Plusieurs auteurs candidats au prestigieux Prix Israël et trois juges du panel du prix littéraire ont refusé de revenir sur leur décision de se retirer, malgré le changel du Premier ministre, qui avait évincé deux juges en raison de leurs opinions politiques.

Les auteurs David Grossman, Yitzhak Ben Ner, Sami Michael, Haim Beer et Yigal Schwartz, les juges Chaim Sharir, le professeur Ben-Porat Ziva et le Dr Uri Hollander ont annoncé samedi qu’ils ne prendraient pas part au Prix de cette année, faisant valoir qu’il était entaché par l’ingérence du Premier ministre dans la composition du jury. Ruth Dayan a également retiré sa candidature.

« Malgré les instructions du procureur général au Premier ministre de retirer sa disqualification des juges, l’esprit du Prix Israël et son caractère unique ont été gravement endommagés cette année, et nul ne peut prétendre que rien ne s’est passé », a déclaré Grossman, cité par Haaretz.

Sharir soutient qu’à la lumière du tournant politique pris par le panel du prix littéraire, il « ne voit aucune possibilité dans la situation créée d’accorder le prix avec intégrité ».

Vendredi, deux juges du Prix Israël, écartés par le cabinet du Premier ministre, ont accepté de reprendre leurs fonctions après l’annulation de l’objection de Benjamin Netanyahu à leur participation.

Les littéraires Avner Holtzman et Ariel Hirschfeld, ainsi que le producteur de films Chaim Sharir, avaient été disqualifiés par le bureau du PM en raison de leurs opinions politiques, un geste sans précédent qui a suscité de nombreuses critiques et la démission d’autres juges.

Plusieurs candidats au prix de littérature ont également retiré leur participation, y compris l’écrivain de renom et commentateur politique David Grossman.

Mais Netanyahu est revenu sur sa décision vendredi, après une injonction du procureur général le priant de s’abstenir de prendre de telles mesures à la veille des élections.

Suite à l’annonce et après avoir reçu une demande officielle du ministère de l’Education, les professeurs Holtzman et Hirschfeld ont déclaré à Haaretz qu’ils avaient convenu de revenir faire partie du panel du prix littéraire.

Plus tôt, Holtzman avait déclaré : « S’ils nous le demandent, nous reviendrons probablement. Je pense qu’il est de notre devoir de rétablir le prestige du Prix dans la mesure du possible. »

Il a ajouté qu’il serait également approprié que Netanyahu présente des excuses pour sa conduite la semaine dernière, « mais c’est probablement une attente trop ambitieuse ».

Netanyahu a été confronté à des condamnations en série, accusé d’avoir écarté les juges en raison de leurs orientations politiques.

Weinstein a indiqué au Premier ministre jeudi soir qu’il défendrait sa décision de disqualifier les membres du jury si elle devait être traduite devant la Haute Cour de Justice.

Dans une réponse écrite au message de Weinstein, la conseillère juridique du Bureau du Premier ministre, Shlomit Barnea Fargo, a déclaré que Netanyahu respectait les instructions du procureur général. Elle a ajouté que si Netanyahu devait être réélu, il mettra en place un comité consultatif pour établir de nouveaux critères de nomination des juges du Prix Israël.

Le président Reuven Rivlin a encouragé tous les juges et candidats qui avaient renoncé au concours ces derniers jours à revenir.

« Le Prix Israël nous est cher à tous, membres de droite et de gauche », a déclaré Rivlin dans un communiqué vendredi après-midi.

« C’est un dénominateur commun à toute la société israélienne, l’un des derniers restants, et il représente un consensus rare de notre profondeur spirituelle, culturelle, littéraire et scientifique, et de nos valeurs en tant que peuple. Grâce à lui, la nation chérit ses fils et filles d’élite, et nous devons le préserver et le protéger. »

« Préservons le Prix Israël, pour notre bien à tous », a-t-il ajouté, exhortant les juges et les candidats à revenir.

Jeudi, l’auteur primé David Grossman a rejoint une série de candidats en se retirant de la course pour le Prix de littérature.

Grossman a affirmé à la Dixième chaîne qu’il se retirait en réaction à la « campagne d’incitation du Premier ministre », la qualifiant d’attaque à la « liberté de penser ».

L’auteur, connu pour son activisme politique et son soutien à la solution à deux Etats, a qualifié les actions de Netanyahu de « coup cynique et destructeur qui viole la liberté de penser ».

Dans un post Facebook mercredi, Netanyahu a déclaré que le panel était contrôlé par des juges aux « points de vue extrémistes », à l’extrême gauche de l’échiquier politique, qui encouragent par exemple les soldats à ne pas servir dans l’armée.

Selon lui, le comité doit représenter une plus large section de la population.

Le Prix Israël – dans les catégories littérature, sciences et arts – est décerné chaque printemps le jour de l’Indépendance de l’Etat juif.

Amos Oz, écrivain de renommée internationale, a accusé Netanyahu de tenter de réprimer la liberté d’expression. « Il ne veut pas seulement remplacer le comité, il veut remplacer les écrivains et les juges aussi », a-t-il dit à la Deuxième chaîne. « La vérité est qu’il remplacerait probablement les médias s’il le pouvait. »

Plus tôt cette semaine, le bureau du Premier ministre a déclaré qu’il avait examiné la composition du panel après avoir appris que Hirschfeld avait soutenu les objecteurs de conscience de Tsahal.

A l’explication du Premier ministre, Hirschfeld a répondu : « Le Premier ministre a entrepris de déterminer le degré de sionisme de gens qui consacrent toute leur vie à la culture israélienne. »

Certains dans la communauté littéraire ont qualifié la démarche de Netanyahu de « purge », le comparant à un dictateur soviétique.

L’auteur Sami Michael, qui s’est démarqué de la course cette semaine, a déclaré à Haaretz jeudi qu’il aimerait voir tous les nominés au prix de littérature retirer leur candidature pour protester contre l’ingérence de Netanyahu.

« Je suis conscient qu’il y a une atmosphère laide dans le monde littéraire, » a-t-il déclaré au journal. « Mais il est très dangereux pour un politicien, si haute soit sa position, d’endosser la tâche de nettoyer les écuries littéraires. »

Le parti Union sioniste a déposé une plainte jeudi auprès du bureau du contrôleur de l’Etat sur l’intervention de Netanyahu.

L’AP et l’AFP ont contribué à cet article.