JTA — Le plus grand think-tank sécuritaire d’Israël a publié un plan redessinant la carte de Cisjordanie, avec pour objectif de consolider les implantations majeures et d’empêcher la création d’autres implantations.

Le plan qui a été présenté lundi au président israélien Reuven Rivlin dans le cadre de l’examen straégique annuel realisé l’Institut d’études sur la sécurité nationale appelle le gouvernement à permettre les constructions dans les blocs d’implantations et à Jérusalem. En même temps, il recommande l’arrêt des constructions dans 90 % du territoire, sauf au sein des implantations majeures.

En présentant le plan, les chercheurs Assaf Orion et Udi Dekel ont affirmé que les négociations avec les Palestiniens ne mèneraient probablement pas à un accord de statut définitif. Avec des relations dans l’impasse, ont-ils averti, Israël se dirige vers un seul et unique état binational avec les Palestiniens, ce qui vient menacer son identité juive et démocratique.

C’est une analyse qui vient faire écho à un discours qui a été prononcé le mois dernier par le secrétaire d’Etat John Kerry, à la différence toutefois que l’institut israélien ne prône pas de pourparlers directs entre Israël et les Palestiniens qui pourraient déboucher sur un accord. Le plan ne vient pas non plus résoudre ce que Kerry a appelé “toutes les questions en suspens”.

Pour préserver les possibilités de choix d’Israël, dont celle de la création d’un état palestinien, ont affirmé les chercheurs, le gouvernement doit mettre en oeuvre ce plan en coordination avec la prochaine administration du président élu américain Donald Trump, qui a d’ores et déjà signalé qu’il ne ferait pas pression sur Israël en ce qui concerne les implantations ou d’éventuels pourparlers avec les Palestiniens.

Amos Yadlin, former director of military intelligence, Jan 2012. (photo credit: Gideon Markowicz/FLASH90)

Amos Yadlin, ancien dirigeant des Renseignements militaires de l’armée israélienne, en 2012. (Crédit : Gideon Markowicz/Flash90)

Amos Yadlin, directeur de l’institut et ancien chef des renseignements militaires israéliens, explique à JTA qu’il a approuvé ce plan, et ajoute qu’Israël va bénéficier d’une nouvelle “fenêtre d’opportunité » avec Trump.

“Israël doit saisir la chance de l’arrivée d’une nouvelle administration avec une nouvelle approche pour promouvoir le remodelage indépendant de ses frontières, même si les Palestiniens s’en tiennent encore à leur position extrême », a-t-il expliqué.

Les principaux changements, selon le plan de l’Institut, surviendraient dans la Zone C, placée sous contrôle israélien depuis les accords d’Oslo en 1993 et qui représente 60 % de la Cisjordanie. Outre l’attribution de 17 % de la zone aux blocs d’implantations – où vivent 86 % des habitants des implantations – Orion and Dekel suggèrent d’utiliser 42 % du secteur pour le développement au profit des Palestiniens et jusqu’à 33 % pour la protection des sites sécuritaires “vitaux”, dont la vallée du Jourdain.

Le reste de la Zone C conserverait son statut actuel, et les habitants des implantations seraient encouragés à se réinstaller dans les principaux blocs.

L’Autorité palestinienne administrerait les centres de regroupement majeurs de la population palestinienne dans les zones A et B, qui comprennent 40 % de la Cisjordanie et accueillent 99,7 % des Palestiniens. Mais les Israéliens conserveraient le droit d’intervenir dans ces secteurs si cela devait s’avérer nécessaire.

Le statut de Jérusalem, qu’Israël gère comme sa capitale mais que les Palestiniens revendiquent comme étant la leur, ne changerait pas. La majorité des pays dans le monde considèrent comme illégales les constructions israéliennes en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, ce qu’Israël conteste vivement.

Orion et Dekel ont recommandé que l’état juif et la communauté internationale puissent promouvoir la sécurité et le développement en Cisjordanie. Cette initiative pourrait venir soutenir la légitimité déclinante de l’Autorité palestinienne dans les rues cisjordaniennes et aider à préparer la société à d’éventuelles négociations portant sur un statut définitif, ont-ils ajouté.

Une alternative, selon eux, serait qu’Israël prenne des “initiatives indépendantes“ visant à se séparer des Palestiniens au niveau politique.

La Bande de Gaza, gouvernée par le Hamas, serait gérée séparément, idéalement avec une combinaison de dissuasion militaire, de sécurité aux frontières et de développement.

Des partisans du Hamas pendant le rassemblement célébrant le 29e anniversaire du groupe terroriste, à Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le 11 décembre 2016. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Des partisans du Hamas pendant le rassemblement célébrant le 29e anniversaire du groupe terroriste, à Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le 11 décembre 2016. (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Yadlin explique que l’Institut d’Etudes sur la Sécurité Nationale a longtemps accordé sa préférence à un accord de statut final négocié avec les Palestiniens, mais qu’il a conclu cette année que les perspectives de réussite d’une telle convention étaient passées de “très médiocres” à “nulles”.

Le plan présente des éléments qui sont susceptibles de satisfaire tant la gauche que la droite sur l’échiquier politique israélien, selon ses architectes.

