Le Premier ministre britannique David Cameron a indiqué qu’il comptait s’abstenir lors du vote parlementaire non contraignant lundi, qui vise à demander au gouvernement britannique de reconnaître l’Etat palestinien.

Le Premier ministre a indiqué qu’une issue favorable du vote ne changerait pas la politique étrangère du pays envers les Palestiniens, a rapporté Reuters, citant le porte-parole officiel de Cameron.

« J’ai été assez clair sur la position du gouvernement et elle ne changera pas », a déclaré aux journalistes le porte-parole avant le vote.

Un débat virulent oppose les membres du parti travailliste britannique au sujet des instructions du parti sur le vote en faveur de la reconnaissance de l’Etat palestinien par le gouvernement britannique, indique The Independent lundi. Certains membres menaceraient même de boycotter le vote.

Certains haut gradés du parti se rebellent contre cet ordre émanant de la direction du parti qui exige que tous les membres sans exception soutiennent cette motion. Les députés qui remettent en cause cette directive justifient leur désaccord en soulignant que la reconnaissance de l’Etat palestinien doit uniquement se faire dans le cadre d’un accord de paix général au Moyen-Orient.

Plutôt que d’être obligé de soutenir cette motion, les membres contestataires pensent qu’ils devraient avoir le choix au moment du vote.

Ces haut gradés du parti travailliste auraient eu une discussion avec le leader du parti, Ed Miliband, pour essayer de le convaincre de changer les instructions au sujet du vote qui doit avoir lieu lundi après-midi au House of Commons [la Chambre des communes, la chambre basse du Parlement du Royaume-Uni]. Ed Miliband est lui-même juif et s’est rendu en Israël un peu plus tôt dans l’année. Cette motion sur la reconnaissance de la Palestine a été présentée par le député travailliste, Grahame Morris.

La motion est rédigée ainsi : « Cette Chambre exhorte le gouvernement à reconnaître l’Etat de la Palestine aux côtés de l’Etat d’Israël ».

Les esprits s’échauffent, selon les membres du parti.

« Dire qu’on se dispute serait un euphémisme », explique un membre du parti travailliste au The Independent. « Les gens sont furieux. C’est une tentative de mettre en lambeau 13 ans de politique soigneusement élaborée. C’est complètement fou et cela rend la possibilité qu’une paix soit instaurée encore moins probable ».

Selon l’article du The Independent, le Labour Friends of Israel [les Amis travaillistes d’Israël] mènent une campagne pour convaincre Miliband de revenir sur la manière dont le parti d’opposition devrait prendre position au sujet du vote. Si Miliband refuse, plusieurs membres haut gradés ne se présenteront pas au Parlement au moment du vote.

Ce week-end, Jennifer Gerber, la directrice des Labour Friends of Israel a posté une lettre sur le site de son groupe pour expliquer les raisons de son opposition à la reconnaissance unilatérale de la Palestine.

« L’Histoire nous a prouvé que les mesures préemptives et unilatérales sont contreproductives », écrit-elle.

« Le retrait israélien unilatéral de Gaza en 2005 n’a uniquement mené qu’au conflit et à la violence. Par contre, les négociations – comme celles du Camp David en 1978 qui ont engendré la paix entre Israël et l’Egypte, ou celles qui ont entrainé la signature d’un accord de paix entre Israël et la Jordanie dans les années 1990 – ont démontré leur efficacité dans la durée ».

Cependant, il est important de souligner que de nombreux membres du parti travailliste soutiennent la reconnaissance de l’Etat de la Palestine.

« Après l’invasion de Gaza cet été qui a pris la vie de 2 000 personnes, la poursuite agressive des constructions de colonies et Israël qui tente de miner la position Palestinienne dans les négociations, il est temps de créer une nouvelle situation pour les Palestiniens, il est temps de mettre en place un nouveau niveau de jeu sur le terrain des négociations », explique Andy Slaughter, vice-président des Labour Friends of Palestine and the Middle-East [Les Amis de la Palestine et du Moyen-Orient].

Même si ce vote n’obligera pas le gouvernement à reconnaître formellement l’État palestinien, la motion a galvanisé les membres du parti travailliste israélien. Ils ont envoyé une lettre à leur homologue britannique dans laquelle ils mettent en garde contre les conséquences qu’aurait une reconnaissance symbolique sur l’instauration de la paix.

Le secrétaire général du parti travailliste israélien, le député Hilik Bar, a écrit que bien qu’il reconnaisse la bonne intention de ceux qui soutiennent cette motion, le résultat d’un tel vote serait plus une entrave qu’une aide à la paix.

« Je comprends tout à fait pourquoi autant de personnes souhaitent voter pour quelque chose qui est censée contribuer [positivement] à la paix », écrit Bar. « Mais notre point de vue au parti travailliste israélien est que la reconnaissance unilatérale de l’Etat palestinien ne permettrait pas de faire avancer cette cause vitale ».

« Malheureusement, ces mesures unilatérales font tout simplement le jeu de l’extrême droite israélienne [qui] insinue que nous n’avons aucun partenaire pour la paix, que les Palestiniens ne veulent pas s’asseoir à la table des négociations avec nous », souligne-t-il.

Zahava Gal-on, la dirigeante du parti pacifique Meretz, a condamné la lettre de Bar et a indiqué que son parti pourrait quitter le Conseil parlementaire pour la paix israélo-palestinienne dirigé par Bar, indique Haaretz.

« Meretz considèrera l’annulation de son adhésion au Lobby for the Promotion of a Solution for the Israeli-Arab Conflict [le lobby pour la promotion d’une solution pour le conflit arabe israélien] dirigé par Hilik Bar », annonce-t-elle. « [Toutes ces mesures] du parti travailliste ébranlent la possibilité de promouvoir une solution à deux Etats ».