Des centaines d’Israéliens ont manifesté samedi soir aux abords du domicile du procureur Général Avichai Mandelblit sur sa gestion des enquêtes criminelles contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Les manifestants, qui organisent des rassemblements hebdomadaires depuis plus de deux semaines, ont également dénoncé un jugement de la Cour suprême interdisant les manifestations aux abords des habitations des responsables publics.

Au cours de son rassemblement à Petah Tivka, les manifestants ont raillé ce qu’ils ont qualifié de tactiques de temporisation de la part du procureur général dans les enquêtes pénales qui visent Netanyahu et son épouse. Scandant des slogans comme « le Procureur général du couple royal », ils ont accusé Mandelblit de protéger le Premier ministre d’éventuelles poursuites selon les informations parues dans les médias israéliens.

Les manifestants ont également scandé « Menny Naftali est un héros national » en référence à l’ancien gardien de la résidence du Premier ministre qui avait pris la tête des rassemblements hebdomadaires demandant à Mandelblit d’agir contre la famille Netanyahu.

Naftali, qui a reçu 170 000 shekels en dommages et intérêts au mois de février après qu’un tribunal des prud’hommes a reconnu ses accusations de mauvais traitements de la part de Sara Netanyahu lorsqu’il était employé, a eu un bras cassé durant une manifestation devant le domicile du procureur général il y a deux semaines.

Malgré une lettre de la part du conseiller juridique de la Knesset Eyal Yinon lundi avertissant les législateurs de ne pas participer aux rassemblements organisés près des habitations des personnalités publiques, un certain nombre de législateurs de l’opposition se sont rendus à celui de samedi, notamment les parlementaires Omer Berlev, de l’Union sioniste, et Zehava Galon, Tamar Zandberg et Michal Rozin du Meretz.

La députée du Meretz Michal Rozin lors s'une session d'une commission de la Knesset, le 14 sécembre 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La députée du Meretz Michal Rozin lors s’une session d’une commission de la Knesset, le 14 sécembre 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ces manifestations surviennent après que la Cour suprême a estimé qu’en dépit du fait que les mouvements de protestation sont une composante importante et centrale de toute société démocratique, la tactique ne doit toutefois pas être utilisée pour exercer une pression inappropriée sur les fonctionnaires en les harcelant dans leurs résidences privées.

« Le droit à manifester est un droit fondamental de tous les citoyens dans un état démocratique et nous ne permettrons à personne de limiter [ce droit] », a expliqué Rozin du Meretz. « Nous sommes ici ce soir aux côtés des manifestants qui réclament que la justice s’applique dans notre pays. Nous ne permettrons pas à la police de continuer à semer la peur à travers la violence, les arrestations et les amendes ».

Rozin a également déclaré que les mesures adoptées contre les manifestants entrent dans le cadre d’une campagne lancée par Netanyahu dans le but de les « délégitimer ».

« Les tentatives menées par Netanyahu pour délégitimer et dépeindre les mouvements de protestation comme un putsch soulignent sa crainte d’un éveil civil légitime », a-t-elle expliqué.

Fin mars, le ministère de la Justice a décidé de renforcer la présence des forces de sécurité devant l’habitation du procureur général, deux mois après l’annonce par Mandelblit du lancement d’une enquête pénale impliquant Netanyahu.

Des graffitis sur la maison de Mandelblit avaient aussi été remarquées par les voisins et les passants : « La prison pour les corrompus », « collaborateur » et « champagnes  » – en référence à l’une des enquêtes de Netanyahu_ qui aurait accepté des cadeaux de valeur de la part d’hommes d’affaires américains, le mot juxtaposé au symbole du dollar.

Un gardien permanent de la sécurité a été posté aux abords de son habitation en plus d’autre mesures sécuritaires non-spécifiées.

Benjamin Netanyahu (au centre), Gilad Erdan (à gauche) et Avichai Manderbilt (Crédit : Emil Salman/POOL/Flash 90)

Benjamin Netanyahu (au centre), Gilad Erdan (à gauche) et Avichai Manderbilt (Crédit : Emil Salman/POOL/Flash 90)

Le procureur général – ancien secrétaire de cabinet du Premier ministre – supervise deux enquêtes pénales séparées contre Netanyahu, connues sous les noms d' »Affaire 1 000″ et d' »Affaire 2 000″.

Dans ce qu’ils ont baptisé « l’Affaire 1 000 », les policiers enquêtent sur des cadeaux coûteux offerts à Netanyahu et à sa famille par le magnat de cinéma américain-israélien Arnon Milchan.

Netanyahu et son épouse auraient démenti que ces cadeaux puissent entrer dans le cadre d’un délit pénal, affirmant que la valeur des objets a été significativement inférieure que ce qui a été rapporté et qu’il s’agissait de « broutilles » offertes entre amis proches.

Dans « l’Affaire 2 000 », la police enquête pour déterminer si le Premier ministre aurait tenté de négocier illicitement avec le propriétaire et l’éditeur du quotidien Yedioth Ahronoth, Arnon « Noni » Mozes, dans le cadre duquel il aurait fait passer une législation qui réduirait la distribution du concurrent du Yedioth, Israël Hayom, en échange d’une couverture moins critique à l’égard de Netanyahu dans le Yedioth. Aucun accord semblable n’a jamais été mis en oeuvre. Netanyahu dément toute malversation.

Jacob Magid a contribué à cet article