Malgré un glissement à droite au cours des dernières décennies, déclare Yadlin, l’opinion publique israélienne est “prête à prendre en considération” le plan de l’Institut parce que la gauche a abandonné “l’illusion” de l’existence d’un partenaire Palestinien désireux de réaliser la paix. Par ailleurs, la droite ne supporte plus le statu quo.

Citant en tant qu’exemple du nouvel état d’esprit de la droite la proposition faite par le ministre de l’Education Naftali Bennett, qui prône l’annexion de la Zone C par Israël, il rappelle que les Palestiniens auraient besoin d’une partie de ce territoire pour créer une entité politique viable.

Naftali Bennett, chef du parti HaBayit HaYehudi et ministre de l'Education pendant la conférence diplomatique du Jerusalem Post, à Jérusalem, le 23 novembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Naftali Bennett, chef du parti HaBayit HaYehudi et ministre de l’Education pendant la conférence diplomatique du Jerusalem Post, à Jérusalem, le 23 novembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Les Israéliens “veulent, à la base, voir appliquée une solution à deux états, avec un pays juif, démocratique et sûr, mais pas selon les paramètres palestiniens », a dit Yadlin.

Idéalement, ajoute-t-il, les Palestiniens pourraient coopérer avec le plan développé par l’institut et reprendre finalement les négociations visant une solution à deux états.

Le gouvernement devrait laisser de toute façon cette possibilité ouverte pour repousser les condamnations internationales, comme la résolution anti-implantations adoptée devant le Conseil de sécurité aux Nations unies dont les Etats Unis ont autorisé le passage le mois dernier, indique-t-il. Mais si les Palestiniens devaient ne pas transiger, ajoute Yadlin, Israël pourrait redessiner ses frontières de façon unilatérale pour en exclure le plus grand nombre.

Le secrétaire d'Etat américain John Kerry expose sa vision de la paix entre Israéliens et Palestiniens, au département d'Etat de Washington, D.C., le 28 décembre 2016. (Crédit : Paul J. Richards/AFP)

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry expose sa vision de la paix entre Israéliens et Palestiniens, au département d’Etat de Washington, D.C., le 28 décembre 2016. (Crédit : Paul J. Richards/AFP)

“Je ne fais pas partie de ces gens qui sont terrifiés par la menace démographique [que les Juifs soient dépassés en nombre par les Palestiniens dans un seul état]. Je pense que c’est la plus grande erreur de Kerry,” déclare Yadlin, se référant à l’allocution du secrétaire d’Etat qui a averti que si le pays ne renonçait pas à son contrôle des Palestiniens, « Israël ne pourrait être Juif et démocratique – il ne pourrait pas être les deux ».

Shlomo Brom, qui est à la tête du département des recherches israélo-palestiniennes à l’Institut d’études sur la sécurité nationale, a dit pour sa part à JTA qu’il ne pense pas que le gouvernement israélien puisse accepter le plan soutenu par Yadlin. Tous les gouvernements de droite depuis les années 2000 ont évité de redessiner les lignes autour des implantations, ajoute-t-il, et “aucun n’était autant de droite que celui qui nous gouverne maintenant”.

Brom explique que les Palestiniens ne coopéreraient probablement pas si le plan était appliqué, parce qu’ils verraient leur potentiel futur état s’évanouir sans avoir engrangé de véritables profits. Il ajoute qu’il serait problématique du point de vue de la loi internationale qu’Israël en vienne à changer les termes des accords d’Oslo sans le consentement préalable des Palestiniens.

Le meilleur espoir pour ébranler le statu quo et sauver la solution à deux états, selon Brom, est l’ascension d’une alternative centriste viable au gouvernement de Netanyahu et l’intensification des pressions internationales exercées sur Israël.

Pour un gouvernement désireux d’une solution à deux états, la solution la plus simple serait de faire de la barrière de sécurité israélienne la frontière provisoire – permettant la construction d’implantations à l’Ouest, et interdisant toute construction à l’est, affirme Brom.

Israël pourrait alors commencer à faire des démarches aboutissant à la création d’un état palestinien, de façon unilatérale et en coordination avec les Palestiniens – ce qui pourrait faciliter l’obtention d’un accord de statut définitif, dit-il. Brom recommande de transformer le principe adopté à Oslo selon lequel “Rien ne sera convenu avant d’avoir convenu de tout”, par “ce qui est convenu et peut être mis en oeuvre sera réalisé”.

Comme Yadlin, Brom indique ne pas croire que la disparition d’une solution à deux états signerait l’avènement d’une catastrophe démographique en Israël. Mais, selon lui, le terrorisme poussera probablement les gouvernements à adopter une gouvernance militaire sans fin face à la population israélienne dépourvue d’état, ce que le monde considérerait comme une forme d’apartheid.

Et c’est malheureusement, affirme Brom, l’issue la plus probable.

Dans environ deux semaines, le ministre de la Défense Avigdor Liberman, le chef d’Etat-Major de l’armée israélienne, le lieutenant-général Gadi Eizenkot et d’autres hauts responsables de la sécurité devraient dévoiler leurs évaluations nationales dans ce domaine lors d’une conférence internationale accueillie par l’institut.