Des députés de l’opposition ont accusé samedi la police de « dissimulations ». Ils ont également réclamé une commission d’enquête de l’Etat suite à la mort d’un agent de police et d’un Bédouin qui l’avait renversé avec son véhicule. Ce, alors que les doutes ne cessent de croître sur la nature terroriste présumée de cette attaque, telle qu’elle avait été initialement présentée par les responsables.

Une autopsie préliminaire de Yaqoub Mousa Abu Al-Qian, accusé de terrorisme par des responsables israéliens après avoir renversé avec son véhicule le policier Erez Levi, dans le village d’Umm al-Hiran, entraînant sa mort, indique que le Bédouin pourrait avoir perdu le contrôle de son véhicule après avoir été la cible des balles des policiers, le blessant au genou.

« Le rapport d’autopsie d’Abu Al-Qian révèle que la police israélienne est responsable de sa mort et de la mort du policier Erez Levi », a expliqué la présidente du parti Meretz, Zahava Galon, citée par la Dixième chaîne.

« Il est nécessaire d’établir une commission d’enquête qui révélera le déroulement des événements survenus à Umm al-Hiran, face aux versions contradictoires de la police, et établira les éventuelles incitations [à la haine] contre les députés arabes et toute la population d’Umm al-Hiran », a ajouté Galon.

Abu Al-Qian, 47 ans, enseignant et père de 12 enfants, avait renversé avec son véhicule un groupe de policiers, tuant le sergent Erez Levi, 34 ans, père de deux enfants originaire de Yavneh. Un groupe de gardes-frontières était alors en train de superviser les démolitions menées sur ordre judiciaire dans le village bédouin non reconnu, dans la matinée de mercredi.

Le véhicule qui a renversé des policiers et tué l'un d'eux dans le village bédouin non reconnu d'Umm al-Hiran, dans le désert du Néguev, le 18 janvier 2017. (Crédit : police israélienne)

Le véhicule qui a renversé des policiers et tué l’un d’eux dans le village bédouin non reconnu d’Umm al-Hiran, dans le désert du Néguev, le 18 janvier 2017. (Crédit : police israélienne)

Selon un reportage diffusé vendredi soir par la Dixième chaîne, l’autopsie d’Abu Al-Qian indique qu’une balle l’aurait touché au genou droit. Cette blessure pourrait être à l’origine d’une perte de contrôle de sa jambe, qui se serait retrouvée bloquée sur la pédale d’accélérateur alors qu’il conduisait.

Lorsque Levi a été écrasé par le véhicule, plusieurs agents de police ont ouvert le feu sur Abu Al-Qian. L’autopsie a montré qu’il avait probablement été tué par une balle qui l’a touché au torse, a annoncé la Dixième chaîne vendredi. Il n’a pas succombé immédiatement et s’est vidé de son sang pendant 30 minutes.

Le reportage affirme que la vie d’Abu Al-Qian aurait pu être sauvée s’il avait bénéficié d’une prise en charge médicale immédiate.

Les habitants, des militants et des témoins oculaires avaient affirmé avant le rapport d’autopsie que la voiture conduite par Abu Al-Qiaan n’avait accéléré et touché Levi qu’après des tirs de la police contre le conducteur, entraînant une perte de contrôle du véhicule.

Mais la police et d’autres personnalités publiques, dont le Premier ministre Benjamin Netanyahu, ont insisté sur la nature « terroriste » de l’incident. Ils ont accusé Abu Al-Qian d’entretenir des sympathies terroristes et qualifié l’attaque d’ « acte de terreur » et d’ « assassinat ».

Galon a par ailleurs indiqué samedi que “la culture de dissimulation et de mensonges, d’incitations et les versions contradictoires de la police prouvent que la vie des citoyens arabes a moins de valeur aux yeux de la police. Cette dernière a permis à [Abu Al-Qiaan] d’être saigné à mort. »

Le député Ayman Odeh, au centre, de la Liste arabe uni, entouré d'autres dirigeants de la communauté arabe israélienne sur les lieux d'une émeute, dans le village bédouin d'Umm al-Hiran, où Odeh a été blessé, le 18 janvier 2017. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israël)

Le député Ayman Odeh, au centre, de la Liste arabe uni, entouré d’autres dirigeants de la communauté arabe israélienne sur les lieux d’une émeute, dans le village bédouin d’Umm al-Hiran, où Odeh a été blessé, le 18 janvier 2017. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israël)

Pour sa part, Ahmad Tibi, député de la Liste arabe unie et médecin, a exprimé le même point de vue, demandant une enquête sur les éléments ayant mené à ce que le conducteur blessé ne soit pas immédiatement pris en charge.

« Les conclusions claires exigent que tous ceux qui ont affirmé trop rapidement qu’ [Abu Al-Qian] était un terroriste et qu’il opérait aux côtés de l’Etat Islamique rendent personnellement des comptes », a-t-il dit.

« Une enquête doit être faite pour déterminer qui a donné l’ordre de maintenir [Abu Al-Qian] sur les lieux sans le traitement médical qui aurait pu lui sauver la vie. »

Le député Ayman Odeh, président de la Liste arabe unie, a réclamé qu’Erdan soit sanctionné pour ses propos sur la mort d’Abu Al-Qian.

« Erdan s’est livré à des incitations [à la haine] et il a menti ; et dans un pays moral, il aurait été démis de ses fonctions à l’heure qu’il est », a indiqué Odeh, qui a participé aux manifestations lors des démolitions survenues dans le village bédouin. « Netanyahu et Erdan incitent à la haine contre les Arabes. »

Le député de l’Union sioniste Zouheir Bahloul a également accusé les membres du gouvernement israélien d’avoir utilisé d’incident à des fins politiques.

« Alors que deux innocents ont perdu la vie sans raison, ceux qui sont supposés être nos dirigeants se sont empressés de diviser la société, dans le but de gagner momentanément des points au niveau politique », a expliqué Bahloul.

Ahmad Tibi, à droite, député de la Liste arabe unie, face aux policiers dans le village bédouin non reconnu d'Umm al-Hiran, dans le désert du Néguev, le 18 janvier 2017. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Ahmad Tibi, à droite, député de la Liste arabe unie, face aux policiers dans le village bédouin non reconnu d’Umm al-Hiran, dans le désert du Néguev, le 18 janvier 2017. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

D’autre part, une centaine de manifestants s’est rassemblée au carrefour de Shoket dans le Néguev pour protester contre le refus opposé par le gouvernement israélien de rendre à sa famille la dépouille d’Al-Qian.

Les manifestants ont brandi des panneaux réclamant une commission d’enquête ainsi que le départ d’Erdan, accusé d’avoir affirmé qu’Abu Al-Qian entretenait des liens avec le groupe terroriste Etat islamique, selon le site d’information Ynet.