Plusieurs associations juives américaines, principalement libérales, ont dénoncé une version divulguée d’un décret présidentiel de Donald Trump qui interdirait temporairement aux immigrants et aux réfugiés de certains pays musulmans d’entrer aux Etats-Unis.

Le texte, qui a été publié mercredi dans les médias, interdit pendant 30 jours l’entrée des ressortissants non Américains de sept pays musulmans : Irak, Iran, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen.

Il suspend également pendant 120 jours le programme américain d’admission de réfugiés de pays en guerre, et interdit aux réfugiés syriens d’entrer aux Etats-Unis jusqu’à nouvel ordre. Quand le programme d’admission des réfugiés reprendra, le gouvernement pourrait accorder une priorité aux demandes d’asile des personnes persécutées car elles appartiennent à une minorité religieuse.

Le décret présidentiel permettrait à Trump de tenir en partie sa promesse électorale d’interdiction de l’entrée des musulmans aux Etats-Unis, qui a ensuite été réduite aux citoyens des pays compromis par le terrorisme. Un chœur d’associations juives avait critiqué la proposition quand Trump l’avait annoncée pour la première fois en 2015, et plusieurs groupes juifs l’ont à nouveau fustigée mercredi.

L’Anti-Defamation League (ADL) a publié un communiqué condamnant « sans équivoque » le décret et parlant de « condamnation à mort » pour ceux qui fuient les violences.

Jonathan A. Greenblatt, président de la Ligue anti-diffamation (ADL), à Los Angeles, le 6 novembre 2014. (Crédit : ADL)

Jonathan A. Greenblatt, président de la Ligue anti-diffamation (ADL), à Los Angeles, le 6 novembre 2014. (Crédit : ADL)

« L’Histoire regardera ce décret comme un triste moment de l’histoire américaine, le moment où le président a tourné le dos aux personnes fuyant pour sauver leurs vies. Il fermera effectivement les portes de l’Amérique aux personnes les plus vulnérables au monde, qui cherchent un refuge à la peine et à la souffrance indicibles », a déclaré Jonathan Greenblatt, directeur exécutif de l’ADL.

« Pour la famille sunnite dont le fils croupit dans une prison en Iran en raison de sa foi, pour l’ancien traducteur de l’armée en Irak qui a été menacé à cause de son service, pour le jeune LGBT au Yémen terrorisé par les islamistes à cause de son mode de vie, pour les veuves et les orphelins pris entre les bombes du régime d’Assad et la brutalité sans pareille de l’Etat islamique, ce décret présidentiel pourrait très bien être une condamnation à mort », a-t-il affirmé.

« Oui, nous avons besoin d’un examen strict, mais ce sont des personnes qui fuient l’horreur terrifiante et la violence inimaginable. Leur fermer les portes n’a non seulement aucun sens, mais c’est cruel, et contraire aux valeurs de notre pays, une nation fondée par des réfugiés fuyant les persécutions religieuses, et renforcée par des vagues d’immigrants. »

L’ADL a juré de « combattre implacablement cette politique dans les semaines et les mois à venir. »

« En tant que juifs, nous reconnaissons le danger d’une action qui distingue les personnes sur la base de leur croyance religieuse », a déclaré dans un communiqué le rabbin Jonah Pesner, qui dirige le Centre d’actions religieuses, branche militante juridique du mouvement réformé. « Si le décret est promulgué sous cette forme, il est profondément troublant, ancré dans l’exclusion et la discrimination, et rappelle les moments les plus honteux de notre histoire. »

D’autres associations ont également rappelé les souffrances passées des juifs pour s’opposer au décret. Avant l’Holocauste, les Etats-Unis avaient refusé l’entrée des réfugiés juifs, notamment en faisant faire demi-tour au M.S. St. Louis, un bateau qui transportait près de 1 000 juifs allemands.

« Prendre des décisions sur qui est le bienvenu dans notre pays en se basant uniquement sur leur religion ou leur origine nationale est fondamentalement anti-américain », a déclaré dans un communiqué Stosh Cotler, qui dirige Bend the Arc Jewish Action, une association libérale de défense des droits. « En tant que juifs, nous savons ce que c’est d’être désigné comme bouc émissaire, et nous ne nous tairons pas maintenant. »

Bend the Arc a soutenu une manifestation protestant contre le décret présidentiel organisée mercredi devant la Maison Blanche. L’American Jewish World Service, qui aide les pays pauvres, et Jewish Voice for Peace, qui soutient le mouvement de boycott d’Israël, ont également exprimé leur opposition au décret.