En marge d’une vague d’altercations violentes entre soldats israéliens et les habitants de l’implantation de Yitzhar dans le nord de la Cisjordanie, un article israélien a rapporté mercredi que les résidents de cette implantation extrémiste discutaient de la légalité – selon la loi juive – d’attaquer, et même de tuer, des soldats israéliens « dans certaines circonstances ».

Une femme de 22 ans de cette implantation, dont l’identité n’a pas été revélée, a été arrêtée tôt dans la matinée de mercredi sur des soupçons d’incitation, apparemment dans le cadre de ce débat. Son mari a également été convoqué pour un interrogatoire.

Le quotidien israélien Yedioth Aharonoth rapporte que dans une conversation dans le groupe de messagerie fermé de l’implantation, les habitants se sont demandé si la loi juive permet la violence contre les soldats de l’armée israélienne – certains affirmant que la violence, même la force létale, était autorisée lorsque des soldats ont été impliqués dans certaines actions.

Une femme, identifiée dans l’article comme Eliraz Fein, s’est prononcée en faveur du jet de pierres sur des Juifs , » …même si la pierre provoque la mort d’un soldat ». Elle a affirmé que, bien qu’il n’y avait pas de doute sur la légitimité de lancer des pierres sur les Arabes, il était également permis d’en lancer contre les Juifs « dans certains cas ».

Fein a promis de « défendre » publiquement les lanceurs de pierres de l’implantation « contre tout organisme extérieur », et de ne les critiquer en privé que si elle pensait que leurs actions méritaient d’être critiquées.

Un second résident non identifié, qui dit être âgé de 17 ans, affirme que la loi juive [la halakha], permettait la mise à mort d’un soldat s’il était engagé dans une « évacuation nocturne » – en l’occurrence d’un bâtiment d’une implantation.

Il indique que la loi juive permet le meurtre d’un voleur dans certaines situations. Il a fondé son opinion sur le verset 22,2 de l’Exode, qui dit que si un voleur est surpris dérobant lors d’une effraction nocturne « et est frappé de sorte qu’il meurt, » on ne sera point coupable de meurtre envers lui;.

Cependant, le verset suivant précise que si le vol est commis après le lever du soleil, l’assassin du voleur est passible d’une peine.

Le resident non identifié aurait déclaré que l’armee israelienne était soumise à cette même loi si elle devait se présenter dans l’implantation la nuit pour évacuer ou faire démolir des bâtiments, et qu’il n’avait « rien trouvé » indiquant le contraire.

Matériel détruit dans l'implantation d'Yitzhar (Crédit Flash 90)

Matériel détruit dans l’implantation d’Yitzhar (Crédit Flash 90)

La femme et l’adolescent ont été exclus du groupe de la messagerie
d’Yitzhar après l’échange, selon l’article, et certains membres du groupe les ont même signalés à la police.

Un porte-parole de l’implantation juive a declaré : « Nous avons condamné ce genre de propos dans le passé et nous continuerons à les condamner à l’avenir. Les personnes en question sont un mineur et une femme qui se sont laissés emporter par leurs émotions et qui se sont rétractés depuis « .

Commentant cet article dans une interview à la radio israélienne mercredi matin, le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman, qui dirige le parti de droite Yisrael Beytenu, a condamné ce débat en le qualifiant d’ « incitation » et a dit que toute personne discutant de l’assassinat de soldats devrait être poursuivie.

«Si [ce qui est rapporté] est vrai, il s’agit clairement d’incitation, et des mesures doivent être prises à leur encontre », a déclaré Liberman.

Le ministre des Affaires étrangères a qualifié les colons radicaux de groupe « extrémiste marginal, dans certains cas, excentrique » qui malgré sa petite taille a causé « des dégâts immenses » à Israël et à la cause des implantations.

Liberman qui habite lui-même une implantation a ajouté « Ceux qui incitent et parlent d’assassiner des soldats doivent être poursuivis. Nous avons le procureur de l’État, la police et la justice, et nous n’avons aucune raison de laisser ces gens impunis. Nous ne pouvons pas les laisser faire. »

Mardi, le chef d’une école talmudique à Yitzhar que les troupes israéliennes ont investie le mois dernier en réponse à la violence a appelé ses partisans à augmenter « les manifestations pacifiques ».

Le Rabbin Yitzhak Ginsburgh, doyen de la yeshiva Od Yosef ‘Hai, a écrit dans une déclaration qu’il a publiée en ligne. « Nous nous devons de poursuivre et augmenter ces manifestations pacifiques ».

Le bâtiment abritant la yeshiva avait été investi le 10 avril par la police des frontières en punition aux émeutes dans laquelle des habitants de Yitzhar s’en etaient pris à des soldats israéliens et à leurs biens pour protester contre la démolition de constructions illégales dans l’implantation.

Dans sa déclaration, Ginsburgh fait référence à un incident qui s’est produit lundi dans laquelle des proches de victimes d’attentats terroristes avaient chahuté le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors de son discours de la Journée du Souvenir [Yom Hazikaron] pour protester contre la libération de terroristes palestiniens dans le cadre des pourparlers de paix.

Il a également fait allusion aux images publiées la semaine dernière, dans lesquelles un soldat israélien a été vu pointant une arme à feu chargée sur un jeune Palestinien qui l’avait provoqué près d’Hébron.

Dans sa declaration intitulée « Appel public pour augmenter les manifestations publiques pacifiques « , le rabbin Ginsburgh a écrit :
« Nous assistons à une prise de conscience sans précédent. Mais maintenant que nous avons vu ces images et les appels pour la vérité et la justice, nous devons continuer à en faire davantage »,