lui des « crimes de guerre voire des crimes contre l’Humanité ».

La Grande-Bretagne a demandé le départ de Bachar al-Assad, qui s’est illustré selon elle par une « cruauté barbare » envers son peuple.

L’armée syrienne et les forces étrangères qui la soutiennent -notamment des combattants iraniens et du Hezbollah libanais- contrôlent plus de 90 % d’Alep-Est et menaient mardi des opérations de ratissage sans avoir effectué de nouvelles percées majeures, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Dans la vieille ville historique d’Alep, l’armée est entrée pour la première fois dans la célèbre mosquée des Omeyyades, transformée en champ de bataille avec des caisses remplies de munitions et des destructions partout dans la cour, a constaté une journaliste de l’AFP.

‘Enfer’ à Alep

« Alep est dans une situation d’urgence absolue: environ 100 000 personnes sont encore piégées sur un territoire de 5 km carrés », a déclaré à l’AFP la présidente de Médecins du Monde, Dr Françoise Sivignon, appelant à sauver les civils de cet « enfer ».

L’ONG Save the Children s’est inquiétée du sort de « centaines d’enfants (qui se trouveraient) au milieu de ce champ de guerres avec leurs parents, ou rendus orphelins en raison des bombardements ».

Des groupes de défense de la presse ont appelé en outre à l’ouverture d’un passage sûr pour les professionnels des médias bloqués à Alep-Est.

La télévision d’Etat syrienne a diffusé des images filmées dans les quartiers repris aux rebelles: des ruines et de gravats à perte de vue.

Quittant cette zone, plusieurs centaines d’hommes et de femmes de tout âge, formaient une file sans fin et avançaient à petits pas, certains emmitouflés dans des couvertures ou des manteaux, portant leurs enfants en bas âge et leurs maigres possessions dans des sacs en plastique.

La reprise totale d’Alep, divisée depuis 2012, va permettre au régime de contrôler les cinq plus grandes villes de Syrie, avec Homs, Hama, Damas et Lattaquié. Un revirement qui n’aurait pas été possible sans le précieux soutien de Moscou, allié indéfectible de Damas.

En quatre semaines, l’offensive a coûté la vie à plus de 463 civils à Alep-Est selon l’OSDH, tandis que 130 civils étaient tués par des tirs rebelles dans l’ouest d’Alep. Plus de 130 000 civils ont fui les quartiers Est.

Le conflit en Syrie a fait depuis mars 2011 plus de 310 000 morts et jeté hors de leurs foyers plus de la moitié de la population.