L’accord de cessez-le-feu conclu entre le président ukrainien Petro Porochenko et Vladimir Poutine a été accueilli avec scepticisme par la branche ukrainienne du JDC [appelé aussi Joint ; le Joint Distribution Commitee est la principale institution humanitaire juive de par le monde].

Son personnel en Ukraine a été placé en situation d’urgence pendant des mois pour tenter d’améliorer la situation désastreuse des personnes touchées par le conflit à l’est de l’Ukraine.

Depuis le début de la lutte armée en avril, près de 2 600 personnes ont été tuées et plus de 340 000 forcées de fuir leurs maisons, dans l’est de l’Ukraine, selon l’ONU.

Il y a des milliers de Juifs parmi ceux qui ont quitté cette région déchirée par la guerre, y compris les quelque 2 000 personnes sous la protection du Joint.

Mais encore 3 100 d’entre elles – personnes âgées, handicapés, enfants défavorisés – sont restées dans leurs maisons et ont souffert pendant des semaines parfois sans eau ni électricité.

Avant la guerre, l’est de l’Ukraine comprenait 27 000 Juifs, selon les estimations de la communauté. Aujourd’hui à Donetsk et à Lougansk, qui toutes deux se sont déclarées républiques indépendantes, quelque 1 600 personnes nécessitent une aide d’urgence, telle que de la nourriture, de l’eau et des médicaments.

De manière assez étonnante, les travailleurs des filiales du JDC – on les appelle les « Hesseds » – continuent à subvenir à leurs besoins et aux 1 500 autres dans la périphérie.

Le Joint a aidé les Juifs de nombreux pays dans les situations de crise extrême au cours des cent dernières années [le JDC existe depuis 1914 et a été créé aux Etats-Unis]. Il est connu pour ses capacités de collectes de fonds rapides ainsi que pour son aide sur le terrain grâce à des efforts de coopération avec les habitants et les autres organisations de protection.

Mais les difficultés rencontrées dans l’est de l’Ukraine d’aujourd’hui représentent un cauchemar logistique et peuvent mettre la vie des « Hesseds » en danger. Le New York Times rapporte que les villes de l’est de l’Ukraine sont bombardées jour et nuit et que des soldats lourdement armés se battent pour des endroits stratégiques.

Le Rabbi Habad Mendel Cohen (tout à droite) (Crédit : autorisation)

Le Rabbi Chabad Mendel Cohen (tout à droite) (Crédit : autorisation)

Lors d’une visite à domicile à l’intérieur d’une ville assiégée, un « Hessed » arrive à vélo dans l’appartement d’une personne pour lui fournir des aliments et des médicaments.

Une fois sur place, il doit puiser de l’eau fraîche à la source d’eau la plus proche – souvent une pompe de caserne de pompiers. Après avoir traîné seaux et containers et être remonté chez son client, il monte sur le toit dans l’espoir d’un faible signal de téléphone portable afin d’appeler sa branche locale du Joint.

Les étagères de la pharmacie sont vides. Il n’y a pas d’insuline pour une femme diabétique âgée. L’appel est lancé par la chaîne des « Hesseds » et bientôt la femme reçoit ses médicaments essentiels.

Les raisons pour lesquelles ces Juifs restent sur place sont simples : ils craignent pour leur sécurité ; ils craignent de perdre leurs biens ; ils sont trop fragiles physiquement ; ou bien ils s’accrochent à l’espoir d’une issue rapide à la crise.

Bien que beaucoup aient immigré en Israël, certains malgré la guerre y croient encore, affirme Oksana Galkevich qui dirige le bureau ukrainien du JDC. « Les Juifs ukrainiens vivent ici depuis longtemps et ont contribué à construire le pays » précise-t-elle.

Pour d’autres, il y a un sentiment d’incrédulité quant à cette situation qui s’est détériorée si sévèrement. « Personne ne croyait jusqu’à récemment que la Russie allait envoyer ses troupes » a résumé Galkevich.

Dans le port de Mariupol, le rabbin Loubavitch Mendel Cohen reconnaît qu’il y a une situation de peur parmi sa communauté. Et cette ville côtière – stratégique – offrirait un pont de terre pour la Russie au sein de la péninsule de Crimée annexée.

« Tout le monde est sûr que dans les prochaines heures ou dans les prochains jours, des combats vont commencer. L’armée ukrainienne est partout, dans la ville et hors de la ville » a déclaré Cohen lors d’un récent voyage en Israël.

Il affirme que la majorité de sa communauté demeure toujours sur place. Et que d’autres sont prêts à partir pour d’autres parties de l’Ukraine ou pour l’étranger. C’est Israël pour les jeunes, et l’Allemagne ou d’autres parties de l’Europe pour les Juifs âgés, explique Cohen. D’ailleurs, précise-t-il, quand la guerre a commencé, seules les personnes âgées sont restées.

Un bénévole Vladimir prépare des sacs d'emballage de denrées alimentaires destinées aux clients. (JDC - Août 2014)

Un bénévole, Vladimir, prépare des sacs d’emballage de denrées alimentaires destinées aux clients. (JDC – août 2014)

Quelque 2 000 « clients » du JDC ont fui l’Ukraine orientale, créant pour le Joint de nouveaux challenges à gérer. En premier lieu, les personnes âgées. Celles-ci sont tributaires à 100 % du Joint. Les pensions auxquelles elles pourraient avoir droit ne les suivent pas dans leur départ. La bureaucratie dans le changement d’adresse d’une pension prend des mois – et ce même sans la guerre.

Cependant, les gens ont commencé à retourner vers les villes libérées par l’armée ukrainienne, estime Galkevich, qui a visité le pays il y a deux semaines.

Les gens qui reviennent chez eux dans des endroits où il y a eu des batailles pendant plus de deux mois retrouvent souvent leurs maisons détruites. La réparation de ces maisons – sans toit, ou endommagées par des explosions et des bombardements, ou encore sans murs intérieurs – est le prochain défi du Joint avant l’hiver qui approche.

Alors que le froid s’installe à la mi-octobre, les propriétaires essaient de commencer les réparations nécessaires, en s’assurant qu’il y a encore des fenêtres, des portes et des toits.

N’ayant ni les fonds, ni les moyens d’accomplir ces rénovations massives, Galkevich explique que le JDC prépare une campagne de collecte de fonds d’urgence pour aider ceux qui choisissent de se réinstaller.

« Ils essaient de refaire leur vie, de revenir à leurs maisons, à leurs familles et à leurs racines », résume Galkevich.