Les principaux groupes rebelles syriens ont donné lundi leur accord pour participer aux pourparlers militaires avec le régime prévus la semaine prochaine au Kazakhstan pour tenter de mettre fin à près de six ans de guerre civile.

Ces discussions directes, selon des sources du régime et de l’opposition, commenceront le 23 janvier à Astana et ont pour objectif de bâtir un solide cessez-le-feu dans tout le pays à l’exception des zones tenues par les jihadistes.

Elles sont organisées par des parrains des protagonistes : la Russie et l’Iran, qui appuient le régime, et la Turquie, soutien des rebelles.

Si les pourparlers d’Astana étaient un succès, ils pourraient ouvrir la voie à des négociations sous les auspices de l’ONU le mois prochain à Genève.

« Tous les groupes rebelles y vont. Tous ont donné leur accord », a affirmé Mohammad Allouche, un dirigeant du groupe rebelle Jaich al-Islam (l’Armée de l’Islam), surtout implanté dans la banlieue de Damas. « Astana s’inscrit dans un processus pour mettre fin à l’effusion de sang commis par le régime et ses alliés. Nous voulons mettre fin à leurs séries de crimes », a-t-il ajouté.

L'armée turque combat aux côtés des membres de l'Armée syrienne libre contre les terroristes de l'Etat islamique, près du village de Beraan, dans le nord de la Syrie, le 24 octobre 2016. (Crédit : Nazeer al-Khatib/AFP)

L’armée turque combat aux côtés des membres de l’Armée syrienne libre contre les terroristes de l’Etat islamique, près du village de Beraan, dans le nord de la Syrie, le 24 octobre 2016. (Crédit : Nazeer al-Khatib/AFP)

Ahmad al-Othman, de la fraction Sultan Mourad, implanté dans le nord, a également indiqué à l’AFP que les groupes rebelles avaient « décidé d’aller aux pourparlers ».

Les protagonistes devraient se retrouver « probablement » face-à-face, contrairement à ce qui s’est passé jusqu’à présent à Genève, où toutes les négociations, placées sous les auspices de l’ONU avec l’appui des Etats-Unis et de la Russie, étaient indirectes.

Selon Ahmad Ramadan, membres de la Coalition nationale de l’opposition, l’objectif de ces discussions est de renforcer le cessez-le-feu établi le 30 décembre, « tandis que les détails du processus politique seront discutés à Genève ».

Le contraire de Genève

Pour le directeur du quotidien al-Watan proche du pouvoir syrien, Waddah Abed Rabbo, « l’approche russe, turque et iranienne est exactement l’inverse de ce qui se faisait auparavant à Genève. »

« L’ONU présupposait que si on arrivait à une solution politique cela influerait sur l’arrêt des combats. Cette fois c’est le contraire. Il faut régler la situation sur le terrain pour ouvrir la voie à des négociations politiques, car la Russie a constaté que les représentants de l’opposition qui venaient aux négociations n’avaient aucun pouvoir sur le terrain et n’avaient aucun soutien populaire », a-t-il ajouté.

« En revanche, selon lui, ceux qui vont venir à Astana ont le pouvoir sur le terrain et pourront ensuite discuter des accords politiques sans se référer à l’Arabie Saoudite, à la France ou la Grande-Bretagne et bien d’autres pour décider. »

Un petit garçon syrien est assis avec les objets qu'il a récupéré des ruines de sa maison, dans le quartier Al-Arkoub d'Alep, après une opération des forces pro-régime pour reprendre la ville au rebelles, le 17 décembre 2016. (Crédit : Youssef Karwashan/AFP)

Un petit garçon syrien est assis avec les objets qu’il a récupéré des ruines de sa maison, dans le quartier Al-Arkoub d’Alep, après une opération des forces pro-régime pour reprendre la ville au rebelles, le 17 décembre 2016. (Crédit : Youssef Karwashan/AFP)

Toutes les précédentes initiatives diplomatiques ont échoué à mettre fin à la guerre, qui a fait plus de 310 000 morts depuis mars 2011 tandis que la moitié de la population est déplacée.

« Ce qui nous a poussé à donner notre accord à Astana c’est que le thème exclusif des pourparlers consiste à renforcer le cessez-le feu; et donc la délégation [rebelle] sera purement militaire avec en appui une équipe technique en matière politique et juridique » fournie par le Haut comité de négociation de l’opposition (HCN), a confié à l’AFP Oussama Zabou Zeid, conseiller juridique des factions rebelles.

Initié après la chute de la partie rebelle d’Alep en décembre, ce cessez-le-feu est globalement respecté. Des combats se déroulent néanmoins dans la région de Wadi Barada, proche de Damas, cruciale pour l’approvisionnement en eau de la capitale.

Selon Zabou Zeid, le groupe Fateh al-Cham, qui a changé son nom après avoir officiellement rompu avec al-Qaïda, n’est pas invité à Astana.

L’équipe de transition du président élu américain Donald Trump, qui sera investi vendredi, a été conviée mais n’a pas répondu officiellement.

Le président syrien Bashar el-Assad s’est récemment déclaré « optimiste » sur les négociations, affirmant être prêt à négocier avec une centaine de groupes rebelles, avait indiqué à l’AFP un député français l’ayant rencontré à Damas.

L’EI à l’attaque

Pendant ces préparatifs, le groupe terroriste État islamique (EI) poursuit son offensive contre les forces gouvernementales à Deir Ezzor, une ville clé dans l’est.

« L’armée syrienne a fait face à une violente attaque de Daesh [acronyme arabe de l’EI] à l’aube », a indiqué une source militaire. Les forces gouvernementales ont mené plus de 20 raids pour tenter de stopper l’offensive de l’EI près de l’aéroport militaire et dans différents quartiers au sud de la ville.

« L’EI a fait parvenir des renforts importants de Rakka et de la partie occidentale de Deir Ezzor », a précisé la source militaire.

Le groupe terroriste sunnite contrôle la majeure partie de la province de Deir Ezzor et s’est emparé en 2014 de larges secteurs de la ville éponyme où vivent quelque 200 000 personnes. Le secteur occidental de la ville, sous contrôle du régime, est assiégé depuis janvier 2015 par les jihadistes.