Un nombre croissant de Palestiniens de Jérusalem Est ont demandé et obtenu la citoyenneté israélienne, la plupart d’entre-eux invoquant des raisons pratiques comme étant le facteur décisif dans leur prise de décision, qui a été néanmoins chargée d’émotion.

Les chiffres obtenus par l’Institut de Jérusalem pour les études israéliennes ont montré une augmentation spectaculaire des demandes de citoyenneté, qui étaient de 114 demandes en 2003 et qui sont passées à entre 800 et 1 000 demandes annuelles actuellement, a annoncé Reuters cette semaine. Environ la moitié des demandeurs ont reçu la citoyenneté, a poursuivi Reuters.

Les Palestiniens interrogés par l’agence de presses ont cité des raisons pratiques pour expliquer leur démarche : ils croyaient que la citoyenneté israélienne leur faciliterait les choses pour obtenir des emplois et acheter des maisons, et ils voulaient la stabilité que la citoyenneté israélienne peut apporter. Dans le même temps, certains ont exprimé l’inquiétude de trahir leur identité palestinienne.

La plupart des Palestiniens de Jérusalem-Est sont des résidents officiels de la ville. C’est un statut qui leur permet de travailler et de recevoir des soins de santé et des prestations sociales, mais qui est aussi accompagné de la menace de la révocation.

Contrairement à la citoyenneté, qui ne peut être révoquée que dans les cas extrêmes, comme devenir citoyen d’un Etat ennemi ou pour trahison, le statut de résident est subordonné à la preuve que le « centre de la vie » d’un résident est dans la ville de Jérusalem. Le droit de vivre à Jérusalem peut être perdu en travaillant dans une autre ville ou si l’on passe trop de temps à l’extérieur d’Israël.

« Je voulais me fortifier à Jérusalem. C’est ma patrie. Je suis né ici, je vis ici et je veux rester ici », a déclaré un enseignant de 46 ans qui est devenu un citoyen israélien en 2014.

Pour certains candidats, le choix s’avère être déchirant, et certains ont caché leur décision à la famille et aux amis par crainte de réactions négatives, a rapporté Reuters.

« J’ai un peu honte parce qu’on a le sentiment de renoncer à son identité », a expliqué une danseuse de ballet palestinienne de 26 ans, qui a déposé sa demande il y a deux mois.

« Mais si je reçois un passeport israélien, je ne serai pas si faible, en particulier en vivant à Jérusalem-Est – il est si facile pour nous de se faire expulser ».

Les membres de sa famille ont accepté sa décision même s’ils ont été surpris au premier abord.

Depuis qu’Israël a pris le contrôle de Jérusalem-Est pendant la guerre des Six Jours en 1967, environ 24 000 Palestiniens – près de 10 % des Palestiniens de Jérusalem-Est – ont reçu la citoyenneté israélienne.

Cette tendance est accueillie positivement par le gouvernement d’Israël, selon le géographe et ancien membre de l’équipe de négociation palestinienne, Khalil Tafakji. Il a déclaré qu’Israël essayait de renforcer son contrôle de la ville en augmentant le pourcentage d’habitants de Jérusalem qui ont la citoyenneté israélienne.

Le ministre de l’Intérieur israélien, Silvan Shalom, a rejeté l’affirmation de Tafakji qu’Israël a un intérêt stratégique en la matière.

« Cela n’affectera pas les négociations avec les Palestiniens, qui englobent des questions beaucoup plus larges et plus importantes », a déclaré Shalom, qui est également le négociateur en chef des pourparlers de paix avec les Palestiniens.

Le statut et le contrôle de Jérusalem est une question très controversée dans les négociations de paix. Tant Israël que les Palestiniens revendiquent Jérusalem comme leur capitale.

Un sondage publié par l’Institut de Washington pour la politique au Proche-Orient en novembre 2011 a montré que les Palestiniens de Jérusalem-Est étaient divisés lorsqu’on leur a demandé s’ils préféreraient la citoyenneté israélienne ou palestinienne, dans le cas où un Etat palestinien devait être établi.

Les sondés penchaient plus vers la citoyenneté palestinienne que la citoyenneté israélienne : 53 % voudraient plutôt obtenir la citoyenneté palestinienne tandis que 39 % étaient favorables à la citoyenneté israélienne. Lorsqu’on leur a demandé s’ils se déplaceraient pour obtenir leur citoyenneté souhaitée, 44 % des sondés ont dit qu’ils le feraient très probablement pour obtenir la citoyenneté palestinienne, et 40 % pour la citoyenneté israélienne.

Bien que le pourcentage de sondés favorisant la citoyenneté israélienne a été constant depuis l’enquête de 2010, le nombre d’interrogés favorables à la citoyenneté palestinienne a augmenté, passant de 30 à 53 %.