Certains usagers du tramway n’avaient aucun problème d’être surpris pantalon baissé dimanche soir à Jérusalem. En fait, ils se sont volontairement débarrassés du vêtement dans un spectacle d’improvisation qui devait coïncider avec des farces similaires le même jour dans d’autres villes partout dans le monde.

Apparemment inconscients de la température extérieure de 4°C, quelque 50 jeunes ont fait plusieurs fois l’aller-retour entre les deux terminus du tramway de Jérusalem, en sous-vêtements. Lisant, bavardant avec des amis, vérifiant leurs smartphones, ils ressemblaient à des usagers réguliers, hormis un petit détail : l’absence de pantalon.

Le « No Pants Subway Ride » est un événement international organisé chaque année en janvier depuis 2002 dans les villes dotées de métro et de trains légers. Conçu à l’origine par Improv Everywhere, un collectif basé à New York, Jérusalem a eu droit à cette distraction ces trois dernières années.

« En fait, nous venons d’apprendre que c’est la quatrième année consécutive, pas la troisième, » dit Bozo, l’un des organisateurs de la farce. « Cela devait se produire il y a quatre ans, mais seulement trois personnes se sont présentées. »

Bozo, un animateur de 30 ans qui divise son temps entre Jérusalem et Berlin, participe à Improv Israël, un groupe de personnes partageant les mêmes idées, qui se connectent via les médias sociaux, et dont le seul spectacle majeur d’improvisation a été jusqu’ici le No Pants Train Ride.

Les membre d'Improv Israel dans le tramway de Jérusalem en sous-vêtement pour le No Pants Train Ride le 11 janvier 2015. (Crédit : Nati Shohat/Flash 90)

Les membre d’Improv Israel dans le tramway de Jérusalem en sous-vêtement pour le No Pants Train Ride le 11 janvier 2015. (Crédit : Nati Shohat/Flash 90)

Vêtus de chapeaux d’hiver sauvages et ludiques, de chandails et de foulards pour compléter leurs sous-vêtements tout aussi colorés, les participants racontent aimer cela, car le but vise seulement à s’amuser.

« Le fait est qu’il n’y a pas de but. C’est la seule activité vaine, apolitique, que les habitants de Jérusalem ont connue depuis longtemps », observe Bozo, se référant à la réputation de la capitale israélienne pour son sérieux.

« Il s’agit de rien de plus que de rire, de faire les fous et de faire naître un sourire sur les visages des gens », dit un autre organisateur, « Kwak », venu de Sde Warburg, un moshav situé au nord de Kfar Saba, pour l’événément. (L’affinité de Kwak pour les fantaisies n’est pas surprenante ; Sde Warburg a tenu le record mondial Guinness 2007 de la plus grande salade du monde.)

Si nos originaux se comportaient normalement à bord du train, l’ambiance au point de rassemblement du groupe au Kikar Sion, et plus tard sur la plateforme de la rue Jaffa, ressemblait décidément à une fête. Les usagers, certains déjà sans pantalons, ont dansé sur fond de musique forte pendant qu’ils attendaient le train.

Les voyageurs sans pantalons attendant le tramway de Jérusalem pour le No Pants Train Ride le 11 janvier 2015 (Crédit : Nati Shohat/Flash 90)

Les voyageurs sans pantalons attendant le tramway de Jérusalem pour le No Pants Train Ride le 11 janvier 2015 (Crédit : Nati Shohat/Flash 90)

Ni le froid ni la communauté prédominante ultra-orthodoxe adepte de la pudeur n’était source de préoccupation pour les farceurs.

« Ça va être chaud dans le tram et nous avons de la bière », a déclaré Hélène, 26 ans, architecte paysagiste venue de Berlin, en fumant une cigarette roulée à la main.

Shaily, 23 ans, qui a participé deux fois au No Pants Subway Ride à Chicago, était heureuse de le faire à Jérusalem, connue comme un lieu conservateur.

« Il y a une grande tendance à la pudeur ici, mais les haredim ont le sens de l’humour… je l’espère », dit-elle montrant fièrement son short bleu-rose pois de Victoria Secret.

À la fois sur la plateforme et dans les wagons, les jambes nues des membres du groupe d’improvisation ont plutôt attiré des regards confus qu’hostiles.

Un voyageur sans pantalon lisant en attendant le tramway de Jérusalem le jour du No Pants Train Ride le 11 janvier 2015 (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Un voyageur sans pantalon lisant en attendant le tramway de Jérusalem le jour du No Pants Train Ride le 11 janvier 2015 (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Quand un adolescent incrédule a entendu un membre du groupe d’improvisation demander aux autres s’ils avaient tous des billets, il s’est écrié avec enthousiasme, « On s’en fout des billets – vous là, vous n’avez même pas de pantalon ! »

Peu de gens dans le train interagissent avec les farceurs. Certains leur jettent des regards furtifs ou dégainent leurs smartphones pour prendre des photos et immédiatement les poster sur les médias sociaux. Un duo de femmes soldates rougissantes évaluent timidement les jambes nues de certains des jeunes hommes. Un soldat mâle lorgne les gambettes des femmes tout en envoyant des messages sur le spectacle.

Plusieurs hommes ultra-orthodoxes âgés semblent essayer délibérément de diriger leurs regards loin des sans-pantalons. Un seul s’est levé et a changé de place pour s’éloigner de quelques jeunes femmes à moitié vêtues.

Un duo d’orthodoxes adolescentes habillées de longues jupes noires restent imperturbables parmi les gens à moitié nus qui attendent près d’elles à la station du mont Herzl, où le groupe est descendu pour changer de train à la fin de la ligne.

« Bravo à eux pour surmonter le froid pour l’amour de leur art », dit l’une.

« La façon dont ils sont habillés est correcte. Cela ne nous dérange pas. Nous sommes habitués à ce genre de chose, vu comment les gens s’habillent en été », dit l’autre.

Un homme âgé avait remarqué des jeunes hommes retirant leurs jeans en juste en face de lui. Il les a avertis de faire attention que personne ne les emporte avec eux, les laissant dévêtus plus longtemps que prévu.

Un touriste argentin, Esteban jette un coup d’œil aux voyageurs argentins le No Pants Train Ride le 11janvier 2015 (Crédit : Nati Shohat/Flash 90)

Un touriste argentin, Esteban jette un coup d’œil aux voyageurs argentins le No Pants Train Ride le 11janvier 2015 (Crédit : Nati Shohat/Flash 90)

Alors que la plupart des clients ont apprécié la légèreté de ce geste, un homme est consterné que le groupe des sans-pantalons n’essaye pas de faire une déclaration.

« Au début, je pensais qu’il y avait un objectif à cela. Puis j’ai compris que c’était juste une bêtise », dit Esteban, un touriste argentin qui s’attend manifestement un peu plus de sérieux des jeunes de Jérusalem.

Pour Yissi, 25 ans, étudiant de Jérusalem vêtu d’un boxeur noir et un chapeau de fourrure panda, le No Pants Train Ride fait partie des efforts des jeunes pour relancer et renforcer la laïcité et le pluralisme à Jérusalem.

« Cela fait partie de notre affirmation que nous ne renonçons pas à la ville, » dit-il.

Dans le même temps, Yissi affirme être au courant que davantage de sensibilités sont à prendre en considération à Jérusalem que disons, à New York ou à Londres. Il est difficile d’ignorer l’énorme communauté ultra-orthodoxe de la ville, qui comprend la famille dans laquelle Yissi a lui-même grandi.

« Ma mère serait choquée si elle savait que je prenais le train en sous-vêtements, » sourit-il.