Des bombardements et des combats ont été signalés samedi matin dans une ville du centre du Yémen, malgré la trêve humanitaire entrée en vigueur quelques heures plus tôt afin de permettre aux agences humanitaires de convoyer de l’aide.

Des avions de la coalition menée par l’Arabie saoudite ont frappé des positions rebelles dans la ville de Taez (centre) tôt samedi matin, ont rapporté des témoins.

Deux raids aériens ont ciblé des positions des rebelles chiites Houthis dans la rue Arbaeen de cette ville, où avaient lieu des affrontements entre les insurgés soutenus par l’Iran et les combattants fidèles au président en exil Abd Rabbo Mansour Hadi.

Des témoins ont également indiqué que les Houthis avaient bombardé plusieurs quartiers de Taez.

L’agence de presse officielle du Yémen, contrôlée par le gouvernement en exil, a accusé les Houthis et les troupes loyales à l’ancien président Ali Abdallah Saleh d’avoir envoyé des renforts à Taez avant la trêve.

Toutefois, hormis les raids à Taez, aucune autre frappe n’a été signalée à travers le pays après l’entrée en vigueur de la trêve.

Elle a débuté vendredi à 23h59 locales (20H59 GMT) et est supposée durer jusqu’à la fin du ramadan, mois de jeûne pour les musulmans, prévue le 17 juillet.

Dans une déclaration unanime vendredi, les 15 pays membres du Conseil de sécurité ont « demandé instamment à toutes les parties prenantes au conflit de faire preuve de retenue au cas où des incidents isolés viendraient rompre cette trêve, et d’éviter toute escalade ».

« Tous les belligérants devront suspendre leurs opérations militaires pendant la pause » et « aucune partie prenante au conflit ne doit profiter de la pause pour déplacer des armements ou s’emparer de territoires », a aussi affirmé le Conseil.

Il a demandé « à toutes les parties de faciliter la livraison urgente d’aide humanitaire dans tout le Yémen ».

Des belligérants avaient exprimé leurs doutes sur l’engagement de la partie adverse à respecter la trêve alors que les avions de la coalition menée par l’Arabie saoudite ont continué vendredi à bombarder la rébellion chiite des Houthis, qui s’est emparée de vastes territoires dans le pays.

‘Nous sommes prêts’

« Nous sommes prêts. Nous étions même prêts avant que la trêve soit déclarée » par les Nations unies jeudi, a expliqué à l’AFP Abeer Etefa, porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM). C’est « notre dernier espoir », a-t-elle ajouté, précisant que deux bateaux remplis de nourriture et de carburant croisaient au large d’Aden.

Le PAM est parvenu depuis une semaine à livrer 9.000 tonnes de nourriture à son entrepôt au Yémen et la trêve est maintenant nécessaire pour pouvoir distribuer cette aide ainsi que pour « atteindre toutes les régions du Yémen, peu importe qui les contrôle », d’après Mme Etefa.

Selon elle, près de quarante camions, partis en deux convois vers Aden et Saada, n’ont pas encore pu atteindre leur but à cause de l’état des routes et des problèmes de sécurité.

« Il est impératif et urgent que l’aide humanitaire atteigne toutes les personnes vulnérables (…) tout au long de la trêve », a déclaré un porte-parole de l’ONU, Stéphane Dujarric, plus d’une semaine après l’inscription du pays au niveau maximal d’urgence sanitaire.

Selon l’ONU, 80% de la population –soit 21 millions de personnes– ont besoin d’aide ou de protection et plus de 10 millions ont du mal à se nourrir ou à trouver de l’eau potable à cause d’un conflit qui a fait plus de 3.200 morts, dont une moitié de civils, depuis la fin mars.

Une précédente trêve à la mi-mai avait duré cinq jours mais les combats avaient ensuite repris de plus belle et n’ont pas cessé depuis.

‘Peu d’espoir’

Peu avant le début annoncé de la trêve, le chef des rebelles Abdel Malek al-Houthi a fait savoir qu’il nourrissait « peu d’espoir » quant à son « succès », ajoutant qu’il dépendait « de l’engagement du régime saoudien et (…) d’un arrêt total de (son) agression ».

Soutenus par l’Iran et aidés par des unités de l’armée restées fidèles à l’ex-président Ali Abdallah Saleh, les Houthis ont pris Sanaa et plusieurs régions du nord, du centre et de l’ouest du pays.

Après s’être emparés de la capitale en septembre, ils ont avancé et poussé à l’exil le président Hadi, qui a trouvé refuge en Arabie saoudite, déclenchant le 26 mars une campagne de raids aériens menée par Ryad.

Les Houthis « sont maîtres dans l’art de la ruse, même avec la communauté internationale. Leurs groupes militaires sur le terrain ne montrent pas de bonne volonté, ni un engagement sincère à solidifier une trêve humanitaire », a affirmé à l’AFP le ministre yéménite des droits de l’Homme, Ezzedine al-Asbahi, lui aussi en exil à Ryad.

« Je crois que la coalition n’a reçu (…) aucune preuve d’engagement de l’autre partie », a abondé un responsable saoudien sous couvert de l’anonymat. « Nous pensons que cette pause sera inutile. »