L’organisation clandestine sioniste Haganah, active sous la Palestine mandataire, espionnait les réunions de la Commission Peel dans un hôtel de Jérusalem en 1936-1937, selon les révélations d’un reportage télévisé diffusé samedi soir.

Ses membres s’empressèrent de construire des dizaines d’implantations juives, réalisant que la Commission ne garantirait aux Juifs la souveraineté que sur une minuscule portion du territoire.

La Commission, dirigée par Lord William Peel, fut mise en place afin d’enquêter sur les origines des agitations en Palestine. Ses conclusions recommandèrent une partition de la Terre Sainte.

De fin 1936 à mi-1937, ses réunions se tinrent dans le Palace Hotel près de la Vieille ville de Jérusalem. L’hôtel fut construit sous les ordres du Grand Mufti de Jérusalem de l’époque, Haj Amin al-Husseini, un vif opposant à l’établissement d’un État juif, qui deviendra plus tard collaborateur de l’Allemagne nazie.

La Haganah plaça en cachette des appareils dans des chandeliers de l’hôtel, précise le reportage, se servant de l’expertise de deux responsables de la construction de l’immeuble – un ingénieur du nom de Baruch Katinka et un expert en communications téléphoniques, Yeshayahu Finesod.

Des proches des deux hommes et des universitaires ont raconté l’histoire sur la dixième chaîne de télévision, lors d’un reportage coïncidant avec la réouverture cette semaine du Palace Hotel, reconstruit pour plus de 100 millions d’euros et renommé Waldorf Astoria Hotel.

En écoutant les délibérations de la commission, les dirigeants sionistes comprirent de mieux en mieux qu’ils risquaient de n’obtenir que des zones relativement petites du territoire disputé.

Ils dépêchèrent alors les pionniers juifs pour prendre le contrôle physique du territoire, déjà acheté par le Fonds National Juif, en construisant 52 implantations selon la stratégie « Tour et Muraille. »

La philosophie de base fut que partout où les Juifs auraient établi une présence physique, ils auraient plus de chance d’obtenir la souveraineté en cas de partition de la Palestine mandataire. Cette intuition se révéla juste lors du plan de partage de novembre 1947.

Le reportage ne précise pas le contenu spécifique des conversations piratées. Les proches des deux responsables de la Haganah mentionnés ne donnent pas non plus de détails sur les opérations d’espionnage.

Ils ajoutent d’ailleurs avoir dû garder le secret pendant de nombreuses années.

Le reportage note à quel point il est ironique que l’hôtel faisant la fierté et la joie d’un mufti antisioniste ait été victime d’espionnage ayant contribué à consolider la présence juive en Terre Sainte.