NEW YORK – Quand il s’agit de personnages hassidiques dans des films, le consultant Elli Meyer estime qu’il faut connaître la réalité avant de choisir un barbu au hasard et de lui enfiler un costume sombre…

Meyer, un hassid Loubavitch basé à New York, a raconté qu’à une occasion il avait été embauché pour jouer dans un film, mais avait refusé en apprenant que le tournage aurait lieu le jour de Yom Kippour.

« Qui vous a dit d’embaucher des Juifs ? » aurait dit l’un des producteurs, selon Meyer, mais finalement le tournage avait été reporté.

Meyer fait partie d’une poignée de Juifs issus de milieux orthodoxes qui se sont taillé un créneau inhabituel dans le show-business en tant que consultants occasionnels autour de films et d’émissions de télévision visant à représenter authentiquement la vie juive hassidique.

Ces consultants se retrouvent bien souvent à devoir corriger les idées fausses au sujet des hassidim, mais aussi jouent un rôle de conseil sur ​​la langue, les costumes et l’intrigue, parfois même se plaçant dans des rôles « rabbiniques » pour expliquer la loi juive.

Meyer, 59 ans, a commencé à faire ce travail depuis une décennie.

Aujourd’hui, il est consulté sur une demi-douzaine de spectacles de télévision ou de films. Il estime que ce qui l’a motivé à créer un business de conseil c’est le fait d’être consterné par le manque de rigueur des représentations des Juifs hassidiques.

« Ils pensent qu’ils peuvent utiliser un chapeau Amish et un costume noir, et qu’ils ont créé un hassid » explique-t-il en se référant aux réalisateurs et aux producteurs en général.

Ellie Meyer, un Hassid Habad, consulté sur les films sur les juifs hassidiques. (Ieva Sireikyte Photographie / JTA)

Ellie Meyer, un hassid Loubavitch, consulté sur les films sur les Juifs hassidiques. (Ieva Sireikyte Photographie / JTA)

Isaac Schonfeld, Juif orthodoxe sortant de la Yeshiva Shaar Hatorah dans le Queens, a lui aussi offert ses services pour plusieurs films indépendants.

Plus récemment, Schonfeld a été consulté pour la comédie Apprenti Gigolo, sortie en 2013 [en 2014 en France] et réalisée par John Turturro. Celui-ci incarne un prostitué novice pour des clientes de sexe féminin qui font affaire avec un « maquereau », dont le rôle est joué par Woody Allen. L’une des principales lignes de l’intrigue se concentre sur un amour naissant qui se développe entre le personnage de Turturro et une veuve hassidique solitaire qui l’engage comme masseur.

Schonfeld a convié Turturro et plusieurs membres de l’équipe de tournage à des réunions régulières qu’il met en place à New York appelées « Chulent » et qui sont populaires chez de nombreux anciens hassidim et d’autres personnes qui se situent aux marges du monde haredi.

D’autres connaissances de Schonfeld ont également donné un coup de main. Malky Lipshitz a aidé pour les décors et a briefé Vanessa Paradis, l’actrice qui joue la femme hassidique dans le film. D’autres ont présenté des enregistrements vocaux pour l’acteur Liev Schreiber afin de moduler sa voix dans son rôle en tant que hassid qui cherche à gagner l’affection de la veuve.

Schonfeld a remarqué que certaines personnes ont tendance à croire que les noms israéliens et ultra-orthodoxes sont interchangeables. Schonfeld a recommandé de changer Avital, pour le prénom de la femme, en Avigal.

Mais la nomination des personnages a été un défi mineur par rapport à un autre casse-tête : trouver un mot pour « proxénète » en yiddish pour une scène devant un tribunal rabbinique où le personnage d’Allen est accusé d’avoir fourni un prostitué à une femme hassidique ! Le mot « alfons », rarement voire jamais utilisé dans le langage contemporain hassidique, a exigé un important travail de recherche de la part de Schonfeld.

Mais Apprenti Gigolo n’est pas le seul film du genre. Félix et Meira, un film canadien indépendant – qui devrait sortir prochainement – a également nécessité de nombreuses recherches. C’est l’itinéraire d’une femme hassidique de Montréal, qui s’engage dans une liaison extraconjugale avec un homme non juif.

Plusieurs anciens hassidim ont été consultés pour le film à des titres divers. Rivka Katz, ancienne Loubavitch, a été consultée sur le script, tandis que Luzer Twersky et Melissa Weisz, qui ont grandi dans des écoles Satmar [un groupe hassidique généralement fermé, souvent opposé aux Loubavitch et caractérisé par son antisionisme] ont à la fois joué dans le film et joué le rôle de consultants. Twersky a le rôle du mari de la protagoniste, et Weisz, celui d’une femme hassidique qui est un personnage secondaire du film.

Mais ils ont tous les deux souligné la vraisemblance d’un jeu de scène lors d’un repas de Shabbat.

Jesse Eisenberg-dans Holy Rollers (Crédit : autorisation  de Cinetic Media)

Jesse Eisenberg dans Holy Rollers (Crédit : autorisation de Cinetic Media)

« Le shtreimel [chapeau de fourrure traditionnel] était réel, la bekeshe [redingote] était réelle, la soupe de poulet était réelle » a déclaré Twersky au sujet de cette scène.

Même si elle n’a pas été tournée pendant Shabbat, la scène semblait si authentique que Weisz a déclaré que quelque part, elle se sentait mal à l’aise du fait de s’engager dans une activité comme le cinéma par rapport à une scène de Shabbat.

Mais les consultants de films ne concordent pas toujours l’un avec l’autre sur ce qui est la représentation la plus authentique du monde hassidique.

Sur Twitter, Twersky avait critiqué le film de 2010 Holy Rollers [Jewish Connection en français], avec Jesse Eisenberg dans le rôle d’un étudiant de yeshiva hassidique devenu dealer d’ecstasy, pour ses choix de costumes et pour d’autres défauts dans le film. Il avait tweeté : « Les gars avec des peyos [papillottes] ne portent pas de costumes courts et de chapeaux Fedora ».

Mais Twersky reconnaît que le fait de s’éloigner du portrait authentique du Juif hassidique n’est pas toujours une mauvaise chose : «Nous devons accepter le fait que l’histoire des Juifs hassidiques ne nous appartient pas » déclare-t-il précisant que bien souvent les considérations artistiques entraînent des écarts avec la réalité.

« Personne ne veut voir des gens ordinaires faire des choses ordinaires », explique Twersky. « Sinon ce n’est pas un film ».